VI-4

VI Ovalie

Quatre.

Qu’est-ce que je fais à califourchon sur cette espèce de chose en cuir ? Wouhou ! Un ballon ovale rapidement botté. Chandelle ! C’est parti pour un voyage dans les airs. Je fuse ! Je fuse ! Cramponnée à la couture du ballon comme aspiré par le ciel. Les yeux rivés aux hautes sphères vers une destination possible, n’osant pas regarder en bas. Trop bas. Ouh la la ! Quelle ascension ! Le ballon traverse les cieux. Je gagne les étoiles. Mais l’arrêt est brutal. Le cuir s’est planté dans le premier obstacle qui se trouvait sur sa trajectoire. Me voilà pendue au cul d’un corps céleste ! Plus aucune visibilité au-dessus, je penche précautionneusement la tête dans la direction opposée. Je n’y vois que du bleu. Un bleu immense, le ciel vu d’en dessus. Un bleu… bleu. Tout ce qu’il y a de plus bleu. Un bleu qui me tend les bras. Un bleu qui m’aimante… Je ne peux pas restée plantée là ! D’une main je tâte le plafond. Il est bien incrusté le ballon. Peut-être qu’en faisant le balancier j’arriverai à le faire bouger… Je gesticule de gauche à droite. Sans aucun résultat. Le ballon est bel et bien planté. Peut-être même prêt à germer. Qui sait ? Je deviens téméraire, l’envie me vient de sauter. Téméraire à demi : mon corps demeure accroché au cuir. Tiens, j’ai cru entendre un petit bruit. Je lance un appel :

« Y a quelqu’un ? Ouh, ouh ! J’suis coincée ! »

Un trou s’est ouvert dans le plafond. Je me sens observée.

« Ouh, ouh ! S’il vous plaît ! N’ayez pas peur. Je ne vous veux aucun mal. Je veux seulement redescendre. Aidez-moi s’il vous plaît. »

C’est une toute petite voix nasillarde qui me répond :

« Je n’ai pas peur. C’est vous qui risquez d’être effrayée en me voyant… »

« Ah bon ? Pourquoi ça ? »

Je me sens trop angoissée par la situation dans laquelle je me trouve pour pouvoir être effrayée par quelqu’un. Mais quand j’aperçois le bout des pattes velues, je ne peux retenir un cri.

« Ah ! Une araignée ! »

Manquant dans un premier temps de tomber, je reste pétrifiée face à l’arachnide.

« Voilà pourquoi. Je lis le dégoût sur votre visage. Ce n’est pas agréable, croyez-moi ! »

« Je suis désolée de ma peur irraisonnée. C’est plus fort que moi. Ça doit venir de mon enfance. De ma relation avec ma mère. Vous n’y êtes pour rien. Pardon. Je ne voudrais pas vous offenser. »

« Vous m’avez déjà réveillée »

« Pardon. Excusez-moi. »

« Ça va, ça va. Expliquez-moi un peu ce que vous fichez là. »

« Pour résumer : un coup de dé m’a projetée sur ce ballon et un coup de pied trop puissant m’a envoyée jusqu’ici. Je voudrais bien redescendre, mais comment ? »

« Oui. Comment ? »

Mon sang se glace quand l’araignée s’approche pour constater l’incrustation du ballon. Je ferme les yeux.

« mmmmmm… Oui, on peut dire qu’il est bien ancré. Il ne vous reste plus qu’à attendre le prochain. Avec un peu de chance… »

Je ne la laisse pas finir sa phrase. Les yeux écarquillés, je m’exclame :

« Comment ça attendre le prochain ? »

« Oui. Une prochaine chandelle qui enverra un autre ballon jusqu’ici qui, s’il tape correctement votre monture devrait la déloger et vous avec. »

« devrait ? »

« Oui. C’est une possibilité, parce que si le botteur manque de force, vous n’aurez plus qu’à sauter sur l’autre ballon. »

« Et si je le rate ? »

« Eh bien, si vous le ratez, vous ne manquerez pas de vous rompre le cou l’atterrissage. »

« Mais c’est horrible ! » Je me vois déjà écrasée au sol, démembrée, inerte. Non, ce n’est pas possible ! La chandelle va être dosée juste ce qu’il faut de manière à taper ce ballon pour le décrocher. Je n’aurais pas à jouer les casse-cou. Je ne suis pas trapéziste !

« Et il arrive quand le prochain ballon ? »

« Mmmmm… Maintenant ! »

« Maintenant ? Où ça ? » J’ai beau regarder, je ne vois rien sinon un point noir dans le bleu du ciel. L’araignée fait la moue :

«  Bouh, mais c’est qu’il est en petite forme notre botteur aujourd’hui ! Ma pauvre petite vous n’êtes pas encore redescendue… »

« Je ne peux pourtant pas rester là. Il doit bien y avoir un autre moyen. »

Je gesticule de plus belle pour désemprisonner ma monture. Je suis de plus en plus hystérique, ce qui est bien inutile. L’araignée, calme, m’observe un moment puis finit par reprendre la parole :

« Vous pourriez vous agripper à un ballon rond peut-être… Quoi que. Ce n’est pas de saison. A moins que… »

Elle disparaît dans son trou, me laissant seule plus désespérée que jamais, les yeux perdus dans les hautes atmosphères. Et si je sautais… Si j’osais sauter… Je ne vais peut-être pas m’écraser après tout… Quand l’araignée réapparaît, je suis dangereusement penchée au-dessus du vide. Elle tousse un peu pour me sortir de ma torpeur. Je relève la tête.

« Il se trouve que je dispose d’un ballon rond. Si vous pensez pouvoir y prendre place. »

Un ballon rond ? La lueur d’espoir entrevue le temps de redresser le corps, s’estompe aussi vite qu’elle a surgi.

« Comment m’agripper à un ballon rond ? Il n’y a pas de prise sur un ballon rond. Impossible de s’y tenir en selle. Je ne vois plus qu’une solution moi, sauter ! Plonger dans le bleu du ciel ! »

L’araignée pointe une patte dans ma direction. J’ai un mouvement de recul.

« Reprenez vos esprits ma petite et écoutez moi bien. J’ai la solution. Seulement… allez vous l’accepter ? »

« Mais pourquoi je la refuserais ? Bien sûr que je l’accepte ! »

Mon sang se glace à mesure que l’araignée s’approche. Je voudrais faire bonne figure, mais je suis sûre qu’elle a senti mon malaise.

« Il s’agit de vous accrocher derrière moi et de descendre par mon fil. Si vous vous sentez prêtes à vous jeter dans le vide, vous devriez être capable de me suivre. »

«  Euh… Vous voulez me faire croire que votre fil serait assez résistant ? »

« Sachez que ce fil est capable de résister à la traction de quatre-vingt mille personnes ! Et plus costaudes que vous. Alors ? Vous me suivez ? »

J’hésite. Je dois me faire à l’idée de me pendre à un fil d’araignée. Un fil d’araignée, beurk ! C’est dégoûtant. Ça colle… Et si c’était un piège ? Si elle voulait faire de moi son repas ? Je m’en veux de penser ça parce qu’elle fait tout pour m’aider cette brave araignée. Je repense à un vieux conte qui raconte comment une araignée va chercher le feu au fond d’un puits pour le rapporter à l’homme, comment une mouche le lui vole et obtient tous les honneurs. La répugnance des araignées n’est vraiment pas juste.

L’arachnide se balance au-dessous de moi.

« Bon alors, vous préférez camper là ? »

« Non, non, je vous suis. »

Je tends un bras, saisis le fil dans la main. Il est si fin ! Je tire dessus. Il a vraiment l’air solide. Je prends une respiration profonde et m’accroche au fil.

« Dites. Si vous voulez descendre, il va falloir vous décrisper et accompagner le mouvement. »

« Oui, oui, évidemment… C’est-à-dire que je…Enfin… Oui. »

La dame en noir a pris de l’avance. Je détends mes muscles et entame la descente lentement. Très lentement. Puis avec un peu plus d’assurance. Je me rapproche de ma guide. Assez pour pouvoir lui parler. Une idée m’a traversé l’esprit.

« Quatre-vingt mille personnes avez-vous dit ? »

« Oui, c’est ça. Quatre-vingt mille. »

« Mais alors… La Coupe du monde, c’était vous ! »

L’araignée, un instant, s’est arrêtée.

« Oui, c’était moi. Vous vous en rappelez ? »

« Et comment ! Les spectateurs agrippés les uns aux autres pour retenir Deschamps prêt à décoller avec la coupe qu’il tenait à bout de bras ! C’était tellement impressionnant ! Bravo ! »

« J’avoue que je me suis bien amusée. Mais je ne pensais pas que quelqu’un ait pu s’en rendre compte. Ça a été tellement furtif. Racontez-moi votre souvenir. »

« Il y a eu l’explosion au coup de sifflet final. La France qui l’emporte sur le Brésil et devient championne du monde pour la première fois de son histoire ! Certains joueurs pleurent, le Stade de France est en délire et même à la tribune officielle on se lâche. Deschamps le capitaine de Bleus reçoit le trophée tant désiré des mains du Président de la République et le brandit bien haut. Il est aux anges. Léger, léger… Tellement léger qu’il ne touche plus terre. Et ce n’est pas qu’une expression. Il n’a réellement plus les pieds sur le sol. Blanc et Dugarry l’attrapent par les jambes et bientôt c’est toute l’équipe de France qui tente de le retenir. Puis Chirac et Platini s’agrippent à leur tour à son maillot, mais la force ascensionnelle semble la plus forte. Deschamps tient fermement la coupe. Les supporteurs les plus vifs se sont précipités, puis petit à petit, c’est une mêlée géante qui se forme s’étendant à travers le stade. Les spectateurs s’agrippent les uns aux autres démultipliant la force de traction et c’est une chaîne de quatre-vingt mille personnes qui empêchent Deschamps et le trophée de partir dans les airs. De-ci delà s’élèvent des « elle est à nous! ». Aucun cri de haine, l’ambiance est restée bon enfant. Les voix s’accordent et c’est un chant qui jaillit : « Elle est à nous. elle est à nous. Elle est, elle est, elle est à nous. C’est nous les champions, c’est nous les champions, c’est nous, c’est nous, c’est nous les champions. » Et puis Deschamps tombe dans les bras de Chirac, la chaîne s’effondre dans des cris de joie et de triomphe, le stade est sans dessus dessous, mais il n’y a aucun blessé. Chants et applaudissements reprennent de plus belle. Tout le monde se remet peu à peu de cette émotion imprévue, mais c’est vrai, il y avait quelque chose d’irréel, comme si cet événement n’avait été qu’un rêve. »

« Voilà, nous sommes arrivées. »

« Quoi, déjà ? »

Je regarde en bas. Sous l’araignée, une prairie. Je lâche le fil. C’est un bonheur de retrouver le plancher des vaches mais je suis un peu triste que la descente soit déjà terminée.

« Alors il est l’heure de nous dire au revoir ? »

« Je crois bien. »

« Je vous suis très reconnaissante. Merci beaucoup. »

Les mains sur le cœur, je salue la dame en noir et puis, dans un élan de gratitude, lui tends la main pour lui serrer la patte. Ce geste la surprend, mais la disparition de mon appréhension lui fait plaisir. Elle me tend une patte que je n’aurais jamais imaginée aussi douce.

« Au revoir petite et bonne route. »

« Au revoir, Madame. »

Je la regarde remonter dans les airs et sors le dé de ma poche.

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IV-cinq

Note de préambule : si je passe du II au IV c’est que le III n’est autre qu’une version adaptée de ma rencontre avec l’écriture partagée le 16 septembre dernier.

 

IV Sous verre

Il y a quelque chose de bizarre.

Je suis au milieu d’une prairie fleurie bordée d’arbres. Le cadre est idyllique, le ciel magnifiquement bleu et le soleil éclatant, mais je sens qu’il y a quelque chose de bizarre. Ah oui, j’ai un chapeau de paille sur la tête, une robe claire cintrée à la taille, des socquettes et des ballerines blanches. Suis-je bien moi ? Si j’avais un miroir, je pourrais vérifier à quoi je ressemble. Quoi qu’il en soit j’ai l’impression de porter une tenue des années cinquante et d’être tombée dans une image d’Epinal.

Qu’est-ce que je pourrais trouver de mieux à faire qu’une promenade en attendant mon prochain voyage ? Pas grand chose. Je marche en direction des arbres en face de moi. Ils ne sont pas très loin, ils ne sont pas très hauts. Je ne m’y connais pas vraiment, mais ils me font penser à des pommiers ou des poiriers. Sans fruits. Ce ne doit pas être la saison. Sur la droite, à quelques pas, il y a une fontaine en pierre. Je m’en approche pour observer mon reflet : sous le déguisement de la petite fille modèle des années cinquante c’est bien moi.

Il y a quelque chose appuyé sur le bord de la fontaine. On dirait un chevalet. Je me penche. Oui, c’est bien un chevalet, avec une toile et une mallette contenant tout le nécessaire pour peindre. Je reste quelques instants perplexe. Il ne semble y avoir personne à par moi ici. A qui peut appartenir ce matériel ? Est-il possible qu’il soit là pour moi ? J’ai envie d’y croire mais j’hésite encore à m’en servir. Et puis mue par une envie irrépréhensible, je monte le chevalet, pose la toile, dispose des crottes de couleurs sur la palette, attrape un pinceau et contemple le paysage.

Je commence par barbouiller de bleu la partie supérieure : le ciel pur, sans nuages, est assez simple à représenter. En dessous, j’esquisse une grande étendue verte d’herbe grasse parsemée de petites fleurs champêtres. La partie intermédiaire, arborée, est plus délicate à réaliser. Elle demande plus de précision dans le geste, mais je ne m’en sors pas si mal. Certes, on est loin de la toile de maître, pourtant on reconnaît la prairie bucolique.

C’est une représentation sage qui manque peut-être d’une touche personnelle… De vivacité de couleur en tous cas. Je trempe le pinceau dans la peinture rouge, pose des cerises aux branches de certains arbres et des coquelicots au milieu des fleurs pastel. Et puis j’ajoute quelques papillons oranges pour animer le tableau. Je remarque alors un beau spécimen vitaminé perché sur le haut du chevalet et qui semble observer mon travail.

« Alors papillon ça te plaît ? »

Je me demande si je dois prendre son délicat battement d’ailes pour un acquiescement ou un « je m’en fous ». C’est drôle, je n’avais pas remarqué qu’il y avait des papillons jusque là.

L’idée me vient ensuite d’ajouter un personnage. Une petite fille modèle au chapeau de paille et la robe blanche. Non, bleu tardis sera la couleur de la robe. Ce n’est pas une nuance de bleu facile à obtenir, mais c’est justement parce qu’elle n’est pas commune qu’elle me plaît. J’aimerais bien avoir une robe de ce bleu. Et si je peignais ma robe ? Ce ne sera pas la peine, parce qu’en baissant la tête je découvre hébétée qu’elle a changé de couleur depuis tout à l’heure. De blanche, elle est devenue bleu tardis ! Incroyable ! Et si je peins des ballerines vert pomme, celles que j’ai aux pieds vont aussi changer de couleur ? Oui ! C’est magique ! J’adore ce jeu. Et si je peins des oiseaux, je vais les entendre chanter ? Cette dernière idée stoppe net mon euphorie. C’est ça qui m’a semblé bizarre en arrivant ici : le silence absolu. Pas le moindre bruissement, pas le moindre clapotis, pas le moindre petit bourdonnement. Il n’y a pas le moindre son dans cet univers, comme s’il était dans une bulle. C’est étonnant d’abord comme sensation, puis dérangeant quand on y pense jusqu’à devenir oppressant. Un frisson me parcourt le dos. Qu’en est-ce que je repars ? Mon dé pèse au fond de ma poche. Je n’ai plus vraiment goût à la peinture.

Je ressens le besoin de bouger. Je laisse le pinceau et la palette au pied du chevalet et je cours jusqu’aux cerisiers en criant à tue-tête. Je ne me suis jamais essoufflée aussi vite. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, j’ai le feu aux joues, et je me sens bien vivante. Adossée contre un arbre, je récupère quelques instants. Je tends le bras vers une cerise vermillon et quand je vais pour la cueillir, elle s’écrase entre mes doigts : elle est redevenue peinture. Deuxième frisson. Et quand je remarque des taches rouges sur le bas de ma robe, je n’ai pas besoin de me retourner vers la prairie pour deviner qu’il s’agit des coquelicots. Dans un autre contexte, j’aurais certainement pu apprécier ces motifs imprimés, mais, en cet instant, j’ai seulement envie de fuir au-delà des arbres.

Aïe !

L’instant d’après, je suis allongée au sol, K.O. ou presque. J’essaie de retrouver mes esprits. J’ai couru et puis… Et puis boum ! Noir. Je me suis cognée dans quelque chose. Je me redresse avec précaution. Ça va, je suis en un seul morceau. Je n’ai rien de cassé. J’avance doucement, bras devant. Mes mains ne tardent pas à rencontrer une surface transparente et dure. Au-delà, le bois continue.

Il y a forcément une issue.

Une main sur ce mur d’enceinte invisible, j’entreprends d’en effectuer le tour jusqu’à trouver une porte. Parce qu’il y en a forcément une. J’ai l’impression de marcher des heures, même si la lumière n’a pas changé. Le soleil brille continuellement sur la prairie.

Je n’ai trouvé aucune trace d’ouverture. Je dois me rendre à l’évidence que je me trouve dans un espace hermétiquement clos. Pourtant je ne peux me résoudre à cette idée. S’il n’y a pas d’issue, je vais en dessiner une ! Je cours au chevalet et trace entre deux cerisiers une porte avec sa poignée, sa serrure et sa clé. Peine perdue. Aucune porte ne s’est matérialisée sur le mur transparent. Je reviens au chevalet. Aucune trace de porte sur la toile. Dois-comprendre que la magie de la peinture agit à l’intérieur d’un cadre et pas au-delà ? Pourtant, il doit bien exister un moyen de sortir de cette bulle. C’est quoi ce scénario pourri ? Eh oh, ça suffit, je veux sortir maintenant. Il est l’heure que je change de décor !

Pendant que je m’énerve, le papillon est toujours là, imperturbable, posé sur le haut du chevalet, à battre gentiment des ailes.

Et toi papillon, tu ne pourrais pas m’aider des fois ? T’aurais pas une idée de comment on quitte les lieux ? Evidemment que non, tu n’es qu’une image de papillon. Un trompe-l’œil, même si tu as bien l’air vivant… Il faut dire que c’est dans cet esprit que je t’ai peint. Alors que j’ai peint les cerises et les coquelicots avec la simple idée de rajouter de la couleur… Ce qui voudrait dire que c’est l’intention qui compte… Ok ! Je vois ce qu’il me reste à faire. Puisque la solution douce ne fonctionne pas, je vais opter pour une solution plus forte et pas sage, avec toute l’intensité que je peux mettre dans la peinture d’un outil.

Le marteau est là à mes pieds. Je le ramasse et me dirige d’un pas décidé vers l’enceinte de verre. Je frappe un grand coup. Un seul suffit. Un bruit, enfin. Celui d’un verre qui éclate. Je suis libre !

Quelque chose bouge dans ma poche. Le dé ! Il est l’heure. Je le lance.

Deux.

Note de bas de page : aujourd’hui je prendrais bien le papillon comme animal totem.

II – cinq

Le 28 octobre dernier, je parlais de me reconnecter à l’énergie d’un texte, en en partageant le début, et de m’engager à travailler à l’aboutissement de ce texte. Après un mois de suspension en raison d’une priorité donnée à une autre voie d’expression artistique, le chant, qui s’est conclue sur des concerts, magiques, le week-end dernier, je reviens à l’écriture et à l’épisode 2 de mon histoire de dé sans titre. J’me dis qu’il viendra à la fin. En attendant, là tout de suite, au moment où j’écris, je n’ai pas de titre non plus pour ce billet. Ce serait pourtant bien j’en trouve un sans y passer la nuit… Je ne vais pas chercher midi à quatorze heures et donc, pourquoi pas simplement : « II – cinq » . Oui, pourquoi pas ?

II

Cinq.

J’ai atterri dans un espace rectangulaire en terre battue, délimité par des lignes blanches. Il y a là, assis sur un siège, un type dépité. Je m’approche, le salue et lui demande ce qui ne va pas. La tête dans les épaules, il me répond que la terre battue ce n’est pas son truc, qu’il préfère le gazon. Je voudrais bien lui dire quelque chose pour le réconforter, mais quoi ? Ce qui me passe par la tête :

« Ce sera pour le prochain tour. »

Il redresse la tête et ébauche un sourire. Son regard est moins triste. Il me remercie et se lève, une raquette dans la main droite. Je ne m’étais pas rendue compte qu’il était aussi grand. Il sort un dé, jaune, de sa poche, le fait rouler sur sa raquette — six —, me remercie et bondit au loin.

Je reste seule sur le cours. Où est mon dé ? Là, dans ma poche. Je vais pour le lancer quand la voix tonitruante vient à nouveau me casser les oreilles :

«  Non ! Attendez votre tour »

«  Et c’est quand mon tour ? C’est quand mon tour? »

Pas de réponse. Je m’assois sur le siège vide, fais rouler le dé entre mes mains, m’intéresse au sol. Mon prédécesseur a laissé l’empreinte de son pied. Je marque la mienne à côté. Oh la différence de taille ! Je trouve ça marrant, moi, la terre battue, ça conserve la trace du passage. Je me remets debout, vise un espace immaculé et y saute à pieds joints. Pointé gauche. Pointé droit. Pas de côté. Pas chassé. Un petit tour, pas glissé. Saut de chat pour sortir du cadre. Je considère mon œuvre avec fierté, la signe et puisque je dois encore attendre mon tour, je pars, telle une apprentie Sharlock Holmes des cours, dans l’exploration de traces laissées par des prédécesseurs. L’exploration s’avère veine. Nul grain de brique déplacé alentour. Quoique… A bien scruter… Là. Peut-être… Je m’accroupis pour mieux voir. Oui, on dirait bien une empreinte. Mais pas d’un pied humain. Celle d’un palmipède plutôt. Un souffle léger vient estomper la marque au sol. Je réalise alors que les empreintes sur terre battue ne peuvent être qu’éphémères et les traces artistiques de mon passage fugitives. Je redresse la tête. La terre battue vole au-dessus de mon œuvre. Un bruit. C’est mon dé qui a glissé de ma main. Quatre. Le vent me propulse sur une autre case.