Seul compte le chemin

C’était le 4 mai 2012…

Quai
Aujourd’hui, j’ai fait un aller-retour sur Paris pour rien. C’est-à-dire que la réunion de la commission nationale femmes de Solidaires à laquelle je pensais participer pour la première fois a été annulée. J’aurais pu le savoir simplement en demandant confirmation de la tenue de cette réunion plus tôt. Je m’en suis simplement inquiétée il y a deux jours. Un peu court pour obtenir une réponse. Cela dit, ayant réservé mes billets à l’avance, ils étaient perdus : les tickets Prem’s c’est moins cher, mais non remboursable.

J’ai retrouvé sans difficulté le local où j’avais eu l’occasion de venir quelques mois plus tôt avec des collègues. Quand je suis arrivée, il n’y avait pas grand monde. Je n’étais pourtant pas en avance. Quelqu’un m’a expliqué que la réunion avait été reportée parce que plusieurs personnes ne pouvaient être présentes. J’ai laissé mon adresse électronique pour être informée de la suite et je suis repartie. Il faisait beau, j’avais envie de marcher un peu, j’ai cherché l’itinéraire de la gare sur la carte d’un abri-bus.

Donc, j’ai fait trois heures de train pour aller déambuler dans Paris. Remarque de mon esprit sérieux : ça fParisait cher la balade (même en tickets Prem’s). Cela étant, ça m’a permis de réaliser cette envie un peu folle de prendre le train un matin pour aller me promener dans les rues de la capitale, maintenant que je l’ai apprivoisée et que je n’ai plus peur de m’y perdre.

Je ne suis pas allée sur l’avenue, bien qu’ayant le cœur ouvert à l’inconnu. J’ai pris Voltaire et Diderot, des boulevards où il n’y a pas tant à voir, ni à photographier. J’ai marché d’un pas décidé, tracé jusqu’à la gare. J’avais le temps, mais je ne le savais pas. C’est dommage car je crois que j’aurais pu apprécier plus pleinement ce moment, si je ne m’étais pas inquiétée de la distance à parcourir pour rejoindre la gare.

Ciel couvert.
Je comptais passer la tondeuse aujourd’hui.
Tant qu’il ne pleut pas, je peux.

Ce matin, j’ai lu que Luz quittait Charlie Hebdo en septembre. Envie, besoin de passer à autre chose. Ça se comprend.

La vie continue,
mais pas comme avant.

Je croyais la peine adoucie depuis les attentats du 7 janvier, mais il suffit d’un entretien (Luz dans Libé), d’un article (La chronique de Philippe Lançon, dans Charlie ou « Elsa Cayat de la psychanalyse comme arme de libération massive » dans le dernier numéro), de tomber sur un livre en librairie (Et si on aimait la France de Bernard Marris) pour la raviver et sentir les larmes pointer au coin des yeux.

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Ce matin, je devais aller acheter du matériel pour la salle de bain. Je vais seulement aller acheter Libé pour lire l’interview de Luz en entier.

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Et puis je tondrai.
S’il ne pleut pas.

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Un lièvre en son gîte songeait

J’ai besoin d’un espace d’habitation sécure. Un cocon dans lequel je me sens à l’abri et où je peux me ressourcer. Un gîte qui rassure mon côté lièvre (déjà évoqué le 16 septembre 2014).

08Hare / Lièvre, 2007 ; soft varnish / vernis mou, 13 x 22 cm
Anna Jerenic

Quand j’ai appris il y a un peu plus d’un an qu’une maison du voisinage avait brûlé, j’ai été très impressionnée pour ne pas dire traumatisée : si ce genre de chose devait m’arriver, si je devais connaître un incendie, je serais d’abord et avant tout effondrée. Dans une situation où j’aurais le sentiment d’avoir tout perdu, il me serait difficile d’apprécier pleinement d’être. J’ai beau soutenir qu’il est plus important d’être que d’avoir, c’est plus facile de le penser avec un toit sur la tête. Le non attachement reste pour moi, à ce jour, un vœu pieux.

Si je me méfie des flammes, je ne me méfie pas de l’eau. Pourtant, l’eau est aussi capable de faire des ravages. De manière moins spectaculaire, plus insidieuse.

Récemment, j’ai eu la désagréable surprise de constater que la cloison entre ma chambre et la salle de bain avait subi des dégâts d’infiltration et que, sous la moquette murale, le placo imbibé d’eau partait en lambeaux jusqu’à découvrir le dos de la faïence qui tenait encore miraculeusement —tant que personne ne s’y appuya…

Ce fut un sacré choc que ce trou dans le mur. Disons dans la cloison, c’est moins impressionnant (là où le mur soutient, la cloison se contente de séparer — d’ailleurs constatant l’espace de la pièce un fois la cloison tombée, j’ai imaginé un instant ne pas la remplacer et avoir la baignoire dans la chambre : l’idée paraissait séduisante, un temps, mais j’ai préféré finalement en rester à deux pièces séparées). Et donc une cloison à remplacer à cause d’une petite, mais incessante infiltration d’eau… Faisant le lien entre l’élément eau et les émotions de l’énergétique chinoise, j’me suis dit « voilà ce qui arrive quand on n’exprime pas ses émotions, elles détruisent, silencieusement mais sûrement. Pense-z-y bien ma petite ! »

Passé le choc, il m’a fallu revoir le programme des travaux, c’est-à-dire faire appel à un artisan pour refaire rapidement la cloison et l’habillage de la salle de bain avant d’avancer le chambre (tant pis je dormirai encore quelque temps par terre dans le futur bureau). S’est donc posée la question du choix de la couleur de la peinture et du modèle de la faïence…

Je suis allée voir dans un premier magasin de bricolage duquel je suis ressortie dépitée. Je n’aimais pas du tout les grands carreaux dans les tons gris, peut-être classe, mais surtout tristes. Moi, j’avais envie de couleur lumineuse : du vert anis, du bleu turquoise, des tons lagon, des mosaïques bleu-vert.

J’imaginais trouver plus de choix chez un spécialiste du carrelage, mais le vendeur m’a dit que le vert n’était pas à la mode. Ok, je ne suis pas tendance. Ce qui est heureux ! Je ne cherche pas une salle de bain tendance, je cherche une salle de bain qui corresponde à mon goût (et je conserve ma baignoire). Certes, rien d’exceptionnel dans le bleu-vert pour une salle d’eau. C’est même peut-être plutôt classique — c’est le côté rassurant —, mais s’il n’y a pas moyen de trouver un modèle dans ces tons, on peut dire aussi que c’est au contraire un choix original.

En désespoir de cause et pressée par le temps, je me suis rendue chez Casto (là où il y’a tout ce qu’il faut, outils et matériaux…). Je n’ai pas trouvé le modèle que j’avais plus ou moins en tête, mais de grands carreaux blancs avec une petite frise en mosaïque verte qui me plaisaient bien.
Quand l’artisan a vu les carreaux, il m’a fait remarquer que j’aurais pu trouver les mêmes à La Boîte à outils. Sauf que non, un modèle de carreaux blancs n’en vaut pas un autre. Le modèle que j’ai choisi s’accorde avec la frise, qui plus est, il a un effet de texture que je n’ai pas vu dans les modèles exposés dans le premier magasin.

Pour la couleur verte, je me suis rabattue sur la peinture. Avec la palette de teintes existantes, j’avais de quoi faire !

Il avait prévu moins, mais il a fallu près de deux semaines à l’artisan pour faire peau neuve à la salle de bain. Certes, le travail est soigné, n’empêche deux semaines c’est long. Et pas seulement à cause du réveil à faire sonner à six heures et demie (en période de congés c’est juste un sacrilège). Je me suis sentie soulagée quand il m’a annoncé, hier, qu’il avait fini (hier, jeudi de l’Ascension, oui, parce que ça ne le dérange pas de travailler les jours fériés en plus). L’expérience aura donc mis en lumière une autre facette animal de ma personnalité : l’ours.

29Brown Bear / Ours brun, soft varnish/vernis mou, 1995; 30 diam

Eh oui. Mon gîte est aussi une tanière.

PS : en cherchant de quoi illustrer cette chronique, je suis arrivée sur le site de Anna Jerenic que je ne connaissais pas mais qui réalise, entre autre, de très belles gravures. A découvrir.

Des femen à la déclaration universelle des droits humains en passant par la douche

A l’image d’Archimède criant Eureka ! dans son bain, il me vient parfois des idées sous la douche. Pas des idées forcément révolutionnaires ou extraordinaires, mais des idées qui m’apparaissent, à mon niveau, essentielles. Il y a près d’une semaine, alors que j’étais en cession assidue d’entraînement à vivre le moment présent, les cinq sens en éveil, ma pensée s’en est allée vagabonder autour de la question du jour : c’est quoi l’image de la femme ?

Mon interrogation était partie d’un message publié par un ami facebookien, message dans lequel il disait ne pas avoir l’impression que l’image de la femme ressorte grandie d’un mouvement comme les femen. Ce message avait suscité pas mal de commentaires abondant en son sens, mais aussi — ouf ! — quelques commentaires contraires (dont le mien).

Qu’est-ce donc que ce concept  de « l’image de la femme » , qui se trouverait dégradée par des seins nues dans la rue ? Ah ! LA Femme sur son piédestal, belle (forcément), discrète (il ne lui sera jamais demander de tenir un discours, tout juste on se moquera gentiment de ses bavardages), sage (comme une image), objet fragile (qui a besoin de l’homme protecteur), sexué et surtout sexuel (dans la représentation médiatico-publicitaire).

Les femen investissent leur corps d’une dimension politique et agissent en tant que sujets. Quand on répond « my body, my rules » à « sois belle et tais-toi », ça peut effectivement déranger.

J’adore ce dessin de Luz qui exprime très bien les choses :
Femen

Et personnellement, je suis bien plus choquée par la violence haineuse des manifestant-es du FN que par des poitrines à l’air.

Dans l’expression « l’image de la femme » , il y a la focalisation sur une image, fantasmée, il y a aussi cet article défini singulier qui pose problème, parce que là où l’article indéfini pose un individu dans une réalité concrète (fut-elle fictionnelle) dans laquelle il est possible d’envisager l’égalité (une femme = un homme), l’article indéfini construit, lui, une catégorie généralisante abstraite.
Au fil de l’eau et de mes connexions synaptiques j’ai réalisé que du point de vue lexical la femme n’est pas l’égale de l’homme parce qu’il y a une hiérarchie entre les mots. En effet, homme désigne (1) l’espèce, l’être humain qui englobe les deux sexes et (2) l’être humain mâle, femme désigne (1) l’être humain femelle et (2) l’épouse. C’est-à-dire que les deux sens du mot femme s’articulent un cran au-dessous de ceux du mot homme. D’une certaine manière la femme n’est que l’attribut de l’homme (d’où la distinction prégnante madame/mademoiselle). Si la discrimination première, celle à partir de laquelle découlent toutes les autres (comme le souligne Françoise Héritier) s’inscrit dans la construction sociale des genres, elle est portée aussi par les mots (quant à savoir si c’est les mots qui déterminent les constructions sociales ou l’inverse, c’est comme l’histoire de la poule et de l’œuf…).

En conséquence, au-delà du fait que chaque individu se définit en tant qu’homme ou femme, pour sortir du schéma hiérarchisé nous devrions toutes et tous nous identifier en tant qu’êtres humains. C’est à ce titre qu’est née la volonté d’adapter à la mixité « La Déclaration universelle des droits de l’homme » en la renommant « Déclaration universelle des droits humains » .