II – cinq

Le 28 octobre dernier, je parlais de me reconnecter à l’énergie d’un texte, en en partageant le début, et de m’engager à travailler à l’aboutissement de ce texte. Après un mois de suspension en raison d’une priorité donnée à une autre voie d’expression artistique, le chant, qui s’est conclue sur des concerts, magiques, le week-end dernier, je reviens à l’écriture et à l’épisode 2 de mon histoire de dé sans titre. J’me dis qu’il viendra à la fin. En attendant, là tout de suite, au moment où j’écris, je n’ai pas de titre non plus pour ce billet. Ce serait pourtant bien j’en trouve un sans y passer la nuit… Je ne vais pas chercher midi à quatorze heures et donc, pourquoi pas simplement : « II – cinq » . Oui, pourquoi pas ?

II

Cinq.

J’ai atterri dans un espace rectangulaire en terre battue, délimité par des lignes blanches. Il y a là, assis sur un siège, un type dépité. Je m’approche, le salue et lui demande ce qui ne va pas. La tête dans les épaules, il me répond que la terre battue ce n’est pas son truc, qu’il préfère le gazon. Je voudrais bien lui dire quelque chose pour le réconforter, mais quoi ? Ce qui me passe par la tête :

« Ce sera pour le prochain tour. »

Il redresse la tête et ébauche un sourire. Son regard est moins triste. Il me remercie et se lève, une raquette dans la main droite. Je ne m’étais pas rendue compte qu’il était aussi grand. Il sort un dé, jaune, de sa poche, le fait rouler sur sa raquette — six —, me remercie et bondit au loin.

Je reste seule sur le cours. Où est mon dé ? Là, dans ma poche. Je vais pour le lancer quand la voix tonitruante vient à nouveau me casser les oreilles :

«  Non ! Attendez votre tour »

«  Et c’est quand mon tour ? C’est quand mon tour? »

Pas de réponse. Je m’assois sur le siège vide, fais rouler le dé entre mes mains, m’intéresse au sol. Mon prédécesseur a laissé l’empreinte de son pied. Je marque la mienne à côté. Oh la différence de taille ! Je trouve ça marrant, moi, la terre battue, ça conserve la trace du passage. Je me remets debout, vise un espace immaculé et y saute à pieds joints. Pointé gauche. Pointé droit. Pas de côté. Pas chassé. Un petit tour, pas glissé. Saut de chat pour sortir du cadre. Je considère mon œuvre avec fierté, la signe et puisque je dois encore attendre mon tour, je pars, telle une apprentie Sharlock Holmes des cours, dans l’exploration de traces laissées par des prédécesseurs. L’exploration s’avère veine. Nul grain de brique déplacé alentour. Quoique… A bien scruter… Là. Peut-être… Je m’accroupis pour mieux voir. Oui, on dirait bien une empreinte. Mais pas d’un pied humain. Celle d’un palmipède plutôt. Un souffle léger vient estomper la marque au sol. Je réalise alors que les empreintes sur terre battue ne peuvent être qu’éphémères et les traces artistiques de mon passage fugitives. Je redresse la tête. La terre battue vole au-dessus de mon œuvre. Un bruit. C’est mon dé qui a glissé de ma main. Quatre. Le vent me propulse sur une autre case.

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