Les escargots et moi

Alors que j’échappe doucement à Chronos qui a fait la loi dans mon emploi du temps de ces quinze derniers jours, j’ai d’abord pensé à laisser tomber la chronique de mardi dernier en cours d’écriture : je reprendrai le fil directement vendredi et puis voilà. Dans un deuxième temps, je me suis dit que je pourrais faire écho à mon côté escargot en partageant un texte d’il y a…  quelques années. Je pourrais même y ajouter une photo ou un paragraphe…

Je me rappelle une photo de Roland Garros sur le site du tournoi. A cette époque j’étais férue de tennis. Cette année-là, le soleil n’était pas de la partie. Il avait plu toute la journée et les terrains étaient restés bâchés. Pas de matchs, pas de spectacles, mais un photographe avait eu l’œil : sur une balle de tennis oubliée au bord d’un court, un escargot. L’image était superbe.

Je me rappelle une bourriche pleine d’escargots repliés dans leur coquille pendue dans la cave. Pendant des jours. Toute une semaine au moins. J’avais prévenu papa que s’il ne s’en occupait pas je les relâcherai, ce que j’ai fini par faire. Je n’avais pas la chanson de Pierre Perret dans la tête comme des années auparavant quand j’avais ouvert la cage des canaris des voisins qu’on gardait pendant les vacances, mais j’aurais pu trouver une variante : « ouvrez la bourriche aux escargots, regardez les reprendre vie dans la pelouse c’est beau… » Papa faisait un peu la gueule, mais moi, j’étais heureuse ! Heureuse de leur avoir rendu leur liberté !

Je me rappelle la même bourriche, quelques années plus tard, remplie consciencieusement par mon frère qui faisait le tour de la cour tous les matins avant d’aller au boulot : les escargots mangeaient ses plantations ? Eh bien, il mangerait les escargots ! J’étais toujours autant écœurée par la bourriche pendue à la cave, mais je n’osais plus libérer ses prisonniers. Sauf un. Un gros qui ne s’était pas encore résigné à rentrer dans sa coquille et qui résistait vaille que vaille, agrippé au grillage. J’ai plongé la main, l’ai attrapé et posé sur la murette qui donne sur le champ derrière chez nous. J’ai évité de descendre à la cave le temps du jeûne de ses congénères. J’ai assisté à la mise au sel. J’ai vu la mousse de leur bave. Je sentais le calvaire silencieux des gastéropodes. C’était insupportable. Depuis, je ne mange plus d’escargots.

Je me rappelle la visite d’un escargot sur le pas de la porte qui m’avait inspiré quelques vers en 2014 :

Un escargot sur le pas de la porte
Quelles nouvelles tu m’apportes ?
Gastéropode cornes dressées
Souhaiterais-tu entrer ?
Vingt degrés en juillet, c’est pas de saison
Tu veux faire un tour dans la maison ?

Tu me trouves trop bavarde ?
Ok, j’arrête mes salades
Tiens je t’en offre une feuille

Je me rappelle d’un poème de Prévert.

Je me rappelle le vieil escargot au milieu de la cour cet été. Il était énorme, la coquille cabossée. Le soir commençait à tomber, je n’ai pas réussi a faire une photo vraiment nette.

151228_LesEscargots&Moi_1

Je me rappelle d’autres photos.

Je me rappelle un escargot tout en haut de la porte-fenêtre à proximité d’une araignée.

Je me rappelle une dame à la radio. Une noble devenue bouddhiste qui aimait les escargots comme d’autres aiment les chiens ou les chats. Elle en avait fait ses animaux de compagnie. Je l’ai trouvée un peu illuminée, mais fort sympathique. Je me rappelle, mais c’est loin, très loin, un air de chanson de Garcimore…

2 réflexions sur “Les escargots et moi

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