Langueur

La nouvelle vague de forte chaleur et un emploi du temps bien rempli me donnent l’occasion de vous partager ce texte de juillet 2009 (il y a six ans ! Ah oui, quand même !) que j’avais évoqué dans ma précédente chronique.

L’autre mardi, profitant du fait que je venais à Bron le matin en raison d’une réunion, j’avais décidé, bravant le temps lourd annoncé, de pousser jusqu’à Lyon l’après-midi, devant me rendre dans divers lieux à travers la ville. Voiture stationnée à proximité d’une bouche de métro, j’optai pour le ticket à la journée et m’engouffrai dans une rame, sans prêter attention aux panneaux disposés à l’entrée du quai. La présence d’agents TCL à la station à laquelle je devais changer de ligne ne m’alertait pas sur l’instant : certes, cela dénotait une certaine anormalité de la situation, pour autant, le métro fonctionnait et il y avait assez longtemps que je n’avais plus l’habitude des transports en communs pour interpréter les signes. Je consultais donc tranquillement une carte du réseau à la recherche du meilleur itinéraire pour rallier la Croix-Rousse au quartier de la Cité Internationale, et continuais mon trajet jusqu’au théâtre, où je comptais souscrire un abonnement pour la prochaine saison.

Billets en poche, je regagnais le métro : il faisait trop chaud pour envisager descendre jusqu’à l’Hôtel de Ville à pieds. C’est là, en attendant la rame, que j’écoutais le haut-parleur annoncer les perturbations suite à un mouvement de grève. Si le trafic était assuré sur la plupart des lignes souterraines, l’une était fermée et remplacée par des bus relais. Les bus fonctionnaient quant à eux à un pourcentage — une moyenne — pas très engageant. La voix dans le haut-parleur incitait les voyageurs à consulter le site internet pour plus de détails. Je me demandai comment il aurait été possible de consulter internet sur un quai de métro* et réfléchissais à la suite de mon parcours. Allais-je pouvoir me rendre au Musée d’Art Contemporain ?

Arrivée à Hôtel de Ville, je croisais les doigts pour avoir un bus. Mon trajet s’était assez bien déroulé jusque là pour me permettre d’y croire. A l’arrêt de la ligne 56, la présence de plusieurs personnes me laissèrent augurer d’un probable passage. Je consultai la fiche horaire et pris pleinement connaissance de la petite affiche évoquant le mouvement social initié le week-end précédent. Je m’interrogeai : pourquoi n’en ont-ils pas parler aux infos ? Mais convins assez vite que je n’avais pas beaucoup suivi les médias les jours derniers. Je restais là sur le trottoir bordant le Rhône en contre bas, tentant d’évaluer les chances de circulation du bus, puis commençant à réfléchir à un moyen substitutif au cas où, sans vraiment me résoudre à rebrousser chemin. Mes coups d’oeil successifs à la route étaient de plus en plus inquiets. Puis vint le soulagement : un bus 56 arrivait ! Comme la coutume récente l’exigeait, je montai par l’avant, puis avançai jusqu’au milieu. Debout, je surveillais les arrêts pour ne pas manquer ma destination où j’arrivai bientôt et où m’attendait un désagrément.

C’était la première fois que je me rendais au Musée d’Art Contemporain. Vainement, j’en cherchais l’entrée, jusqu’au moment où la serveuse du café attenant me demanda ce que je voulais. Je lui expliquai que je venais voir l’exposition de photos de Jean-Luc Mylayne. Elle me signifia que le musée était ouvert du mercredi au dimanche, comme cela était indiqué sur la façade. Me sentant un peu bête, je la remerciai et fis demi-tour… Qu’un musée soit fermé le lundi, oui, ça, je le savais, mais le mardi ! Comment aurais-je pu m’en douter ? En me renseignant plus précisément en amont au lieu de m’en tenir à l’article d’un magazine culturel qui mentionnait la période de l’exposition, par exemple. Dépitée, mais avec la ferme intention de revenir avant le 2 août, j’attendis le passage de la navette qui me conduirait jusqu’à la Part Dieu. J’avais soif.

Une fois sur place, je m’achetai une bouteille d’eau plate et fraîche et déambulais dans une atmosphère tempérée par la climatisation. Les soldes avaient débutés depuis une semaine, c’était peut-être l’occasion de faire quelques emplettes à bon prix au-delà des produits de beauté estampillés écolos pour lesquels j’avais fait le déplacement et qui, bien évidemment, ne bénéficiaient d’aucune réduction… Aucune vitrine n’attira particulièrement mon regard, nulle part une figurine à l’effigie de Ponyo, rien de tentant et les CD que je trouvai à la FNAC ne faisaient pas partie des lots à prix cassés. Je les acquis donc au tarif normal avant de regagner la sortie.

J’avais pris sans réfléchir la porte de la bibliothèque, celle qui conduit à la gare. Il me fallut revenir du côté de l’entrée principale du centre commercial. Je passais ainsi devant la grande entrée de la bibliothèque que je n’avais jamais vue auparavant, ayant toujours accédé à ce bâtiment par l’intérieur, le niveau 2 de la Part Dieu. Cette entrée extérieure me parut gigantesque, comme me parut relativement distant le chemin à parcourir jusqu’aux arrêts de multiples lignes de bus dont celui de la navette relais que je devais maintenant prendre. Je réalisai ainsi combien je connaissais mal ce lieu que j’avais pourtant beaucoup fréquenté étudiante.

Il y avait du monde dans la navette et le trajet sur route était beaucoup plus long et encombré que celui sur rail et souterrain. Je sentais monter en moi une pointe d’énervement contenue toutefois par la langueur qui m’enveloppait depuis le début de la journée. Je me demandai, un peu tardivement, si je n’aurais pas mieux fait de rejoindre la ligne D à pieds. Enfin, nous atteignîmes Saxe-Gambetta. Les portes s’ouvrirent et je me laissai porter par le flux des voyageurs jusqu’à l’entrée du métro où nous fûmes bloqués par des portillons incapables d’assurer la validation de tant de titres de transports à la fois. L’impatience grondait. Un agent TCL tentait de réguler mais des usagers forcèrent le passage. Une jeune femme devant moi lança un « ça va bien comme ça » correct mais excédé à l’agent qui voulait la retenir. Je la suivis, sans passer mon ticket dans l’appareil. Il me fallut encore me rendre sur le bon quai. Fatiguée, j’avais hâte de rentrer chez moi, rêvant d’une bonne douche.

* Aujourd’hui, bien que ne possédant toujours pas de smartphone, je ne poserai pas la question

PS : je suis donc retournée voir la très belle exposition de Jean-Luc Mylayne qui photographie des oiseaux. Voici un lien qui donne un aperçu de son travail.

Mars - Avril 2001
Mars – Avril 2001

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