Un lièvre en son gîte songeait

J’ai besoin d’un espace d’habitation sécure. Un cocon dans lequel je me sens à l’abri et où je peux me ressourcer. Un gîte qui rassure mon côté lièvre (déjà évoqué le 16 septembre 2014).

08Hare / Lièvre, 2007 ; soft varnish / vernis mou, 13 x 22 cm
Anna Jerenic

Quand j’ai appris il y a un peu plus d’un an qu’une maison du voisinage avait brûlé, j’ai été très impressionnée pour ne pas dire traumatisée : si ce genre de chose devait m’arriver, si je devais connaître un incendie, je serais d’abord et avant tout effondrée. Dans une situation où j’aurais le sentiment d’avoir tout perdu, il me serait difficile d’apprécier pleinement d’être. J’ai beau soutenir qu’il est plus important d’être que d’avoir, c’est plus facile de le penser avec un toit sur la tête. Le non attachement reste pour moi, à ce jour, un vœu pieux.

Si je me méfie des flammes, je ne me méfie pas de l’eau. Pourtant, l’eau est aussi capable de faire des ravages. De manière moins spectaculaire, plus insidieuse.

Récemment, j’ai eu la désagréable surprise de constater que la cloison entre ma chambre et la salle de bain avait subi des dégâts d’infiltration et que, sous la moquette murale, le placo imbibé d’eau partait en lambeaux jusqu’à découvrir le dos de la faïence qui tenait encore miraculeusement —tant que personne ne s’y appuya…

Ce fut un sacré choc que ce trou dans le mur. Disons dans la cloison, c’est moins impressionnant (là où le mur soutient, la cloison se contente de séparer — d’ailleurs constatant l’espace de la pièce un fois la cloison tombée, j’ai imaginé un instant ne pas la remplacer et avoir la baignoire dans la chambre : l’idée paraissait séduisante, un temps, mais j’ai préféré finalement en rester à deux pièces séparées). Et donc une cloison à remplacer à cause d’une petite, mais incessante infiltration d’eau… Faisant le lien entre l’élément eau et les émotions de l’énergétique chinoise, j’me suis dit « voilà ce qui arrive quand on n’exprime pas ses émotions, elles détruisent, silencieusement mais sûrement. Pense-z-y bien ma petite ! »

Passé le choc, il m’a fallu revoir le programme des travaux, c’est-à-dire faire appel à un artisan pour refaire rapidement la cloison et l’habillage de la salle de bain avant d’avancer le chambre (tant pis je dormirai encore quelque temps par terre dans le futur bureau). S’est donc posée la question du choix de la couleur de la peinture et du modèle de la faïence…

Je suis allée voir dans un premier magasin de bricolage duquel je suis ressortie dépitée. Je n’aimais pas du tout les grands carreaux dans les tons gris, peut-être classe, mais surtout tristes. Moi, j’avais envie de couleur lumineuse : du vert anis, du bleu turquoise, des tons lagon, des mosaïques bleu-vert.

J’imaginais trouver plus de choix chez un spécialiste du carrelage, mais le vendeur m’a dit que le vert n’était pas à la mode. Ok, je ne suis pas tendance. Ce qui est heureux ! Je ne cherche pas une salle de bain tendance, je cherche une salle de bain qui corresponde à mon goût (et je conserve ma baignoire). Certes, rien d’exceptionnel dans le bleu-vert pour une salle d’eau. C’est même peut-être plutôt classique — c’est le côté rassurant —, mais s’il n’y a pas moyen de trouver un modèle dans ces tons, on peut dire aussi que c’est au contraire un choix original.

En désespoir de cause et pressée par le temps, je me suis rendue chez Casto (là où il y’a tout ce qu’il faut, outils et matériaux…). Je n’ai pas trouvé le modèle que j’avais plus ou moins en tête, mais de grands carreaux blancs avec une petite frise en mosaïque verte qui me plaisaient bien.
Quand l’artisan a vu les carreaux, il m’a fait remarquer que j’aurais pu trouver les mêmes à La Boîte à outils. Sauf que non, un modèle de carreaux blancs n’en vaut pas un autre. Le modèle que j’ai choisi s’accorde avec la frise, qui plus est, il a un effet de texture que je n’ai pas vu dans les modèles exposés dans le premier magasin.

Pour la couleur verte, je me suis rabattue sur la peinture. Avec la palette de teintes existantes, j’avais de quoi faire !

Il avait prévu moins, mais il a fallu près de deux semaines à l’artisan pour faire peau neuve à la salle de bain. Certes, le travail est soigné, n’empêche deux semaines c’est long. Et pas seulement à cause du réveil à faire sonner à six heures et demie (en période de congés c’est juste un sacrilège). Je me suis sentie soulagée quand il m’a annoncé, hier, qu’il avait fini (hier, jeudi de l’Ascension, oui, parce que ça ne le dérange pas de travailler les jours fériés en plus). L’expérience aura donc mis en lumière une autre facette animal de ma personnalité : l’ours.

29Brown Bear / Ours brun, soft varnish/vernis mou, 1995; 30 diam

Eh oui. Mon gîte est aussi une tanière.

PS : en cherchant de quoi illustrer cette chronique, je suis arrivée sur le site de Anna Jerenic que je ne connaissais pas mais qui réalise, entre autre, de très belles gravures. A découvrir.

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