Dans mon jardin extraordinaire

Or donc, le 19 novembre 2014, je racontais ici même mon intention de faire un jardin extraordinaire. Depuis, les feuilles mortes ont fait leur office, j’ai enfoui une vieille pomme de terre qui commençait à germer, j’ai vu apparaître avec grand plaisir les premières pousses, j’ai planté par ailleurs quatre plants de courge et cinq tournesols qui avaient bien voulu naître en pots, en prenant garde de les protéger des limaces avec un mélange de marc de café et de coquilles d’œufs. J’ai pris soin, les premiers jours, de bien arroser. Et puis j’ai vaqué à mes occupations.

Ce sont les tournesols qui se sont fait croquer en premier. J’ai rajouté du marc de café, mais les granulés bleus utilisés par la voisine de l’autre côté et sur le muret qui sépare les deux jardins ont été bien plus efficaces… Certes, je regrettais mes jeunes pousses de tournesols, je n’ai pourtant pas aimé découvrir le cimetière des gastéropodes. D’autant moins que, si je ne nourris pas d’affection particulière pour les limaces, j’aime par contre beaucoup les escargots avec leurs cornes et leur maison sur le dos.

Vint ensuite le tour des pieds de courge de servir de festin.

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Ayant entendu parlé de l’utilisation de bouteilles en plastique comme boucliers, je me suis précipitée pour sauver les deux derniers pieds qui avaient jusque là échappé aux gourmands gastéropodes.
Et puis il a beaucoup plu et il y a eu des limaces plein la pelouse. Mais d’où sortaient-elles ? En en voyant deux sur le pied de pommes de terre, j’ai enfilé une paire de gants pour les déloger. C’est pas beau une limace, mais ça ne m’a pas semblé dégoutant de les transporter de l’autre côté de la cour. Je trouvais ça plutôt rigolo, même si j’avais conscience qu’elles ne mettraient pas longtemps à traverser la pelouse si elles voulaient.
Et bien sûr elles ont voulu.

Limaces 3 – Et moi 0

Je suis sans doute naïve et ignorante en matière de jardinage, mais je ne pensais pas que les limaces puissent se régaler d’un pied de pommes de terre. Ça ne me semble pas appétissant un pied de pommes de terre. A moi, non. A une limace, oui.

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Je revois pourtant la séquence du DVD dans laquelle la dame qui avait expérimenté le jardinage sans travail du sol disait : « il n’y a rien à faire, ça pousse tout seul » …

Je n’ai pas la main verte, mais dame nature est bienveillante. Car si dans mon jardin extraordinaire, il n’y a plus, de ce que j’ai planté, que deux tournesols — dont un géant (c’est écrit sur le paquet de graines) deux fois moins haut que ceux du champ derrière chez moi — et deux plants de courges, il y a par contre aussi des fraises des bois  qui, elles, ont vraiment poussé toute seules et qui agrémentent délicieusement salades de fruits et fromages blancs. 150626_Fraises2Il y a une réserve de menthe, une autre de mélisse sous laquelle squattent les limaces (je les ai repérées dernièrement en coupant l’herbe !). Il y a, au printemps un massif de violettes et des coucous. Il y a des orties que je cueille avec délicatesse et bonheur pour faire de la soupe. Il y a un beau bouquet de valériane. Il y a toutes sortes d’herbes sauvages et un peu folles dont je ne connais pas le nom mais que je laisse pousser alentours pour le plaisir de la découverte. Avec de belles surprises.

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Et puis, cerise sur le gâteau, il y a des coquelicots. Pas en nombre, mais quelques fleurs. De gentils coquelicots qui me mettent le cœur en joie.150626_Coquelicots

Dans mon jardin extraordinaire, il y a aussi plein de bestioles.

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Le festin n’est pas seulement pour les limaces, mais aussi pour les papillons, les abeilles, toutes sortes de petites araignées et autres insectes non identifiés. Et pour les merles.

On ne le voit pas forcément à première vue, mais quand on l’observe de près, mon jardin, qui n’en est pas vraiment un, est un havre de vie.

Danse avec une étoile

Le premier samedi de ce mois de juin, j’ai réalisé un rêve d’enfant. J’avais rendez-vous au studio de danse de l’opéra de Lyon pour une journée de stage organisée par le théâtre de la Croix-Rousse dans le cadre de la programmation du spectacle Cartel. Ainsi, à l’âge où les danseuses et danseurs étoiles prennent leur retraite, je faisais mes premiers pas de danse classique — et contemporaine. (Certes, j’ai fait de la danse quand j’étais petite et un atelier de modern jazz au lycée, mais ce n’était pas pareil.)

J’avais bien demandé lors de l’inscription passée dès la réception du courriel annonçant l’événement, dans un élan du cœur et même de l’âme (à moins que ce ne soit un peu la même chose), j’avais demandé, donc, s’il fallait des conditions physiques particulières à la personne en charge du projet. Elle m’avait répondu non, je lui avais envoyé le paiement.

Cette journée de stage a été merveilleuse, une expérience magnifique et d’une richesse incroyable. Jean Guizérix, étoile et excellent passeur, nous a non seulement enseigné, à la douzaine de stagiaires de tous âges, pas, mouvements, variations d’écoles, mais aussi partagé expérience et anecdotes, et transmis une philosophie de la danse à l’écoute du corps, une danse basée sur la recherche personnelle dans le mouvement (les Barres Flexibles).

Il y a une quinzaine d’années, j’ai suivi un atelier de tai chi, mais en restant dans l’antichambre, c’est-à-dire que je ne réalisais pas le mouvement de l’intérieur, mais que je l’envisageais de l’extérieur, comme une chorégraphie. Dans le studio de danse de l’opéra, j’ai pris conscience que la danse se pratique de l’intérieur.

J’ai appris qu’un danseur qui n’est pas capable de reproduire les pas avec ses mains, ne sait pas sa chorégraphie.

J’ai appris qu’on a des plumes au bout des doigts qui permettent de prolonger le geste à l’infini.

J’ai appris le lien entre danse et poésie.

J’ai pris conscience que la danse pouvait être dissociée de la musique alors que jusque là la musique était pour moi l’inspiration essentielle pour la danse, au point d’affirmer préférer danser avec la musique, plutôt qu’avec un partenaire.

Samedi, j’ai dansé avec d’autres stagiaires.
Après avoir constaté un manque certain de communication de ma part à la pause de midi, je me suis donné la permission de m’exprimer pour l’après-midi (se donner des permissions est un super outil pour instaurer des changements en douceur). Ça n’a pas libérer ma parole, mais l’expression du corps dans une impro ondulatoire « serpents du désert ». Contrairement au début de matinée où mes talons remuaient indépendamment de ma tête, c’est-à-dire sans être reliés par le bassin, là c’est tout mon corps dans son entier qui ondulait en interaction avec les corps des deux autres stagiaires avec lesquelles je faisais l’exercice. Je ne me serais pas crue capable d’une telle liberté de mouvement. Je jugeais mon corps rouillé et pataud, il m’a agréablement surprise.

Finalement, c’est mon cerveau qui a montré des signes de défaillance. Vaincu par la fatigue, il n’arrivait plus à imprimer me causant des difficultés pour suivre les enchaînements proposés dans la dernière partie du stage. J’avais atteint mes limites. Sans drame. J’ai plus 20 ans. Ben non. Mais j’ai réalisé un rêve d’enfant. Un rêve d’enfant qui vibre d’autant plus aujourd’hui qu’il vient en résonance avec plusieurs facettes de ma vie d’adulte.

Studio de danse de l'opéra de Lyon
Studio de danse de l’opéra de Lyon

Quand la vie sourit

Hier matin, j’avais enfin rendez-vous chez la coiffeuse. Je dis enfin parce que l’idée d’aller me faire rafraîchir la coupe, et la tête, m’a traversé l’esprit il y a à peu près un mois, que je n’ai pas appelé dans la foulée et que le mois de mai a ensuite filé de pont en pont sans que je trouve une place dans mon emploi du temps pour caser un rendez-vous.
« Tu as un agenda de ministre » aurait dit une amie…
Alors que je ne travaille pas à temps plein.
D’ailleurs, je me demande comment je ferais si je travaillais à plein temps. Bref.

Hier matin, me voilà donc partie tranquillement, un peu en avance pour une fois, la journée est belle, je me sens bien, youpi. Tout serait parfait si ce n’est un petit bruit inhabituel qui fait tinter l’alarme dans mon cerveau (pas sur le tableau de bord et c’est bien dommage !). Ce n’est pas le moteur. Ni une fenêtre mal fermée qui vibre. Qu’est-ce donc ? Il me semble avoir déjà entendu un bruit ressemblant à celui-là, la dernière fois que j’ai utilisé la voiture, sans vraiment y prêter attention.
Je regarderai à l’arrivée…
Sauf qu’à l’arrivée, je n’y ai plus pensé.
La voiture ne me semble pas en déséquilibre. Je finis par me garer sur le bord de la route pour en faire le tour et constate ce que je craignais tout en en refusant l’idée : le pneu arrière droit est à plat. Aïe ! C’est fâcheux. Le temps que je change la roue, je passe à côté de mon rendez-vous. Qui plus est je n’ai jamais changé de roue. Il y a toujours eu quelqu’un pour le faire à ma place : le conducteur de la voiture qui me suivait et qui me faisait des appels de phares pour me faire garer, le mari d’un couple d’amis que je rejoignais sur un parking pour covoiturer. Si dans le premier cas, je savais que j’avais un pneu à plat (après avoir tapé un trottoir), dans le deuxième cas (dû à une pointe) je ne m’en étais pas rendu compte.

Il ne m’a pas paru envisageable de rouler sur trois pneus jusqu’au salon de coiffure. Par contre j’ai pensé au garage pas loin. Pour y accéder, il me suffit de prendre à droite au croisement où je suis stationnée au lieu de prendre à gauche. Et me voilà repartie, avec une pensée pour un vieux tube de Cookie Dingler : l’émancipation ne se juge pas au fait de savoir changer une roue. D’ailleurs, les paroles d’Une femme libérée ne décrivent pas franchement une femme libre. Pour l’émancipation il y a beaucoup mieux (j’aurais bien voulu partager la version des choraleuses, mais je ne la retrouve pas).

C’est avec soulagement que je me gare dans la cour du garage. En deux temps, trois mouvements, le garagiste remplace le pneu crevé par la roue de secours flambant neuve. Il me montre l’intérieur du pneu défectueux : de la poussière noire de gomme — il est irrécupérable — et un clou assassin. Ce n’est sans doute pas en roulant deux kilomètres que je l’ai autant usé de l’intérieur. C’est donc que j’aurais dû être alertée par le bruit entendu deux jours plus tôt, au lieu de quoi j’ai monté le son de la radio comme une autruche aurait mis la tête dans le sable. Mais plutôt que de m’en vouloir, pour une fois, je relativise : les pneus étaient de toutes façons en fin de vie, je savais devoir les changer au printemps. Là, à condition de trouver le modèle identique au pneu de la roue de secours (c’est-à-dire si j’ai de la chance, compte-tenu du fait que les modèles changent assez souvent pour favoriser la vente par paire), je n’aurai qu’un seul pneu à acheter.
Tandis que le garagiste passe commande, j’appelle la coiffeuse pour la prévenir de mon retard. Mon rendez-vous est décalé d’un quart d’heure et je dois repasser en fin d’après-midi au garage. Sur la route qui me conduit au salon de coiffure, je m’dis qu’il n’y pas de problèmes, qu’il n’y a que des solutions.

Je me présente quand même avec une pointe d’anxiété perturbatrice au salon (on ne se libère pas d’un claquement de doigt du jugement profondément ancré en soi) mais la coiffeuse a les mots pour me rassurer : mon retard lui a permis de finir tranquillement la coupe de la cliente précédente. Elle me parle ensuite d’un projet d’instaurer une journée zen, c’est-à-dire une journée où les rendez-vous se dérouleraient dans une ambiance particulièrement calme et les coupes seraient accompagnées de soins. Ça me plait bien. Dorénavant, je prendrai rendez-vous le jeudi.
Je ressors du salon la tête légère.

Et comme je suis sous de bons auspices, le garagiste a réussi à m’obtenir un pneu similaire à mon pneu neuf. Chouette, chouette, chouette !