Joie et émancipation (ou inversement)

Avoir eu tant de difficultés à écrire mon précédent billet et n’y parvenir, finalement, qu’en changeant de thème m’a fait réaliser que j’avais envie de partager de la légèreté et de la bonne humeur. Le monde, enfin, celui dont la lunette des médias nous gave pour nous réduire à la condition d’homo consommaticus docile et soumis (voir à ce sujet le reportage explicatif La France a peur… Avez-vous le syndrome du grand méchant monde de Mr. Mondialisation) est bien assez plombant comme ça. Pas la peine d’ajouter de la cogitation morose à la sinistrose ambiante. Envie d’autre chose.

Je nourris en général une certaine affection pour les temps brumeux — espérant voir surgir un feu follet —, et même pour la pluie, grâce à Gene Kelly dans « Singing in the rain » , mais il m’arrive aussi de manquer d’enthousiasme certains jours que je juge tristement humides.

Je me souviens d’un jour gris à l’époque où j’étais étudiante et où il n’était pas encore question de la crise. C’était juste un jour gris, je retournais, morne et abattue, dans mon studio universitaire, quand j’ai entendu un oiseau chanter. Ce petit chant joyeux m’a mis du baume au cœur et ramené le sourire aux lèvres.

Je me souviens, plus récemment, d’un matin brumeux — dans ma tête comme à la fenêtre. Je n’étais pas franchement motivée d’aller travailler — plutôt envie de retourner me coucher — quand est apparu une pastille feu dans mon champ de vision. Un faisan magnifique dans le champ derrière chez moi. J’ai voulu lui apporter des morceaux de biscotte parce qu’il me semblait chercher à manger et parce qu’un faisan si près d’habitations est sans doute un faisan d’élevage qui a réussi jusque là à échapper aux plombs, je n’ai réussi qu’à lui faire peur. Mais j’avais retrouvé de l’énergie pour la suite de la journée.

Bref, tout ça pour dire qu’il y a toujours un détail pour rallumer sa petite flamme intérieure, une pastille de couleur au milieu de la grisaille, une musique à la radio, une citation qu’on reçoit à point nommé. Un simple mot.

La langue est pleine de mots magnifiques. Il y en a un qui m’enchante particulièrement, mais que j’avais oublié. Geneviève Fraisse me l’a rappelé pas plus tard que mercredi dernier à La Grande Table. Ce mot, joyeux, vivant, qui ouvre les ailes, c’est : émancipation. Quelle est belle l’émancipation qui donne accès à la liberté ! La philosophe a expliqué au cours de l’émission que plus on désigne un ennemi, plus on renforce son existence — ce qui n’était pas sans évoquer et donc venait confirmer (au cas où je ne l’aurais pas bien intégré la première fois) des propos tenus par Dominique Georges dans un tout autre contexte (raison de plus pour que ça résonne). Geneviève Fraisse parlait donc de remplacer la domination par l’émancipation. Et voilà mon action syndicale redynamisée ! Mais ce mot va bien au-delà du travail syndical. S’émanciper c’est s’extraire de ce qui nous plombe, c’est se défaire des vieux schémas qui nous enchaînent. C’est allumer des bougies dans l’obscurité au lieu de la maudire.

 

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