Comment écrire une chronique avec le cœur et le cerveau à l’envers ?

Le cœur — Besoin de silence pour me recueillir. J’en ai trop gros sur la patate.

Le cerveau — Oui, mais la chronique…

Le cœur — La chronique ? Elle ne paraîtra pas une fois quelle importance ? Il y a des moments où ce n’est pas l’heure des mots. Je me tais et je me terre. Rideau.

Le cerveau — J’entends bien. Je te comprends. Moi aussi je suis déboussolé. Je n’arrive plus à penser depuis mercredi dernier. Moi aussi j’ai basculé en un instant de la légèreté à la sidération. Pourtant, la vie continue…

Le cœur — Ah oui, la vie continue. Avec des débats, des analyses. Chacun y va de son éclairage, de son interprétation et blablabla et blablabla. Chacun y va de son commentaire sur facebook (ou ailleurs), ça pinaille sur un mot utilisé dans une chronique, ça critique les médias qui passent sous silence tel ou tel autre fait d’actualité, ça veut se singulariser : « eh bien moi gnagnagna… » Ça fait beaucoup de bruit. Quant à l’union sacrée de façade ! Pouah ! Ça suinte de fausse sincérité et de récupération ici et là.
Désolé, mais moi je pleure des amis disparus. Des frères de cœur. Alors le deuil national (ou même international) c’est un peu loin. Et les discours pour discourir, ça me fatigue. Je préfère me recueillir en écoutant la voix de Cabu ou l’équipe de Charlie.

Le cerveau — Il y a de très beaux et émouvants hommages aussi…

Le cœur — Oui, ceux des amis (Sophia Aram, Caroline Fourest, François Morel, pour ne citer qu’eux). Et ceux des caricaturistes. Et puis il y a l’équipe réduite de Charlie qui continue le journal. Je bats pour elle.
Plus que jamais nous avons besoin d’humour, plus que jamais nous avons besoin de rire. Plus que jamais nous avons besoin de joie et de désamorcer les graines de violence que plante la société. Mais est-ce que les politiques sont capables d’entendre que l’éducation et la culture sont plus importantes que les marchés ?

Le cerveau — Ah, ça… Mais il est important de toujours y croire, de ne pas baisser les bras. Tu te rappelles la formule de Gisèle Halimi Ne vous résignez jamais ?

Le cœur — Si je me la rappelle ? Oh oui ! Et je ne suis pas résigné. J’ai juste un nuage lourd de chagrin au-dessus de moi. Un nuage qui va se dissiper. Car c’est bien la joie qui m’anime.
La joie est plus belle que la peur qui conduit à la haine. Comme disait Spinoza : « le désir qui nait de la joie est plus fort que le désir qui nait de la tristesse ». Et Charb a dessiné lui-même « l’amour plus fort que la haine »

L'amour plus fort que la haine

Le cerveau — Bon, alors on va pouvoir l’écrire cette chronique ?

L’estomac — hum hum… Pardon de vous ramener à des choses plus concrètes et non moins essentielles, mais est-ce qu’il est possible de passer à table d’abord ?

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