Des femen à la déclaration universelle des droits humains en passant par la douche

A l’image d’Archimède criant Eureka ! dans son bain, il me vient parfois des idées sous la douche. Pas des idées forcément révolutionnaires ou extraordinaires, mais des idées qui m’apparaissent, à mon niveau, essentielles. Il y a près d’une semaine, alors que j’étais en cession assidue d’entraînement à vivre le moment présent, les cinq sens en éveil, ma pensée s’en est allée vagabonder autour de la question du jour : c’est quoi l’image de la femme ?

Mon interrogation était partie d’un message publié par un ami facebookien, message dans lequel il disait ne pas avoir l’impression que l’image de la femme ressorte grandie d’un mouvement comme les femen. Ce message avait suscité pas mal de commentaires abondant en son sens, mais aussi — ouf ! — quelques commentaires contraires (dont le mien).

Qu’est-ce donc que ce concept  de « l’image de la femme » , qui se trouverait dégradée par des seins nues dans la rue ? Ah ! LA Femme sur son piédestal, belle (forcément), discrète (il ne lui sera jamais demander de tenir un discours, tout juste on se moquera gentiment de ses bavardages), sage (comme une image), objet fragile (qui a besoin de l’homme protecteur), sexué et surtout sexuel (dans la représentation médiatico-publicitaire).

Les femen investissent leur corps d’une dimension politique et agissent en tant que sujets. Quand on répond « my body, my rules » à « sois belle et tais-toi », ça peut effectivement déranger.

J’adore ce dessin de Luz qui exprime très bien les choses :
Femen

Et personnellement, je suis bien plus choquée par la violence haineuse des manifestant-es du FN que par des poitrines à l’air.

Dans l’expression « l’image de la femme » , il y a la focalisation sur une image, fantasmée, il y a aussi cet article défini singulier qui pose problème, parce que là où l’article indéfini pose un individu dans une réalité concrète (fut-elle fictionnelle) dans laquelle il est possible d’envisager l’égalité (une femme = un homme), l’article indéfini construit, lui, une catégorie généralisante abstraite.
Au fil de l’eau et de mes connexions synaptiques j’ai réalisé que du point de vue lexical la femme n’est pas l’égale de l’homme parce qu’il y a une hiérarchie entre les mots. En effet, homme désigne (1) l’espèce, l’être humain qui englobe les deux sexes et (2) l’être humain mâle, femme désigne (1) l’être humain femelle et (2) l’épouse. C’est-à-dire que les deux sens du mot femme s’articulent un cran au-dessous de ceux du mot homme. D’une certaine manière la femme n’est que l’attribut de l’homme (d’où la distinction prégnante madame/mademoiselle). Si la discrimination première, celle à partir de laquelle découlent toutes les autres (comme le souligne Françoise Héritier) s’inscrit dans la construction sociale des genres, elle est portée aussi par les mots (quant à savoir si c’est les mots qui déterminent les constructions sociales ou l’inverse, c’est comme l’histoire de la poule et de l’œuf…).

En conséquence, au-delà du fait que chaque individu se définit en tant qu’homme ou femme, pour sortir du schéma hiérarchisé nous devrions toutes et tous nous identifier en tant qu’êtres humains. C’est à ce titre qu’est née la volonté d’adapter à la mixité « La Déclaration universelle des droits de l’homme » en la renommant « Déclaration universelle des droits humains » .

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