Nuit blanche pour un puzzle

J’ai encore le dos tout vermoulu d’avoir passé la nuit de jeudi à vendredi pliée en deux au-dessus de la table du salon pour assembler les cinq cents pièces du puzzle reçu le jour même.
Quand j’ai découvert le paquet dans la boîte aux lettres après mon poste au péage, je me suis demandé de quoi il s’agissait. Je ne me rappelais plus que je devais recevoir la commande de produits dérivés Auréole. La tête à l’ouest depuis le passage à l’horaire d’été et focalisée sur une potentielle précommande vestimentaire (je m’offre cette magnifique veste longue en lin ou pas ? Et la jupe ? Mais est-ce que j’en ai l’utilité d’abord ? Oh, est-ce que je peux me faire plaisir sans me poser trente-six questions ?), j’avais oublié la livraison du cahier et du puzzle de la famille Inaya. J’ai été enchantée de découvrir le contenu du paquet.

Je me suis dit que le puzzle me ferait une belle occupation pour le week-end sauf que je n’ai pas résisté à commencer à trier les pièces par couleur, tout en cherchant celles des bords… Et me voilà lancée dans la constitution du cadre, sur un plateau dans un premier temps, puis sur une grande feuille cartonnée au format plus adapté. Il m’a paru dommage d’en rester là, d’autant que le film n’était pas fini. A dire vrai, je ne prêtais aucune attention à ce film, Ocean’s Thirteen. Je ne sais plus à quel moment il y a eu le générique de fin, mais je l’ai ressenti comme un soulagement et j’ai éteint la télé en levant à peine la tête : encore un morceau je n’ai pas sommeil. Encore un morceau et puis un autre, changeant de position pour soulager mon dos, rapprochant des pièces de la lampe quand mes yeux fatiguaient… Allez, encore un morceau. Coup d’œil rapide à l’horloge : trois heures. Ah oui quand même, allez, une dernière pièce là. Une dernière pièce que je mettais un temps fou à dénicher alors que les suivantes venaient se placer presque toutes seules, ce qui avait pour effet de m’encourager à continuer : allez, encore un morceau ! Jusqu’à ce que j’entende les premiers chants d’oiseaux. Je me suis dit qu’il serait temps d’aller dormir, mais il me restait si peu à faire. Deux petites zones…

Ça a été laborieux. Les pièces se ressemblaient beaucoup et je n’avais plus aucune vivacité d’esprit, même si je tenais encore bien réveillée. Et puis ne me sont restées plus que trois pièces qui ne s’emboîtaient pas. Ah… J’ai fini par comprendre que ça venait de pièces du tour que j’avais interverties. Il m’a suffi de permuter celles-ci pour que celles-là trouvent leur emplacement. Youpi ! Il faisait jour, j’étais fatiguée mais heureuse. Ce n’était pas encore tout à fait l’heure de dormir. Il me restait à célébrer le travail accompli avec la minute de danse de la veille : il était largement plus de cinq heures, j’étais très loin de Paris, mais la chanson de Dutronc s’est imposée.

Deux-cent-soixante-seizième minute de danse.

Un autre moyen d’expression que les mots, l’expression du corps. Je n’ai jamais écrit autant de jours de suite, alors que j’aime pourtant faire danser la plume sur le papier. Je ne crois pas que l’expression du corps vienne remplacer les mots, je crois qu’elle m’a sortie du confinement, pour ne pas dire de la torpeur causée par la Pandémie, avec une majuscule, en référence au texte de Barbara Stiegler paru en début d’année.

Si nous ne vivons pas une pandémie, nous vivons bel et bien, en revanche, en Pandémie. Puisque ce n’est pas le terme adéquat pour décrire le mode de manifestation du virus, nous proposons que ce mot ou plutôt ce nom désigne, avec une majuscule, un nouveau continent mental, parti de l’Asie pour recouvrir l’Europe, puis pour s’imposer finalement en Amérique. Un continent aux contours flous et évolutifs, mais qui risque de durer des années et pourquoi pas des siècles et des siècles. Un continent dans lequel nos dirigeants nous disent que nous allons devoir changer toutes nos habitudes de vie et où l’on nous annonce que nous devrons adopter une nouvelle « culture » qui viendrait d’Asie. Un continent, enfin, dans lequel « la pandémie » n’est plus un objet de discussion dans nos démocraties, mais où la démocratie est elle-même, en Pandémie, devenue un objet discutable.

Barbara Stiegler, De la démocratie en Pandémie, santé, recherche, éducation, Tracts n°23, Gallimard, p.8/9

Mises bout à bout les vidéos des minutes de danse que j’ai enregistrées jusqu’à présent constitueraient un film de plusieurs heures, quelque chose comme cinq cent cinquante minutes en comptant deux minutes en moyenne par vidéo, parce qu’une seule minute c’est finalement assez court, sauf à l’extérieur où je peux potentiellement rencontrer quelqu’un…

J’ai comme l’impression que cette nuit blanche à confectionner un puzzle m’aura donné l’occasion de concrétiser une célébration.
Il y a une semaine, samedi 3 avril, j’ai réalisé que ça faisait trente ans que j’avais le permis de conduire. J’ai pensé en faire quelque chose, une chronique sur le mode « je me souviens » et puis non. Mais j’ai écrit dans mon cahier que ça méritait une célébration.
Mercredi dernier, j’ai noté que ça faisait neuf mois que je dansais une minute par jour. Je me suis demandé dans la foulée de quoi j’allais accoucher… Un petit rat peut-être ?
La question, sous une autre forme : à quoi est-ce que je donne naissance ? m’interpelle encore aujourd’hui alors qu’apporter une réponse ne fait pas sens puisqu’il ne s’agit pas d’une gestation arrivée à son terme, mais d’un processus toujours en cours. Une contribution à une ronde infinie, une pièce au puzzle de la vie.

Dorénavant, je me demanderai à chaque danse quotidienne ce que je célèbre.

Convocation

Le mois dernier j’ai été convoquée à la gendarmerie pour confirmer (ou valider peut-être) mon activité professionnelle. Le papier indiquant la date et le motif, sans plus de détails, avait été déposé dans la boîte aux lettres le vendredi pour le mercredi suivant. Je me suis demandé ce qui me valait cette convocation…

J’ai d’abord imaginé une suspicion de fraude :
— Ainsi, donc, Madame, vous êtes déclarée en tant que praticienne de réflexologie plantaire, sans aucune pratique ces derniers mois. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que vous trafiquez ?
— C’est-à-dire que c’est seulement que je n’ai pas de rendez-vous. La situation actuelle s’y prête guère, vous savez. Je sais bien que la plupart des thérapeutes ont mis en place tout le dispositif nécessaire au respect des mesures sanitaires, mais moi, ça ne me convient pas. Ça fait un nœud dans ma tête, vous voyez, gestes barrières, port du masque et massage des pieds, c’est deux univers incompatibles, alors je ne fais aucune com et je ne reçois personne du coup !

Le soir-même, j’apprenais par un appel de la propriétaire du cabinet que je n’étais pas la seule à être convoquée. Il y avait sans doute eu une dénonciation qui avait déclenché une enquête. J’avais du mal à réaliser et à comprendre ses craintes : elle était du genre carré et les choses avaient été faites dans les règles.

Au cours du week-end, les symptômes dûs au coup de froid attrapé en milieu de semaine se sont précisés : narines bouchées l’une après l’autre, gorge qui pique… Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu de pharyngite. J’ai imaginé un autre scénario…

— Vous osez vous présenter dans l’état dans lequel vous êtes ! Vous avez fait un test ?
— Ce n’est pas la peine, je n’ai qu’une pharyngite.
— Comment en être sûr si vous n’avez pas fait de test PCR ?
— J’ai eu assez de pharyngites dans ma vie pour en identifier les symptômes. Et puis, je n’ai pas de fièvre.
— Qu’est-ce qui me prouve que vous n’êtes pas porteuse du coronavirus ? Est-ce que vous avez conscience de votre acte ? Tentative de contamination de la brigade. Ça peut vous coûter cher.
— Mais non !
— C’est en cellule que vous allez être à l’isolement !
— Mais puisque je vous dis qu’il s’agit d’une pharyngite ! J’ai pris froid. C’est de saison. Il y a d’autres virus que le coronavirus en circulation. Et même d’autres virus à couronne dont celui responsable du rhume… Faut arrêter la psychose.

Bien que la convocation ne mentionnait aucun document à présenter, j’ai finalement décidé d’apporter mon contrat de portage salarial justifiant de mon activité et le mercredi, à neuf heures, je sonnais à l’interphone du portail de la gendarmerie, le cœur battant parce que j’aurais préféré arriver avec un peu d’avance. Personne pour me répondre, seulement un message pré-enregistré diffusé en boucle. Comme l’année dernière, quand j’étais venue pour déposer plainte suite à un cambriolage. J’ai patienté en me disant que si j’avais eu mon appareil photo sur moi et si j’avais osé, j’aurais pu enregistrer ma minute de danse devant la grille fermée avec la voix du répondeur en fond sonore… Quand l’interphone s’est éteint, j’ai appelé de mon portable, un peu fébrile, compte-tenu du faible niveau de la batterie. Un gendarme m’a répondu et ouvert le portail.

En traversant la cour, je me suis demandé si la porte d’entrée serait encore tenue fermée à clé à cause du problème de loquet. Non. En un an il avait eu le temps d’être réparé et j’ai pu entrer. Personne à l’accueil. Un gendarme était occupé avec quelqu’un dans un bureau derrière une vitre. Je me suis assise et j’ai attendu, le quart d’heure académique, avant qu’on vienne s’enquérir de ce que je faisais là. Le temps pour ébaucher un troisième scénario :
— Alors comme ça, en plus de manifester le samedi, on pratique une activité louche…

C’est une gendarme qui m’a reçue dans un bureau au fond d’un couloir labyrinthique qui traversait une salle de pause. Dans ce bureau, il y avait un aquarium carré pas très grand, dans lequel tournait, autant que faire ce peut, un gros poisson rouge délavé. La gendarme m’a posé toutes sortes de questions sur ce que je faisais, mon statut (je lui ai montré mon contrat qu’elle a photocopié), le fonctionnement du cabinet, les tarifs, ce que je pensais de la médecine, si je conseillais aux personnes qui venaient me voir d’arrêter des médicaments. Je répondais à chaque fois en quelques mots, de la manière la plus concise possible. L’échange a été calme et posé, cordial. Aucune remarque sur ma voix enrouée. C’était étrange d’imaginer que je me trouvais là parce que le lieu où j’exerçais était suspecté d’être un lieu de secte. J’avais du mal à le croire.

J’ai signé, sans le relire, le document dans lequel étaient consignés mes dires, puis la gendarme m’a raccompagnée jusqu’à la porte d’entrée. Je suis repartie en me faisant la réflexion que la période n’était pas à la réflexologie plantaire. Du moins, pas pour moi.

Un an après le confinement

Mars et ses giboulées. Il faisait un temps à manger des nonnettes dimanche après-midi. J’ai fini la dernière du paquet, en regrettant de ne pas avoir pensé à en racheter la veille. Ce n’était pas noté sur ma liste. J’avais noté, en revanche, ou plus exactement renoté, PQ, ayant oublié d’en prendre la semaine précédente. Entre ce que j’oublie et ce que j’ajoute de non prévu dans le panier, j’en viens à me demander si c’est bien la peine d’établir une liste de courses… Disons qu’elle sert de base.

Donc, samedi, en rangeant mes provisions — c’est-à-dire principalement des boîtes de pâtée pour les chats, des légumes pour la soupe, des packs de lait de riz* pour le petit-déjeuner, des boudoirs pour accompagner la marmelade de prune — je me suis aperçue qu’il me manquait le papier toilette. Je me suis pourtant revue sortir un paquet du rayon, mais pour en faire quoi ensuite ? Aucun souvenir. Je ne me suis ni revue le déposer en caisse, ni l’emporter et j’ai pu vérifier sur la note qu’il n’avait pas été enregistré.

Je n’étais pas au bout du dernier rouleau, mais comme j’avais prévu de descendre à la librairie dans l’après-midi, j’ai décidé de faire d’une pierre deux coups, ce qui m’a donné l’occasion de traverser à pieds la ville, heureuse et fière, avec quatre livres dans les bras, dont deux que je n’avais pas imaginé acheter ce jour-là. Si j’avais l’espoir que soit arrivé L’Envol des princesses de Hannah Benkemoun & Virginie Esia commandé en février, j’avais en tête de trouver le dernier ouvrage de Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts, et pourquoi pas deux autres titres récents qui me semblaient fort intéressants : Le Rabin et le psychanalyste d’une part, et Comprendre le monde, d’autre part. Le fait qu’il s’agisse de livres courts avait fait taire ma voix critique. Seulement, en furetant dans les rayons, j’ai découvert deux autres livres irrésistibles.

Le texte de Barbara Stiegler, De la démocratie en pandémie, d’abord, dont l’introduction aurait pu être versée au débat qui s’était tenu le matin-même sur la Place du Champ de Mars où était organisé un rassemblement pour l’abrogation ou le retrait de toutes les lois liberticides instaurées sous prétexte de crise sanitaire.

Ceci n’est pas une pandémie, et ce n’est pas un « rassuriste » qui le dit. C’est Richard Horton, le rédacteur en chef de l’une des plus prestigieuses revues internationales de médecine : « Covid-19 is not a pandemic1. » Il s’agit plutôt d’une « syndémie » , d’une maladie causée par les inégalités sociales et par la crise écologique entendue au sens large. Car cette dernière ne dérègle pas seulement le climat. Elle provoque aussi une augmentation continue des maladies chroniques ( « hypertension, obésité, diabète, maladies cardiovasculaires et respiratoires, cancer » , rappelle Horton), fragilisant l’état de santé de la population face aux nouveaux risques sanitaires. Présentée ainsi, le Covid-19 apparaît comme l’énième épisode d’une longue série, amplifié par le démantèlement des systèmes de santé. La leçon qu’en tire The Lancet est sans appel. Si nous ne changeons pas de modèle économique, social et politique, si nous continuons à traiter le virus comme un événement biologique dont il faudrait se borner à « bloquer la circulation » , les accidents sanitaires ne vont pas cesser de se multiplier.

1. The Lancet, volume 396, 10255, septembre 2020, p. 874

Barbara Stiegler, De la démocratie en pandémie, santé, recherche, éducation, Tracts Gallimard n°23

Le flot de la poésie continuera de couler de JMG Le Clézio, ensuite, dont j’avais retenu le titre je ne sais plus où. J’ai donc laissé tomber les livres courts de Delphine Horvilleur. Ce sera pour une prochaine fois.

Me voilà avec de la lecture pour mes vacances de printemps. Ça ne peut pas faire de mal. L’année dernière, j’avais passé cette période dans l’hébétude à cause du confinement. Cette année j’ai surtout envie de me la couler douce. Sans scrupules.

De retour à la maison, je me suis installée sur le vieux divan trop mou avec L’Envol des princesses. Un livre jeunesse à mon âge ? Ben oui, je voulais retrouver sur papier, l’univers et les merveilles d’illustrations de Hannah Berkemoun dont j’ai découvert des tableaux sur Facebook, le réseau social à la pudibonderie maladive qui supprime vingt-quatre heures le compte d’une résistante poétique (c’est-à-dire une camarade qui danse une minute par jour) pour avoir publié l’intervention magistrale de Corinne Masiero dénonçant, à poil, la précarité des intermittents du spectacle lors de la cérémonie des César.

Je me suis demandé par quel moyen partager cette intervention essentielle, et puis posé la question si c’était nécessaire, après avoir réalisé que Facebook n’était, finalement, pas essentiel, même s’il offre l’opportunité de belles découvertes. Et donc, j’ai trouvé L’Envol des princesses drôlement chouette et savoureux au point que je l’offrirais bien volontiers à des filles de mon entourage si j’en avais l’occasion.

J’ai dressé une courte liste de quelques trucs à faire possiblement pendant la quinzaine à venir. Une base restant malléable. On dirait que la météo va me permettre de privilégier la lecture.

*A ce sujet, il y a une pétition en cours adressée à la Commission européenne contre l’amendement 171 interdisant aux alternatives végétales les utilisations de termes, d’emballages ou même d’images réservés aux produits laitiers.

8 mars 2021

Lundi 8 mars. Les chroniques dans l’œuf matureront encore un moment (euh… jusqu’à Pâques ?), le sujet du jour c’est la journée internationale des droits des femmes. Expression vidéo d’abord, mais accompagnée de quelques mots, ici, sous mon identité de plume virtuelle plutôt que directement sur ma page Facebook perso. Tiens donc… Ben oui, c’est comme ça.

Une minute de danse étendue à la durée de L’Hymne des femmes chanté par la Compagnie Jolie Môme. Mon petit juge intérieur a trouvé à redire : une minute ce n’est pas trois et demie ; ça aurait eu plus de gueule dehors ; tu parles d’une contribution à la journée des droits des femmes, bien confortable à la maison, en fin de journée ; et là, ta chronique en fin de soirée, c’est un peu tard, non ? Ça ne vaut plus la peine.

Oh, le rabat-joie ! Je ne calcule pas, je fais ce qui me fait plaisir. Et puis d’abord le 8 mars, ce devrait être tous les jours.

Chronique de février 2021

Si ça se trouve ce sera la seule chronique de ce mois, d’où le titre. Trois semaines sans publication… C’est fou comme février a défilé ! Je me souviens, mi-janvier, quand j’ai lu l’article de La Plume d’Isandre au sujet du rythme de publication. Je me suis dit que je l’avais depuis le début le rythme de croisière, sauf qu’à bien y réfléchir, je ne l’ai plus… Ce ne sont pourtant pas les idées qui manquent. Alors après les feuilles d’automnes de novembre, voici des graines pour le printemps, avant d’explorer les états d’âmes du jour.

  • Comme une hypersensibilité lexicale : ou comment l’emploi de certains vocables me hérisse le poil, comment un mot peut me donner plus d’élan qu’un autre, comment une malle peut devenir un coffre.
  • Un bain de mélancolie : ou quand, ayant l’impression de flotter dans un marécage, je me dis que si je suis en train de faire la planche, je ne suis pas en situation de noyade…
  • Une expérience de déménagement lors d’un transfert de meubles d’une pièce à l’autre, le temps de travaux.
  • Un mot du jour : pied (entre perdre pied et mettre le pied à l’étrier en passant par la réflexologie plantaire).

Ce matin, je me suis beaucoup pris la tête au sujet de ma participation à l’atelier mensuel qui a lieu le lundi après-midi à la place du jeudi soir depuis le confinement pour les personnes qui préfèrent le présentiel à la version Zoom. Ce qui est mon cas, mais il se trouve que j’ai le nez pris et la voix plus grave que d’habitude. Je suis l’évolution depuis plusieurs jours de ce que je diagnostique être une pharyngite : tiens, une narine bouchée, puis c’est au tour de l’autre, puis l’inflammation qui pique juste en dessous côté gauche, puis côté droit, les éternuements qui dégagent, un temps, l’eau qui coule du nez, puis la morve avec plus de consistance. J’ai l’impression que les symptômes prennent leur temps pour apparaître, me visiter. Rien de virulent. Peut-être un effet des huiles essentielles.

Avant l’apparition du coronavirus 2019, je me serais rendue à l’atelier sans me poser de questions. Aujourd’hui, c’est différent. Ce matin il y avait débat entre deux jugements : si j’y vais, je cours le risque de transmettre mes microbes (rappelle-toi de ce que tu n’osais pas dire aux personnes qui venaient avec une grosse et vilaine toux à l’atelier chant), mais avant tout, d’être jugée inconsciente et irresponsable ; si je n’y vais pas, je ne suis qu’une pleutre qui cède à la psychose orchestrée depuis un an, alors que je connais assez les symptômes de la pharyngite pour pouvoir affirmer que c’est bien ce qui m’affecte en ce moment.
Oui, mais en es-tu vraiment sûre ?
J’en suis convaincue.
Oui, mais on ne sait jamais, c’est peut-être une forme bénigne de covid-19 qui se cache sous tes symptômes.
Ah mais, vade retro poule mouillée ! Je te dis que non !

Ça balançait d’un côté et de l’autre. Et puis, j’ai écouté plus bas, c’est-à-dire dans ce que je ressentais. Une journée de repos, sans mettre le nez dehors (ou presque) me fera indéniablement du bien. J’ai laissé de la place à ma part rebelle, elle s’est adoucie. Les jugements écartés, j’ai choisi pour moi, pas en lutte contre qui ou quoi que ce soit.

J’ai fait le choix d’un temps de convalescence qui aura au moins eu le mérite de me donner l’occasion de rédiger. cette chronique.

CC comme couture créative

Est-ce le fait d’avoir rendu visite à une amie couturière ? Est-ce le bonnet de lutin que j’en ai ramené en plus du pull que je lui avais commandé ? En tous cas, mercredi dernier, de retour à la maison, j’ai eu l’élan de coudre le coupon Laurette sur un coussin vert sur lequel je l’avais posé et laissé parce que l’association des couleurs me plaisait. Ça faisait pas mal de temps que l’ouvrage était en attente, encore plus que j’avais commandé un lot de coupons Auréole avec ce modèle de clown lutin que j’adore, bien que n’ayant aucun goût pour la couture. J’avais imaginé le mettre sous verre. Et puis non. Finalement c’est le « Punk no dead » que j’ai encadré.

Les coussins verts me viennent de ma grand-mère. Ils sont confectionnés dans un somptueux tissu vert, mais manquent singulièrement de gonflant. Je ne me souviens pas les avoir vu longtemps sur le canapé de mamie. Je me souviens par contre des suivants, roses et moelleux.

J’ai remonté un premier coussin raplapla de la cave après avoir réussi à obtenir par je ne sais quel miracle une housse Cœuraline l’année dernière, pendant le premier confinement, puis deux plus récemment, quand une amie « auréophile » m’a proposé deux housses qu’elle ne voulait pas garder. Comme quoi, tout vient à point à qui sait attendre, même si je sais me montrer impatiente et même si je me suis sentie plus d’une fois frustrée ou découragée à force de manquer une création qui me plaisait, voire carrément très en colère pour ne pas dire hostile en apprenant qu’une cliente pouvait se permettre de demander de payer plus tard ou ne valide carrément pas sa commande. Non, mais sérieux ! Si toute personne intéressée par une création Auréole prenait deux secondes pour réfléchir à son degré de motivation réelle et au niveau de son compte en banque avant de cliquer « moi » sous les publications, ça laisserait plus d’opportunités aux personnes prêtent à investir, dont moi. J’ai beau me dire, pour me convaincre, que si je rate un modèle c’est qu’il n’était pas pour moi, je ne trouve pas forcément que ce soit juste. Donc, un grand merci à Pat de me donner une deuxième chance.

Je ne sais plus à quel moment l’image du coupon Laurette sur un coussin vert s’est formée dans ma tête. L’association des deux m’a ravie, bien qu’un petit quelque chose m’ait manqué pour passer à l’étape couture rapidement. Le déclic aura donc été ma visite à l’atelier d’Isa Tournicotta. Le caractère laborieux du travail à l’aiguille a laissé la place à une jubilation créative. J’ai piqué, passé le fil, plusieurs heures durant, le plus droit possible, avec application, sans me lasser et malgré les imperfections visibles à un œil attentif, l’ouvrage réalisé m’a enchanté. Emplie de fierté même : « Oh, c’est moi qui l’ai fait ? Waouh ! » Peut-être que, quelque part, je ne m’en sentais pas capable.

J’ai partagé mon enthousiasme dans une minute de danse des doigts sur un air gai et entraînant. Du jazz au piano. Une musique de l’album Inside d’Antoine Hervé qui se trouvait dans la pile à côté de la chaîne. Ne l’ayant pas dans l’oreille, j’ai tenté une sélection partir des titres au dos de l’album : « Les Muppets » et « Au gré des lubies » m’ont paru joliment évocateurs. Dans mon imaginaire, les marionnettes ou les lubies sont beaucoup plus swing que la fumée. Sauf qu’à l’écoute, c’est « Smoke » qui a résonné.

Maintenant, je verrais bien le coussin de Laurette agrémenté de rubans, de dentelle, voire de boutons. J’habillerais bien aussi une veste en jean et un haut sans manche de deux autres coupons. Ah oui ? A ma grande surprise me voilà disposée à faire usage de fil et d’aiguille. C’est dingue !

Instantané

Il est assis sur le siège du chariot que son père est affairé à vider sur le tapis roulant de la caisse. Un petit bout de chou qui s’ennuie peut-être. Que peut-il y avoir d’intéressant à cet instant dans cette grande surface ? Je compatis. Sa mère arrive les bras chargés de marchandises qu’elle ajoute aux autres.

Il me regarde. Je lui souris derrière le masque qui me mange la moitié du visage et me demande ce qu’il peut deviner de ce sourire. Alors je commence à agiter discrètement les doigts, frotte mes mains l’une contre l’autre, comme si j’avais froid, laisse aller le mouvement comme si de rien n’était. Pianotage dans l’air. Ainsi font, font, font

Intrigué, sinon curieux, il observe mes pitreries manuelles jusqu’à ce que le chariot soit déplacé au bout de la caisse. Le petit bonhomme gesticule, râle un peu. Son père se penche vers lui puis revient au chargement des courses. J’attrape à nouveau son regard, un dernier signe et tandis que la famille s’éloigne, ma main gauche plonge dans mon sac en toile « sauvons les abeilles » pour en sortir les friandises pour les chats et des sacs-poubelle vingt litres à lien coulissant.

En retournant à ma voiture, je me dis que dans ce monde obscurci, il nous reste l’expression des mains. Aujourd’hui ma minute de danse sera une danse des mains.

Bonne année 2021

Chercher des mots qui pétillent
Pour célébrer comme il se doit
Cette nouvelle année
Les entrechoquer en vers
Libres

Champagne !

Compter les bulles
Deux-mille-vingt-et-une
Pas une de moins
Comme autant de remises à zéro

Effacés les schémas poussiéreux
Abandonnées les vieilles données
Lâchés les anciens repères

Ecouter ce qui inspire
Sentir le souffle
Suivre l’élan neuf
Libre

Que cette année vous soit douce
Et parfumée aussi
Sans en être pour autant moins
Vibrante et enflammée

Chansons de Noël

L’autre samedi, le 12, en sortant la voiture du garage pour me rendre à la poste, vite, vite, vite, pas longtemps avant l’heure de la fermeture, je tombe sur l’émission de Rebecca Manzoni à la radio. Je me suis dit que j’avais bien fait de rester sur France Inter en rentrant la veille, alors qu’habituellement, je suis branchée sur France Culture ou France Musique. J’aime bien la voix de Rebecca Manzoni et celle de Dani — dont un titre récent, Dingue, est diffusé — aussi. Il s’agit d’une chanson construite sur des rimes en –ingue. Elle me plait beaucoup et me donne envie de garder l’idée pour un prochain exercice d’écriture.

Et puis mon attention s’accroit en entendant que ce Pop n’ Co a pour thème les chansons de Noël. Oh ! C’est aussi l’un des thème de décembre proposé par Mathieu Turgeon du Rendez-vous des blogueurs et j’ai déjà en tête d’écrire sur le sujet :
C’est la belle nuit de Noël
Ce soir on éteint la télé
La neige étend son manteau blanc
Ce soir ensemble on va chanter
O Tannenbaum ! O Tannenbaum
Que j’aime ta verdure

Tino Rossi, La Compagnie Créole, Mon beau sapin, quoi de plus classiques comme chansons de Noël ? Et le générique des Visiteurs de Noël chanté par Marie Myriam comme marqueur générationnel. Souvenirs d’enfance. Nostalgie du temps de l’insouciance. Répertoire très différent de la programmation de Pop n’ Co. Mais, mais, mais, le morceau joué au piano par Chilli Gonzales, invité de Rebecca Manzoni me fait faire un autre saut dans le temps : années 80, Last Christmas de Wham ! Oh ! J’avais oublié ! Pourtant je me souviens encore du refrain pour l’avoir chanté à tue-tête…
Last Christmas I gave you my heart
But the very next day you gave it away
This year, to save me from tears
I’ll give it to someone special

Et oui, ado, je reprenais certains tubes du Top 50. Ce ne sont pas les souvenirs les plus prégnants dans ma mémoire, mais il suffit de pas grand chose, quelques notes, pour les faire ressurgir.

Quelques trente ans plus tard, et même trente ans pile — 1984-2014 —, c’est un tout autre répertoire de chants de Noël que j’apprenais. Populaire d’une autre époque, d’avant la radio, un répertoire traditionnel : les chants de Noël de Bressans. J’avais raconté, dans Excursion savoisienne, les péripéties pour me rendre à la première répétition au musée de Chambéry.

En ce 25 décembre 2020, qu’est-ce que je chanterais pour célébrer Noël ? Un air traditionnel anglais entendu hier dans Allegretto que je me souviens avoir appris au collège ? We Wish you a Merry Christmas

Remonte le souvenir d’avoir saisi un air traditionnel de Noël magnifique un jour à la radio, ou plutôt d’avoir été saisie… Je me revois en voiture, par contre la musique m’échappe complètement. Souvenir sans son. Bon. Passons. Du chant à la danse il n’y a qu’un pas, je conclurai donc par quelques pas au lieu de quelques notes pour vous souhaiter un joyeux Noël.