Un caillou et une plume

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Gratter la page avec une plume. Ecrire, écrire, écrire… Il y a matière à l’intérieur. L’inté-rieur. Ecrire au fil de l’eau, au fil des sentiments. Libérer et prendre son envol, les doigts pleins d’encre. Comme à l’école. Souvenir d’enfance. Une fabulette : « Deux et deux font quatre, trois et un font quatre aussi… » Base des mathématiques. En fait, tout est relatif.

Je ne sais plus où j’en suis des mots. Ouh la la ! Les scrupules ! Faire bien. Devoir faire bien. Souvenir de la bonne élève. Mais il n’y a pas que l’école, il y a les vacances aussi.

Gagner le large
Aller à la mer
Goûter le bruit des vagues
Danser sur la plage
Pas de gravier sous les pieds,
Seulement le sable
Doux et chaud
Et quelques coquillages
En ramasser pour faire un collier
Peut-être
Et des galets
A peindre
Coquillages, galets, mots, etc
Créer c’est la vie

 

Assoupie

Hier, malgré une bonne et longue nuit de sommeil, je me suis sentie assoupie, avec la sensation que ça n’avait pas vraiment à voir avec de la somnolence. Une consultation du Robert Historique s’impose.

Somnolence vient d’un emprunt du bas latin somnolentia, dérivé de somnolentus « assoupi » , en lien avec somnus « sommeil » . Assoupi aussi, puisque le mot dont il est issu sopire « endormir » est rattaché au même somnus.

Assoupir

D’abord attesté sous la forme du participe passé assopi […], est peut-être la réfection du verbe asservir, assouvir (du bas latin assopire « satisfaire, rassasier » ), d’après la forme latine, l’ancien français sopir et le sens du verbe simple sopire « endormir » . […]

Sopire, comme sopor ([qu’on retrouve dans] soporifique) est rattaché à somnus « sommeil » .

Dictionnaire Historique de la langue française, Le Robert

A demi endormie et agréablement, c’est-à-dire avec satisfaction. C’était bien cela.

J’aurais bien imaginé un rapprochement entre assoupi et soupe compte tenu de l’état de mon cerveau… et aussi avec soupir, mais il n’y a pas de lien étymologique. Par contre la définition de soporifique me donne une indication de nuance sémantique entre l’assoupissement et la somnolence.

Sopor signifie à l’époque classique « force qui endort, fait de s’endormir » et « sommeil » ; ce terme, surtout poétique, est plus expressif que somnus « sommeil » dont il dérive ; il est voisin de torpor « torpeur » [qui en latin signifiait « engourdissement » ].

Le latin sopor avait été emprunté par le moyen français sous la forme sopour (1493) au sens de « léthargie » .

Dictionnaire Historique de la langue française, Le Robert

Plus expressif et poétique, voilà qui me parle, même si je ne sais pas exprimer ce que ça me dit. Ce que je peux toutefois souligner c’est que l’existence de deux mots différents indique une distinction entre deux sens : ça relève du principe de l’économie du langage, il n’y a pas de synonymes parfaits dans une langue, de doublons pourrait-on dire.

A demi endormie
Engourdie
Léthargique, comme une larve…

Je ne me sentais pas comme une larve, c’est léthargique qui m’y fait penser et me donne ainsi l’occasion de plonger dans l’étymologie de ce mot que j’avais vu, mais pas retenu de la définition de masque dans ma chronique du 12 juin dernier. Donc, larve vient du latin larva « figure de spectre, fantôme » , d’où aussi « épouvantail » ,  « masque (en tant que représentation des vivants) » et « pantin en forme de squelette » . Ainsi, larve a signifié « fantôme hideux » avant de prendre le sens (1762) de « forme d’un insecte qui représente son premier état, avant la métamorphose » , la chenille pouvant être considérée comme le « masque » de l’insecte ailé.

Est-ce que je suis sortie métamorphosée de mon assoupissement ? Est-ce que j’en suis totalement sortie d’abord ? En tous cas, les chats allongés sur la terrasse face à moi me montrent la voie de la farniente. C’est un beau programme pour les vacances qui débutent.

De l’exploration d’une définition d’un mot à l’autre, je me demande quel effet soporifique peut produire ce que je suis en train d’écrire… Ça me conduit, tout doucement, à une chanson de Juliette avec laquelle je clos, naturellement, cette chronique, en fredonnant tout bas.

 

 

 

 

Le mot du jour : applaudir

Quelle est donc cette voix qui me revient alors que je tape le titre de cette chronique que je viens de terminer d’écrire ? « Sous vos applaudissements » Comme pour me rappeler que les applaudissements sont ceux du public ? Mais mon mot du jour est un verbe, d’action, le verbe applaudir. Alors pourquoi j’ai mis applaudissements en titre ? Il n’est plus l’heure de réfléchir, d’interpréter la nuance sémantique, je corrige le titre et puis voilà. Transition : du public d’un spectacle à publics qualificatif essentiel de services, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement pour retrouver le sujet de ce billet : c’est quand même autre chose d’applaudir lors d’un rassemblement devant un hôpital que de sa fenêtre à vingt heures…

Applaudir est un verbe emprunté du moyen français (1375) au latin applaudere. Ce geste culturel d’approuver, de célébrer en claquant dans ses mains existait à Rome, en même temps que celui de « chasser » par le même geste qui se disait explodere « huer » , là où on a plus tard sifflé. De nos jours, il y a la variante de taper sur des casseroles.

Applaudere et explodere ont une même origine : plaudere, mot sans origine connue pour mon Robert Historique, qui signifie « battre, frapper l’un contre l’autre, faire claquer »  et qu’on retrouve dans explosion (emprunt savant de 1581).

Donc, en ce mardi 16 juin, journée de mobilisation nationale en faveur de la défense d’un système de santé de qualité, c’est-à-dire pour sortir de la logique gestionnaire mortifère, pour que le personnel soignant ait les moyens de soigner et que toutes les personnes qui ont en besoin puissent bénéficier des structures de soins nécessaires, j’ai rejoint le rassemblement devant l’hôpital de Bourgoin-Jallieu. Il y avait du monde, masqué ou pas. J’ai joué les reporters photographes, pour un résultat décevant à mon goût : j’ai perdu la main ou l’œil, je ne cadre pas très bien.

Je porte d’autant plus ce regard critique (pas au sens de jugement, mais au sens d’analyse) que j’ai un recueil d’entretiens et de conversations de Henri Cartier-Bresson sur ma table de chevet Voir est un tout (Editions du Centre Pompidou, Paris, 2013). Je suis plus à l’aise avec le tout petit, c’est-à-dire les gros plans dans le jardin : fleurs, bestioles et escargots. Ce mardi, le rendez-vous n’était pas photographique. Il était de présence. Car qu’il est bon d’être là ensemble dehors ! De retrouver la liesse collégiale et d’applaudir, en commun, de célébrer et nourrir la vie.

Marie

Son père accourut, portant une coupe à fruits. Il émanait de lui une belle vieillesse, ses yeux pétillaient d’une joie enfantine. Il tendit la coupe à Marie.

Où trouver des fruits pour le dessert ? Elle eut la vision du petit marché du village voisin. Marie raccompagna son père jusqu’à son fauteuil, installa les enfants autour de la table du salon sur laquelle elle étala les pièces du puzzle avec les tigres de neige et leur dit avant de disparaître : « Je vous mets au défi de retrouver les tigres dans la neige dans la demi-heure qui suit. »

Sur la place du marché, une scène de partage spontané offrait une vision réjouissante : une tendre pirate à l’abordage des cœurs fermés. On pouvait lire la mer déchainée des émotions sur les visages interloqués : de la peur à la colère à degrés divers, puis, la transformation, l’intensité qui fond, une porte qui s’ouvre à une nouvelle sensation, douce d’abord et de plus en plus flamboyante jusqu’au rayonnement du sourire.

Marie saisit le parchemin que lui tendit la pirate et le glissa dans sa poche intérieure. Une grande respiration pour se donner du courage, et elle s’enfonça dans le brouillard, prête à accomplir la mission qui venait de lui être confiée. Elle se remémora l’exclamation du type hirsute, quelques jours plus tôt, au milieu de la rue : « Ce sera l’aube du génie, je vous le dis ! » Il avait ensuite posé un genou à terre et l’avait saluée d’un grandiloquent : « Madame ! »

En constatant le vide du regard des personnes à l’arrêt du car, Marie se demanda si elles avaient autant de brouillard dans la tête qu’il y en avait alentour. Mais une petite musique sortie de nulle part sembla redonner vie au groupe. Il se mit alors à danser et Marie comprit qu’elle assistait à une performance artistique en l’entendant psalmodier : « La planète obscure, la planète obscure, c’est l’appel au secours de la planète obscure ». Gagnée par leur ferveur, elle ne put rester de marbre et se mit elle aussi à danser.

Le masque de la discorde

j’avais ce titre dont je suis assez fière et le texte qui suit, que je croyais à terminer. Mais en le relisant, plus d’une semaine après l’avoir écrit, je le trouve finalement bien comme ça, je ne vois rien à ajouter, au-delà d’une phrase ici ou là. Je me demande si ça va être pareil pour l’article au sujet du genre grammatical de covid 19 qui date d’avant… Non, là, je vais avoir encore un peu de travail lexical, mais ce sera pour une autre fois. Le mot du jour de ce billet-ci c’est masque.

Le porter ou pas ? Appliquer les recommandations officielles ou respecter son libre arbitre ? Accepter de jouer le jeu ou assumer le rôle de mouton noir ? Euh, mais pourquoi pas un autre animal d’abord ? « Je ne suis pas un mouton, fut-il noir ! » entends-je hurler à l’intérieur. Sauf qu’il m’a fallu voir sortir plusieurs personnes sans masque d’une grande surface pour m’autoriser à laisser celui reçu de la mairie dans mon sac.

J’assume moyen de ne pas respecter les recommandations même quand elles ne semblent pas justifiées. Un reste éducatif de soumission aux autorités qui font autorité sans doute. J’admets un renforcement d’hygiène (lavages des mains au savon) et de ne pas coller les gens (mais bon, ce n’était déjà pas mon habitude), mais au-delà… J’ai confiance en mon système immunitaire.

Mêêêê donc, je me découvre une part mouton. Je l’assume beaucoup moins bien que ma part ours ou ma part lièvre. A ce jour, je n’ai accepté de porter un masque qu’à une seule occasion, un cas de force majeure : une visite à la clinique vétérinaire racontée dans une chronique le 7 mai dernier. Je reviens au mot du jour.

Masque est un emprunt (en 1514) à l’italien maschera signifiant « faux visage » , issu d’un radical préroman °maska signifiant « noir » .
Apparu au sens de « faux visage que l’on met pour se déguiser » il a développé le sens métaphorique d’ « apparence trompeuse » .
Depuis 1540, masque est employé à propos d’une représentation plastique du visage. Il s’applique aussi au visage lui-même considéré dans son aspect ou son expression.
Par analogie de forme, mais en changeant de fonction, il sert à désigner toute espèce de protection du visage.
Il désigne enfin une couche de crème appliquée en esthétique sur le visage.

Voilà ce que je retiens de l’article du Robert Historique.

Qu’il cache ou qu’il protège, le masque finit par dévoiler une part de nous. Dévoiler, lever le voile, L’Apocalypse est notre chance, ça n’a pas vraiment à voir, sauf que je viens d’écouter le dernier épisode de ce fabuleux feuilleton radiophonique tiré d’un roman policier de Sylvie Coquart-Morel et Sophie Maurer rediffusé sur France Culture. Dévoiler une part de nous donc et révéler la société :

– Le manque de moyens des hôpitaux. Du moins, le masque en est devenu le symbole ;

– L’aspect commercial dans la généralisation du port du masque après que les grandes surfaces ont constitué leur stock ;

– Le degré de conformisme dans l’acceptation ou le refus de le porter ;

– Le manque de civisme des personnes qui l’abandonnent, usagé, dans les rues ;

– Le caractère polluant de l’objet jetable.

Je me demande s’il pourrait exister un masque pour se protéger du néo-libéralisme qui tue plus sûrement que le coronavirus…

Non. En fait, il s’agirait plutôt d’ouvrir sa gueule, mais avec un masque ce n’est pas facile. Et encore moins quand les rassemblements à plus de dix personnes continuent d’être interdits dans l’espace public (enfin, tout dépend du nombre de moutons noirs). Ça sent très fort la mesure anti-manif là. Disons que le coronavirus est « un virus très politique » pour reprendre le titre d’un recueil qui « entend contribuer à dévoiler l’envers de la pandémie » (le livre vient de sortir aux Editions Syllepse).

Je me demande quels sont les risques réels encourus face au virus à couronne… Les avis sont partagés selon les sources d’information, mais compte-tenu de la manipulation des médias dominants ( « dominant » c’est le sens caché sous le masque mainstream) à vouloir instaurer un climat de peur, je crains moins le nouveau virus transmuté que l’état d’urgence sanitaire.

Moi, je veux pouvoir respirer à l’air libre.

Du paragrêle de fortune à l’abri pour escargots

Quand j’ai aperçu les gros nuages en neige après la sieste, mercredi dernier, je suis sortie les photographier.

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J’ai beau savoir qu’ils ne sont pas solides, je conserve l’illusion et le rêve de me blottir dedans.

Et puis il a tonné. A l’horizon le ciel était noir. Me sont revenues les paroles des collègues de travail : pluie, orage, grêle. Je me suis demandé si je ne devrais pas protéger les plantes… Mais comment…

J’ai couvert d’une cagette les deux jeunes pieds de tomate mis en terre la veille, rentré les pommiers d’amour. J’ai aussi débranché la Livebox et fermé la fenêtre laissée ouverte à l’étage pour les chats. Il commençait à pleuvoir.

Au bout d’une demi-heure, le ciel s’est éclairci, j’ai cherché l’arc-en-ciel, l’ai aperçu au-dessus des toits des maisons, pas très photogénique. Par contre les escargots étaient de sortie sur la terrasse. Je les ai observés se déplacer et réalisé quelques portraits qui sont venus nourrir l’album photo que je leur consacre.

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Et j’ai ressorti les pommiers d’amour.

La pluie est revenue, avec force, dans la soirée. L’averse de dix-huit heures n’avait été qu’un avant-goût.

Le lendemain, j’ai souri en soulevant la cagette dans le jardin : des escargots s’étaient abrités dessous. J’ai moins aimé constater la disparition des deux jeunes pieds de tomate. Je me suis dit que je devrais peut-être agrandir la surface du jardin pour avoir de quoi nourrir les gastéropodes et moi…

Cet après-midi, je suis passée dans une jardinerie, mais quand j’ai lu à l’entrée que le port du masque était obligatoire, j’ai fait demi-tour : je reviendrai plus tard pour les bordures de jardin et le masque fera l’objet d’un autre billet.

 

Fête des mères

Drôles de sensations en ce jour de fête des mères. Pas seulement à cause de l’étrangeté de la date, ni à cause du contexte particulier de cette année de coronavirus muté. Non, c’est autre chose. Comme de la nostalgie qui a de quoi me surprendre, moi qui ai plutôt tendance à m’exaspérer des fêtes obligées quand je ne dénonce pas allègrement leur caractère commercial, et qui me surprend d’autant plus aujourd’hui que je n’ai plus d’obligations en la matière. Depuis quatre ans maintenant.

Je me souviens de choses et d’autres, par bribes. C’est assez nébuleux. Un peu comme un nuage léger prêt à se dissiper dans le ciel bleu.

Je me souviens de ma scolarité dans l’école primaire en préfabriqués au bout du lotissement. Je me souviens d’un tablier en toile écrue  avec une grande poche rouge sur laquelle j’avais brodé Ici la bonne cuisine. Je ne sais plus si c’était à l’occasion de la fête des mères… Je me souviens, vaguement, des poèmes écrits à cette occasion, c’est-à-dire que je me souviens en avoir écrits, pour être retombée dessus par la suite, sans aucun souvenir du contenu. Je me souviens d’un dessin aussi et de cartes. Je me souviens qu’une année, alors que j’avais quitté l’école primaire depuis longtemps, je n’avais pas joint de carte au cadeau fête des mères. Maman m’en avait fait la remarque. Presque un reproche.

Cette année, donc, la fête des mères tombe le premier dimanche de juin, parce que le dernier de mai c’était Pentecôte. Eh oui, comme son nom l’indique sans qu’on le sache si on n’a pas fait grec, Pentecôte suit Pâques de cinquante jours et comme la date de Pâques est fixée au premier dimanche après la première lune qui suit le 21 mars, il arrive que Pentecôte tombe le dernier dimanche de mai et déplace la fête des mères au dimanche suivant, début juin. C’est stipulé dans l’article 2 de la Loi n° 50 – 577 du 24 mai 1950, relative à la Fête des mères. Car, je le découvre aujourd’hui, la fête des mères a fait l’objet d’une loi. C’est du sérieux.

Je me souviens de bouquets de fleurs. Une composition spécialement conçue pour la fête des mères pour maman, un bouquet composé à la volée pour mamie, invitée à manger à l’occasion, parce que je ne voulais pas leur offrir le même. Je me souviens d’un joli petit bouquet d’anémones aux couleurs chaudes qui avait attiré mon regard et suscité mon intérêt, mais qui contrastait trop avec le gros bouquet fête des mères. Je me souviens du jeune fleuriste papillonnant entre les fleurs coupées et m’en proposant d’une sorte puis d’une autre. Il y avait du monde, il fallait choisir vite, j’essayais de rester au mieux concentrée… mais je me souviens que je n’avais été que moyennement convaincue par le résultat : il manquait de composition. Je me souviens que mamie avait  tout de même été enchantée.

Je me souviens de repas de famille de fêtes des mères au restaurant.

Je me souviens d’une petite robe légère aux couleurs claires.

Je me souviens de l’appel de ma marraine pour m’annoncer que ma grand-mère venait d’être hospitalisée et que le repas au restaurant était annulé. C’était en 2014.  Je me souviens qu’il avait fallu attendre des semaines pour que tombe le diagnostic : tuberculose ; et des semaines encore avant que mamie puisse obtenir une place en maison de repos, même après le temps de quarantaine.

Je me souviens que l’année suivante, j’étais d’astreinte le week-end de la fête des mères et que j’avais rejoint, après mon poste au péage, la famille à La Côte Saint André où mamie était dorénavant en maison de retraite, avec sa fille, maman.

Je me souviens que le 29 mai 2016 je chantais le tourbillon de la vie dans un concert créé par la Compagnie Ad libitum, « Cabaret, chansons d’amour » sans savoir que mamie s’éteignait. Je l’avais vue, une dernière fois, le lundi de Pentecôte précédent.

Appel d’air

 

Stop ! Ça suffit la mascarade !
Lâchez-nous les baskets.
Laissez-nous respirer.

J’ai envie de partir, prendre de la distance.
Le pouvoir des fleurs chante je ne sais plus qui.
Je ne me rappelle même plus de l’air…
N’empêche,
J’ai grande envie de gambader dans la nature.

Oui, c’est ça.

L’appel de la nature.

Ah, vivre en grand.
Démasquée,
Libre.
Après avoir appuyé sur le bouton reset.

Risettes au soleil,
Tête en l’air,
Légère
Et danser,
Révéler ce qui était caché.

Atelier peinture sur cailloux

Hier matin, lundi de Pentecôte, j’ai participé à un atelier de peinture sur cailloux. Ce n’était pas tout à fait gagné, compte tenu du fait que mon élan premier peut parfois être contrecarré par un imprévu, bloqué par une force d’inertie plombante, ou un état de fatigue prononcé à cause d’un manque de sommeil… Comme la fois précédente, j’avais cliqué « peut-être » sur la page événement créée par la cocréatrice du défi des 100 jours arc-en-ciel, mais cette fois, j’avais rassemblé tout ce dont j’aurai besoin : des cailloux du jardin, ma boite de feutres peinture Posca, le rouleau d’essuie-tout, un grand calendrier en guise de sous main, un feutre noir et mes crayons de couleur.

Quand le réveil a sonné, je l’ai arrêté pour profiter de quelques minutes au lit. J’ai fini par me lever, au troisième déclenchement de la sonnerie. J’avais encore de la marge, le temps de petit-déjeuner, de me préparer, de bien me réveiller, ça ne m’a pas empêchée de me connecter à dix heures passées, me demandant avec fébrilité si l’atelier aurait déjà commencé…

Surprise ! J’allais être l’unique participante. Après un échange de présentations, Marjolaine m’a expliqué le déroulement de l’atelier et précisé qu’on ne peindrait que le dessus des cailloux pour les laisser respirer. Ça m’a plu.

La première étape consistait à prendre contact avec un caillou. Il était froid, lisse et sentait étonnamment le gâteau : il me racontait déjà une histoire, une bribe de souvenir olfactif de l’enfance, gourmand.

J’ai disposé ensuite plusieurs cailloux sur la table pour former une fleur. Les consignes étaient de peindre le cœur en jaune et les pétales autour aux couleurs de l’arc-en-ciel ; puis d’écrire « je suis » sur le cœur et les mots qui viendraient sur les pétales. J’ai mis mon mental en sourdine avant qu’il développe quoi que ce soit sur le fait que certains de mes cailloux étaient cassés et me suis appliquée, concentrée et silencieuse, à peindre chacun en commençant par celui du centre, le jaune, un petit « je suis » qui m’a rappelé le soleil timide dessiné à la suite d’un webinaire d’Isabelle Padovani pendant le confinement.

J59_Soleil timide

J’ai continué avec le rouge, puis l’orange, toujours absorbée, chants d’oiseaux en arrière fond et le son du pinceau contre le verre d’eau pour me rappeler que je n’étais pas seule. Avec le vert, la peinture a coulé de manière plus fluide du feutre pinceau. J’ai coloré d’un geste plus ample le caillou posé au creux de ma main, comme dans un nid douillet. Avec le bleu ciel j’ai vu la mer. Le bleu foncé m’a évoqué un clown. Avec le violet, nouveau changement de sensation, comme un retour à la matière, plus dense, je quittais l’élément liquide : la peinture coulait moins et il fallait mélanger le bleu et le rouge. Et c’est à ce moment-là que la session Zoom a pris fin. Marjolaine m’a donné rendez-vous sur Messenger pour la suite, m’apprenant par la même occasion qu’on pouvait vidéo-échanger par le biais de cette application.

J’ai terminé la peinture du dernier caillou puis est venu le temps d’écrire des mots sur les couleurs. Sans réfléchir, du moins, le moins possible. Sans juger le traçage des lettres, non plus. J’ai pris le petit caillou jaune pour inscrire je suis, et puis le caillou bleu qui m’avait évoqué le clown, et puis le bleu ciel de la mer qui m’a fait sentir libre. Le vert m’a soufflé poète, l’orange était d’une énergie joyeuse, le rouge m’appelait à être vivante. Je me suis arrêtée sur le violet qui ne m’inspirait pas grand chose d’autre qu’une question : la couleur n’est-elle pas trop foncée pour rendre la lecture d’une inscription possible ? J’ai finalement écrit moi et rappelé à mon mental, prêt à émettre un commentaire, qu’il devait rester en sourdine.

J’ai regardé le résultat. Elle me plaisait bien ma fleur. Je la sentais mettre de la couleur dans ma vie.

L’étape suivante était la peinture d’une pierre de gratitude. Pas de consignes, il s’agissait de laisser venir et d’écrire un mot de l’autre côté. J’ai bien aimé ce qui est venu. De la couleur, du mouvement, des rayonnements. J’ai pensé à des paroles d’une chanson de Yael Naïm « a beautiful mess inside » , à « laisser être » , ou à « laisser jaillir » peut-être a suggéré Marjolaine. J’aime bien l’idée de laisser être à la place de lâcher prise. On a eu un échange réjouissant. J’ai l’impression d’avoir été beaucoup plus loquace à la fin de l’atelier qu’au début, ce qui me permet de réaliser cette vertu d’un atelier individuel : me donner l’occasion de m’exprimer au lieu de me fondre dans le groupe. Je n’ai pas trouvé le mot juste à écrire tout de suite alors j’ai patienté.

J’ai aimé poser les cailloux dehors pour les prendre en photos.

200601_Fleur Je Suis
Fleur « je suis »
200601_Caillou peint
pierre de gratitude

J’ai débarrassé la table du salon pour y installer la fleur arc-en-ciel. C’est là que je vois sa place même si les cailloux peuvent être dispersés dans la maison (pas à l’extérieur sans une couche de vernis). Pour le moment, j’ai besoin de les avoir rassemblés, sans qu’ils soient pour autant collés. C’est étrange la sensation que me procure ces cailloux peints. Je me sens posée et emplie d’une énergie qui pétille. C’est mon enfant intérieur qui se régale.

Le mot à écrire sur ma pierre de gratitude m’est venu dans l’après-midi : libre cours.

Laitue grenobloise

Hier soir, j’ai mangé de la salade du jardin. Ma première salade ! Et la seule, les autres boutures ayant succombé au grattage des chats ou aux assauts des limaces et des escargots. J’avais pourtant fait un tapis de coquilles d’œufs. J’avais pourtant protégé les trois dernières rescapées de cartons après avoir lu que les limaces raffolaient de carton autant sinon plus que de salade. Je peux témoigner que non.

200429_SaladeMangée

Mais, heureusement, les gastéropodes ne s’attaquent qu’à une salade à la fois. Ils ont eu la bonté de m’en laisser une.

La jugeant de bonne taille hier, après avoir passé une partie de l’après-midi à couper des herbes hautes dans la cour, je l’ai ramassée, laissant une feuille sous laquelle dormait un gros escargot. Une fois nettoyée dans le saladier, elle m’a semblé plus petite qu’en terre. Je ne m’en suis pas moins régalée.

200518_Salade

J’ai fini les dernières feuilles au déjeuner, nature.

Je me demande si je n’en replanterais pas quelques boutures ente les pieds de tomates… Je me demande si je n’agrandirais pas la surface du jardin…