Danse avec une étoile

Le premier samedi de ce mois de juin, j’ai réalisé un rêve d’enfant. J’avais rendez-vous au studio de danse de l’opéra de Lyon pour une journée de stage organisée par le théâtre de la Croix-Rousse dans le cadre de la programmation du spectacle Cartel. Ainsi, à l’âge où les danseuses et danseurs étoiles prennent leur retraite, je faisais mes premiers pas de danse classique — et contemporaine. (Certes, j’ai fait de la danse quand j’étais petite et un atelier de modern jazz au lycée, mais ce n’était pas pareil.)

J’avais bien demandé lors de l’inscription passée dès la réception du courriel annonçant l’événement, dans un élan du cœur et même de l’âme (à moins que ce ne soit un peu la même chose), j’avais demandé, donc, s’il fallait des conditions physiques particulières à la personne en charge du projet. Elle m’avait répondu non, je lui avais envoyé le paiement.

Cette journée de stage a été merveilleuse, une expérience magnifique et d’une richesse incroyable. Jean Guizérix, étoile et excellent passeur, nous a non seulement enseigné, à la douzaine de stagiaires de tous âges, pas, mouvements, variations d’écoles, mais aussi partagé expérience et anecdotes, et transmis une philosophie de la danse à l’écoute du corps, une danse basée sur la recherche personnelle dans le mouvement (les Barres Flexibles).

Il y a une quinzaine d’années, j’ai suivi un atelier de tai chi, mais en restant dans l’antichambre, c’est-à-dire que je ne réalisais pas le mouvement de l’intérieur, mais que je l’envisageais de l’extérieur, comme une chorégraphie. Dans le studio de danse de l’opéra, j’ai pris conscience que la danse se pratique de l’intérieur.

J’ai appris qu’un danseur qui n’est pas capable de reproduire les pas avec ses mains, ne sait pas sa chorégraphie.

J’ai appris qu’on a des plumes au bout des doigts qui permettent de prolonger le geste à l’infini.

J’ai appris le lien entre danse et poésie.

J’ai pris conscience que la danse pouvait être dissociée de la musique alors que jusque là la musique était pour moi l’inspiration essentielle pour la danse, au point d’affirmer préférer danser avec la musique, plutôt qu’avec un partenaire.

Samedi, j’ai dansé avec d’autres stagiaires.
Après avoir constaté un manque certain de communication de ma part à la pause de midi, je me suis donné la permission de m’exprimer pour l’après-midi (se donner des permissions est un super outil pour instaurer des changements en douceur). Ça n’a pas libérer ma parole, mais l’expression du corps dans une impro ondulatoire « serpents du désert ». Contrairement au début de matinée où mes talons remuaient indépendamment de ma tête, c’est-à-dire sans être reliés par le bassin, là c’est tout mon corps dans son entier qui ondulait en interaction avec les corps des deux autres stagiaires avec lesquelles je faisais l’exercice. Je ne me serais pas crue capable d’une telle liberté de mouvement. Je jugeais mon corps rouillé et pataud, il m’a agréablement surprise.

Finalement, c’est mon cerveau qui a montré des signes de défaillance. Vaincu par la fatigue, il n’arrivait plus à imprimer me causant des difficultés pour suivre les enchaînements proposés dans la dernière partie du stage. J’avais atteint mes limites. Sans drame. J’ai plus 20 ans. Ben non. Mais j’ai réalisé un rêve d’enfant. Un rêve d’enfant qui vibre d’autant plus aujourd’hui qu’il vient en résonance avec plusieurs facettes de ma vie d’adulte.

Studio de danse de l'opéra de Lyon
Studio de danse de l’opéra de Lyon

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