Entre deux stations

En attendant de prendre le temps d’écrire un texte plus conséquent, participation à un jeu des 10 mots des Papous dans la tête. En italique, les mots du jeu.

J’étais en train de me remémorer, sourire aux lèvres, Stéphanie dans une robe d’une autre époque : vertugadin, crinolines et fanfreluches, quand le métro a freiné sec. Evaporation de la scène d’essayage dans la boutique de tenue de mariage, retour à la rame de voyageurs, surpris, plus ou moins chahutés, s’excusant mutuellement d’avoir perdu l’équilibre les uns sur les autres. Une courgette échappée d’un sac à dos renversé fut stoppée dans sa fuite par des pataugas et deux mains se tendirent pour l’attraper : celle de la propriétaire du sac à dos et celle de l’homme aux pataugas.

Une voix a barytonné dans le haut-parleur que le métro était arrêté pour quelques instants suite à un incident technique et nous a remercié de notre compréhension. J’ai hurlé un non tonitruent in petto : « non, je ne comprends pas et je déteste cette expression employée à tout bout de champ à la place d’excuses ! » J’ai dégainé mon mobile pour vérifier l’heure et prévenir Hugues de mon probable retard : « Suis bloquée entre deux stations, mais j’arrive. »

J’ai soupiré ma lassitude et relevé la tête sur mes compagnons de rame. L’homme aux pataugas et la jeune femme au sac à dos menaient conciliabule. La plupart des autres voyageurs étaient plongés dans leur smartphone. Une femme adossée contre la porte lisait avec grand intérêt un magazine d’art, un enfant dans une poussette, face à elle, semblait fasciné par les pages qu’elle tournait au-dessus de sa tête. Mais découvrant avec effroi le portrait de Méduse de la page 21, il s’est agité. Sa mère tenta de le calmer en le berçant. Il ne se détendit pas avant qu’une page de texte ait recouvert le portait.

Depuis combien de temps étions-nous bloqués ? Je soupirai d’impatience. Mon voisin direct engagea la conversation en me faisant remarquer que ce genre de problèmes n’arriverait pas avec des transports en communs fluviaux. Il s’embarqua dans une tartarinade au sujet des transports en péniches, de l’écologie du cabotage. J’acquiesçai poliment sans tout comprendre, jusqu’à ce qu’une petite musique familière me ramène à mon mobile : Hugues me signalait qu’il y avait beaucoup de monde et qu’il ne pourrait pas me réserver une place bien longtemps. Je lui répondis  que j’étais prisonnière du métro et que j ‘espérais que la situation se débloque rapidem… Le métro se mit à tanguer. Youpi ! Je corrigeai mon message : « Je suis là dans cinq minutes. »

Je me frayai un chemin vers la porte la plus proche, bousculai un peu les gens pour m’extraire de la rame et courir à l’opéra. J’étais en haut des marches de la bouche du métro quand je reçus un nouveau texto de Hugues : « Il te reste un strapontin » .

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