Lapin d’avril

Je suis en retard !

J’ai vingt minutes pour faire un parcours qui prend généralement une bonne demi-heure. Faut être insensée pour avoir une once d’espoir d’arriver avant le début du spectacle.

Je me dépêche d’un quai de métro à l’autre, comptant grapiller quelques secondes, voire quelques minutes… Je tempête in petto, tout en sachant que ça ne sert à rien de regretter de ne pas être partie plus tôt. D’ailleurs, je ne regrette pas la discussion que j’ai eu avec une collègue : échange de points de vue syndicaux et sur le boulot. Eh, eh ! Formateur ! Par contre, j’ai mal évalué le temps nécessaire pour gagner Lyon. Serait-ce dû au passage à l’heure d’été le week-end dernier ? J’ai l’impression de ne pas l’avoir intégré. Un peu comme si, bien que voyant dix-neuf heures dix à la pendule, mon cerveau évaluait que j’avais encore quasiment deux heures devant moi avant l’heure du spectacle.

Je n’ai plus qu’une rue à remonter à pieds. Je n’ose pas consulter l’horloge de mon mobile. Je marche d’un pas rapide, sans un coup d’œil à un parcmètre. Pas le cœur à apprécier le micro voyage dans le temps en passant à vingt heures dix devant l’un puis à vingt heures neuf devant le suivant. Enfin, j’arrive aux abords du théâtre. Deux personnes qui me précèdent de quelques mètres disparaissent à l’angle de la rue. Y aurait-il d’autres retardataires ?

Quand je débouche face au théâtre, je suis interloquée par le nombre de personnes à l’entrée. Tout ce monde en retard ? L’espace d’une fraction de seconde, j’imagine avoir traversé une portion de temps étendue, où cinq minutes équivalent à neuf cents secondes… Puis, de manière plus rationnelle, je me dis qu’il doit y avoir deux spectacles et que le deuxième commence plus tard. Une fois dans le hall au milieu d’une foule de spectateurs, je cherche mon billet dans mon sac, voyant déjà une hôtesse m’accompagner au balcon pour m’installer discrètement alors que les comédiens déroulent leur texte sur scène. Et puis je lis l’horaire du spectacle sur mon billet en main : vingt heures trente.

Non, je n’en reviens pas ! D’habitude, c’est à vingt heures. Devant l’escalier qui mène à l’entrée de la salle, je consulte mon mobile : vingt heures seize. Je respire, tout va bien. Je vais voir un spectacle merveilleux, féerique et magique*, sans en manquer une miette. Je me suis seulement fait une bonne blague. Normal pour un premier avril.

*C’était en 2010, Manuel du merveilleux de la compagnie Système Castafiore à retrouver en film sur le site de la compagnie.

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