37 rue des rosiers

Une page se tourne.

Je n’étais pas retournée chez ma grand-mère depuis plus d’un an. Depuis son séjour à l’hôpital qui l’a conduite en maison de retraite. Sa maison, en vente, ayant trouvé acquéreur, j’y suis allée le week-end dernier pour donner un coup de main au vidage nettoyage et lui dire adieu. J’avais imaginé cette visite comme ultime et très solennelle. Mais on ne vide pas une maison en deux jours, surtout dans ma famille.
Ça prend du temps de trier, décider de garder ou jeter, mettre dans un sac poubelle et se raviser. Ça prend du temps de savoir qui va se décider à prendre tel ou tel meuble parce qu’on ne peut se résoudre à s’en séparer. J’ai réalisé ce week-end d’où je tenais ce trait de caractère que je juge comme un manque d’efficacité, cette difficulté à passer à l’action qui fait que le lavabo de la salle de bain n’est toujours pas installé — alors que le début des travaux date de mai — parce que finalement va bien falloir refaire le sol aussi, ou que je dors sur un matelas par terre depuis un an en attendant d’avoir refait ma chambre (oui mais là il y a la salle de bain en cours…). J’ai reconnu chez mon oncle et ma tante ce manque d’empressement, de promptitude, une apparente nonchalance, une facilité à se laisser distraire.

On ne vide pas une maison pleine de souvenirs en un week-end.

J’aspire au non attachement, c’est-à-dire à désencombrer mes placards, à me défaire de ce qui appartient à un passé révolu, tout ce dont je n’ai plus besoin aujourd’hui, et pourtant, je n’ai pas pu faire autrement que d’emporter des objets. Parce que ce serait dommage de jeter et que les poubelles sont déjà bien assez pleines comme ça, parce que la valeur sentimentale n’a pas de prix. Je ne les ai pas emportés comme des pièces de musée (sauf un peut-être), objets figés dans le temps, je les ai emportés comme des objets vivants à utiliser tel quel ou à transformer.

Le vieux saladier vert en verre continuera à contenir de la compote, d’autres pommes que celles du pommier de la cour qui est mort et coupé.
150908_Saladier

Le porte-revues en métal portera d’autres revues.

Les récipients en bois étiquetés « riz », « sel », « poivre », « sucre », « café », « farine » accueilleront d’autres contenus une fois les étiquettes ôtées ou peintes…
Je les revois rangés sur les étagères dans un coin de la cuisine. Je me revois intervertir « sucre » et « sel »… La blague avait bien fonctionné. Mon grand-père qui avait l’habitude de saler son fromage blanc l’a, pour une fois, sucré.

J’ai emporté un autre souvenir. La boîte d’un « jeu de puces » sans plus aucune puces à l’intérieur.
150908_JeuDePuces

Ma tante m’a montré une boîte à trésors, remplie de cartes postales des années cinquante pour les plus anciennes. Messages d’une autre époque mais qui pouvaient ne pas être plus longs qu’un sms (sans abréviation). On a prévu de faire une journée « cartes postales et photos ». Journée plongée dans un autre temps, journée nostalgie et émotions tendres.

Une page se tourne et elle n’est pas facile à tourner. C’est une page immense. A moins que ce soit moi qui sois toute petite…

On ne déménage pas l’histoire familiale en deux jours.

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