A bicyclette

J’aime bien le concept de synchronicité, même si ce n’est pas rationnel, enfin disons cartésien : je me méfie de ce qui est rationnel parce que ça a tendance à ne pas être raisonnable.

La synchronicité est un concept de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung dont je copie la définition synthétique donnée sur Wikipedia, en introduction de l’article :

La synchronicité est l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit.

François de Witt interviewé par Lilou, dans une vidéo sur laquelle je viens de tomber comme par hasard (euh, pour être franche, en allant sur la page facebook de Lilou non sans arrières-pensées) précise qu’il s’agit de :

la conjonction entre un état psychique de quelqu’un et un événement, qui peut se produire instantanément, à distance, ou plus tard dans le temps.

Voilà pour le terme jungien, au singulier. Dans le discours courant, l’usage est, plus généralement me semble-t-il, au pluriel et renvoie à des clins d’œil de la vie. Heureux hasards ou messages de l’univers, il est plaisant de voir de la magie dans ces clins d’œil que chacun-e est amené-e à percevoir (sans délire d’interprétation, ni recherche effrénée de coïncidences, juste en étant ouvert — houx vert…).

La magie fait sourire qui a conservé sa capacité d’émerveillement et le sens fait avancer. Ce qui est aussi le cas d’une bicyclette.

J’ai signé mes vœux pour cette nouvelle année

Puissiez-vous faire rimer deux mille seize
Avec le vers qui vous plaise

Pour moi 2016 rime avec bicyclette.

Comme l’a dit Einstein :

Einstein

C’est une histoire d’équilibre dynamique. Que l’on soit guépard ou escargot, peu importe le rythme, ce qui fait qu’on est en vie, c’est le mouvement. Ce sont les objets inanimés qui sont en équilibre statique (dixit Jean-Jacques Crèvecœur).

J’aime beaucoup cette citation d’Einstein. Pourtant, pendant des années, je me suis représentée dans la vie comme capitaine navigant et dérivant au milieu de la mer. Je me flattais d’être capitaine — Oh pas d’un gros bateau, seulement d’une petite coque de noix, mais capitaine ! Et je tenais le gouvernail avec plus ou moins de conviction, appréciant de voguer gentiment au gré du vent, au fil des courants, sans véritable destination. Un peu passive, la capitaine… Jusqu’à cette histoire d’équilibre dynamique, de vie et de bicyclette qui a suivi des circuits neuronaux dans mon cerveau et produit finalement un déclic : qu’est-ce que tu fais sur mer alors que c’est sur terre que tu te sens à l’aise ?

Ben oui mon élément c’est le plancher des vaches ! Pas l’eau de l’océan, ni la roche de la montagne. Non. Juste la terre recouverte d’herbe. L’évidence m’a fait changer de représentation : j’ai troqué ma coque de noix contre une bicyclette et je me suis vue, pédalant sur un chemin forestier, légère et joyeuse. Accompagnée bientôt de quelques notes de musique. La voix de Montant. Et puis celle de Bourvil maintenant. Rien à voir avec le Tour de France, donc : le Tour de France c’est en vélo, pas à bicyclette.

Le premier janvier, de retour de la boulangerie, je me trouve, en voiture, derrière un vélo (là, pour suivre mon fil conducteur, il faudrait que je dise bicyclette, sauf que non, c’est des vélos que je croise sur les routes…). Sans possibilité de le doubler, je roule au pas jusqu’à ce que nos routes se séparent au bout de la rue. Un peu plus loin, un deuxième vélo. C’est seulement là que j’ai fait le lien avec mon déclic et j’ai franchement souri. Puis, quand j’ai regardé, une fois rentrée, le sac en papier contenant le pain, je n’en ai pas cru mes yeux !

160101_Bicyclette

Je n’ai pas l’intention d’acheter une bicyclette pour aller à la boulangerie, par contre comment ne pas voir là un clin d’œil de la vie ? Dans le contexte particulier de mon récent changement de représentation de la vie, ces différents éléments ont pris une dimension particulière.

Plus tard, en découvrant les vœux de l’Union syndicale Solidaires, j’ai été épatée et puis je me suis dit : rien de plus de normal, on est sur la même longueur d’ondes.

Solidaires2016

Céphalée

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Avec mon mal de tête, j’ai mis la machine à laver en route.

Avec mon mal de tête, j’ai pris mon petit déjeuner.

Avec mon mal de tête, j’ai épongé le sol de la salle de bain.

Avec mon mal de tête, je suis allée faire des courses.

Avec mon mal de tête, j’ai appelé le réparateur pour la machine à laver :

Il vient lundi prochain.

Avec mon mal de tête, j’ai mis à cuire la confiture d’orange.

Avec mon mal de tête, j’ai changé les ampoules sous la hotte…

Et fait disjoncter.

Avec mon mal de tête, je suis retournée en grande surface acheter du sucre pour la confiture et des ampoules moins puissantes.

Avec mon mal de tête, j’ai fini de faire cuire la confiture avec le sucre. Trop liquide, comme la dernière fois, malgré l’ajout de gélifiant.

Avec mon mal de tête, j’ai nettoyé les caisses des chats, sorti la poubelle et suis allée me coucher.

Avec mon mal de tête je n’ai pas écrit ma chronique.

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Allant vers en hiver

Cette chronique a failli ne pas voir le jour, ou plus exactement elle a failli être reportée à l’hiver prochain. Mais réécoutant l’émission de France Culture Sur les docks du 24 décembre 2014, A la rencontre du Père Noël, pour alimenter mon propos, j’ai appris que la période entre le 25 décembre et le 5 janvier était particulière : douze jours de raccord entre le calendrier lunaire et le calendrier solaire, Le temps y est à l’envers. Ah ! Je ne l’avais pas noté à la première écoute. Du coup, le sujet de ma chronique n’est pas décalé. Evoquer le solstice d’hiver est encore d’actualité.

Donc.

Il y a près d’un mois, j’ai croisé le Père Noël à un péage d’autoroute. Tenue civile, voiture banalisée, il se déplaçait incognito, mais je l’ai reconnu à ses boucles blanches. Il avait l’air stressé. Stressé le Père Noël ? C’est l’époque qui veut ça. Folie furieuse des fêtes de fin d’année. La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques vient à peine de se terminer, que tonne l’injonction des milliers de cadeaux et repas gargantuesques, c’est la ruée sur les marchandises : portes ouvertes à la surconsommation. Mais que reste-t-il de la magie de Noël ?

Je me rappelle d’une phrase notée, il y a quelques années, un 24 décembre, au péage déjà : « La fille en vert qui attend l’homme en rouge… » thème pour un hypothétique conte. C’était du temps où la tenue règlementaire était verte. Aujourd’hui, le logo du groupe est rouge. Couleur du Père Noël et de Coca-Cola, même si le lien entre les deux relève de la légende : le rouge du Père Noël représente seulement et plus fondamentalement « l’essence de la vie » et le personnage bonhomme est une figure qui vient s’opposer à la figure ancestrale de Barbe Bleue. Car le Père Noël a été inventé au XIXe siècle pour réhabiliter l’image du père : une figure tendre face à la figure autoritaire. Et Claude Mettra, auteur, le présente — dans  l’émission susmentionnée — comme une invention du patriarcat, rappelant que dans les légendes anciennes, d’avant la société industrielle, c’était à des personnages féminins, notamment aux fées, qu’était dévolu le rôle d’offrir des cadeaux. Oh, oh, oh ! Dans la même émission, Monique Schneider, psychanalyste et psychologue, souligne le caractère double, bisexué, du personnage  symboliquement autant mère que père Noël.

très intéressant tout ça, mais faut-il croire au Père Noël ? Oui, en tant que « rêve qui sauve » comme il est défini au cours de douce nuit l’épisode 0 de la saison 9 de Doctor Who (un extrait là, récapitulatif de l’épisode, en anglais, ici).

DoctorWho_LastChristmas
« Il est scientifiquement impossible pour un renne de voler — c’est pourquoi je le nourris de carottes magiques » explique le Père Noël au cours de l’épisode

Comme on croit au merveilleux. Parce que la vie se nourrit aussi d’imaginaire : « Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventée » disait Boris Vian.

Fin décembre, en dehors des fêtes, c’est aussi et d’abord le solstice d’hiver, la période de l’année où les jours sont les plus courts, la saison de la nuit qui convie au calme et au silence plutôt qu’au bruit et aux lumières artificielles qui cachent et gâchent plus qu’autre chose (sans parler des bouchons sur l’autoroute parce que l’hiver on va au ski, même s’il n’y a pas de neige, on en fera venir — pour fêter l’accord international sur la limitation du réchauffement climatique, peut-être ?).

La magie du solstice, c’est quand on s’extrait du temps chronologique pour prendre du recul, quand on s’accorde un temps d’introspection comme le suggère Jean-Jacques Crèvecœur dans une de ses vidéos. Quand on s’octroie du temps allant vers soi.

J’en ai pris conscience cette année. L’année prochaine je pose quelques jours de congés.