L’orage

151110_Orage_LPR

J’ai senti le changement dans l’air.
Il faut dire qu’il faisait lourd.
Trop lourd.

De bleu le ciel est devenu gris.
De plus en plus.
Il a fallu allumer.
Seize heures vingt.
Je n’avais pas encore fait la moitié de mon poste, seule, dans le petit péage.

Le vent s’est levé.
D’abord léger, rafraîchissant.
Puis froid. De plus en plus fort.
J’ai fermé la fenêtre.

Premiers grondements sourds.
Le ciel était maintenant noir, obstrué par un énorme nuage qui a gonflé jusqu’à camoufler les montagnes. Un éclair a traversé le ciel. Suivi de quelques secondes par des tambours.
La pluie s’est mise à tomber.
Fine.
Je me tenais barricadée dans ma cabine. Au sec. A l’abri. Jusqu’à l’arrivée d’un véhicule.

Ouvrir la fenêtre.
Balai d’essuie-glace.
Mon bras nu aspergé de gouttelettes.

— Bonjour monsieur.

— Ça a plu ici ?

— Ça commence juste. trente-trois francs, s’il vous plaît.

— Parce qu’à Lyon ça tombe des cordes !

— Ah, ben ça ne devrait pas tarder ici alors. Merci. Au revoir.

— Au revoir.

J’ai froid.
Je fais glisser la vitre. Un papillon blanc virevolte sous la lampe.
Le vent. Toujours plus violent. A déraciner une cabine !
Craquement dans le ciel. Je me cramponne à mon siège. Des phares face à moi. Ils luttent pour atteindre la sortie. Tant bien que mal, ils parviennent à ma hauteur.

— Bonjour !

— J’ai jamais vu ça ! Les gens s’arrêtent ! Sur l’autoroute, les gens s’arrêtent ! C’est dingue !

— Ah oui ?

— Il fait un vent ! Mais c’est de la folie ! Une vraie tempête ! Vous me ferez une note ?

— Et voilà. Au revoir.

Le vent s’engouffre par la fenêtre ouverte. Vite la refermer ! La vitre est fouettée par la pluie. Des gouttes font une course de glissade.

Une percée de bleu derrière moi. Serait-ce l’accalmie ? Pourtant devant c’est toujours le noir. Un noir intense. Menaçant. Boule d’énergie concentrée, prête à exploser.

Des phares à nouveau. Une voiture sur la plateforme.
Une cible idéale…

Elle est à la sortie du virage quand l’éclair magistral la frappe. Quel spectacle ! Quel embrasement magnifique ! Je n’ai jamais rien vu de pareil. Un flot de couleurs incandescentes illuminent l’obscurité. Des balles de feu fusent de toutes parts. Les flammes vont chatouiller un lampadaire.
Bruit de tôle carbonisée retombant sur l’asphalte.
Crépitement des combustibles…

Et bientôt il ne reste plus qu’une carcasse fumante sous le ciel éclairci.

Il faudrait peut-être que je prévienne quelqu’un.

— Allo, le poste de sécurité ?

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