Nettoyage d’automne

Je contemple mon armoire entièrement vide. Ma chambre vidée. La porte démontée (pour sortir un meuble). La pièce a l’air beaucoup plus grande sans le lit, le bureau, les étagères.

Sans les piles de livres (lus ou pas — constat dramatique : j’ai tant de livres qui restent à lire que ça !), les albums photos (du temps où j’utilisais un appareil photo argentique), les piles de cassettes enregistrées, les peluches, les dossiers universitaires, les documents qu’il faut absolument conserver (cinq ou dix ans, je ne sais plus).

J’ai presque tout descendu à la cave, ne gardant à l’étage qu’une infime partie de mon bazar, le but étant de ne pas encombrer les pièces voisines.

Ça m’a pris trois jours pour tout débarrasser. Plusieurs fois je me suis sentie dépassée et j’ai cru que je n’arriverais pas au bout. Et puis voilà. C’est fait. Ouf ! Je respire !

C’est agréable une pièce vide. Je ne me rendais pas compte à quel point j’avais étouffé l’espace.

Je voudrais savoir ne conserver que l’essentiel, mais quand je pense à tout ce que j’ai transporté à la cave, je me dis que je vais avoir un énorme boulot de tri pour faire le vrai vide, c’est-à-dire me séparer de toutes ces choses accumulées depuis des années, toutes ces choses que je conserve comme autant de vestiges de mon histoire.

A quoi ça sert des bouts d’histoire de sa vie dans un carton ou sur une étagère poussiéreuse ?

Je voudrais que mon intérieur respire mais je suis incapable de me séparer de tout un tas d’objets. Surtout ne pas mettre à la poubelle — il y a bien trop de poubelles et puis ce ne sont pas des déchets. Ils pourraient peut-être encore profiter à quelqu’un… En même temps, il faut reconnaître qu’ils ont surtout une valeur sentimentale, parce que, en fait, certains sont vieux, très vieux, d’autres franchement moches, d’autres encore sont déglingués, voire les trois à la fois. Qui pourrait bien en vouloir ?

Je me voudrais légère et libre comme l’air, mais je suis quasiment incapable de me délester de choses qui ont compté pour moi à un moment de ma vie. Au nom d’une mémoire nostalgique, ou par fidélité excessive. C’est un peu comme si me séparer de ce vieux nounours revenait à faire disparaître des souvenirs de mon enfance, comme si donner ces livres revenait à moins en aimer les auteurs, comme si proposer cette théière à une bourse d’échanges revenait à renier l’amitié de la personne qui me l’a offerte, comme si jeter ces vieilles cassettes audio revenait à effacer le plaisir des ateliers de chant, comme si jeter ce vase ébréché fait au lycée revenait à jeter mes cours d’arts appliqués, comme si jeter mes anciens cours revenait à perdre mes connaissances.

Je sacralise le matériel ! Bon, ok, pourquoi pas. Sauf que j’aspire au détachement. Oui, sérieux, sans rire. J’ai un côté conservateur et un côté sans attache. Pas facile à accorder.

Je me souviens d’un cours d’histoire au collège où le prof nous avait parlé d’une tribu amérindienne qui brûlait une fois l’an ses biens matériels. L’idée m’avait fait beaucoup d’effets (comme l’histoire de Diogène dans son tonneau qui, voyant un enfant boire dans ses mains, avait cassé son bol, le seul objet alors en sa possession parce qu’il le considérait comme utile). Vivre détaché des biens matériels, quelle belle idée. Je ne l’ai jamais appliquée pour autant.

Je me souviens d’un dossier dans un magazine au sujet de savoir faire le vide qui m’avait interpellé, il y a quelques années. J’avais désencombré mon bureau et les étagères par la suite. J’étais très fière du résultat. Alléger mon environnement m’avait allégée. Mais ça n’a duré qu’un temps. Petit à petit, les choses sont revenues. Les choses à garder sous le coude, les choses à ranger (quand j’aurai le temps), les choses qu’il serait dommage de jeter… Et tout était à recommencer.

Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Je fais chambre neuve. En constatant le bien-être que me procure la pièce vide, je me dis qu’il serait dommage de la remplir à nouveau. Cette fois, c’est décidé, je vais la laisser respirer.

De là à me débarrasser de tout ce qui encombre maintenant la cave… il y a un pas que je vais mettre un certain temps à franchir. Quoique. Je crois que que mettre tout ceci par écrit relativise mon attachement aux objets. L’écriture comme premier pas ver le détachement… Je n’y avais pas pensé, mais il est vrai que j’ai lu récemment un article sur les effets bénéfiques de l’écriture sur la santé, écrire permettant de prendre de la distance par rapport à un événement.

Ah ! Je n’avais prévu de faire de l’écriture thérapeutique.

Note de bas de page : pour les classeurs contenant mon travail universitaire, ça reste une autre histoire.

2 réflexions sur “Nettoyage d’automne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s