poisson d’eau de pluie

On ne bouge plus le petit oiseau va sortir !

La terrasse, miroir sous l’averse, est dans la boîte. Enfin, quand je dis dans la boîte, c’est façon de parler. A l’heure des appareils photo numériques, il n’y a plus de chambre noire. Un deuxième cadrage pour une deuxième image. Mais la première s’avèrera être meilleure. Comme souvent. Je m’en rends compte une fois les pixels transférés dans l’ordinateur. La première impression est la bonne : plan plus rapproché, reflet tremblant des branches et du lampadaire sur le béton. Les gouttes de pluie donnent de la matière et une luminosité particulière. J’améliore le rendu en rehaussant les couleurs et la photo se fait tableau. Ah, si je savais peindre !

160315_LPR

Je contemple mon œuvre avec assez de ravissement. Je vais pouvoir la publier sur mon mur facebook. Car à l’heure du virtuel, on publie sur des murs.

Un point dans l’entrelacs des branches du figuier attire mon regard. Sombre. Mais rouge. Un bourgeon ? Une tache de sang ? Un confetti, reste de réveillon, planqué sous un meuble, dans un recoin, ou derrière un radiateur et capable de refaire surface des mois après la fête ? Mais non. Cette tache n’est pas de forme ronde. On dirait plutôt… un poisson ! Un poisson sur la terrasse mouillée ! Je cligne des yeux, mais c’est bien un petit poisson que je vois. Comment est-ce possible ? Je perds la raison ! Je grossis l’image. Pas de doute, c’est un poisson. Je me précipite dehors. Sous un ciel si propice au songe, la pluie a redoublé. Tout est gris, aucune pastille rouge, encore moins de poisson. Ni sur la terrasse ruisselante, ni dans les branches du figuier. Je rentre avant d’être entièrement trempée et vais me poster à nouveau face à mon écran. Le poisson est toujours là dans la photo.

Il y a des mystères qui nous dépassent et la sagesse recommande parfois de s’abstenir de vouloir les éclaircir à tout prix car ce serait une quête vaine. Mieux vaut s’en remettre  à autrui.

J’envoie la photo sur mon mur avec ce titre « poisson d’eau de pluie » et consulte les dernières publications sur ma page d’accueil en attendant les premiers commentaires. Colette a partagé une photo de vague sur laquelle elle a identifié les noms de ses amis. Je trouve le mien dans le quart supérieur gauche, juste au-dessus d’un rocher. L’image me fait rêver. Je sens l’air iodé, j’entends le bruit des vagues. C’est une photo qui fait du bien. Je souris à l’océan !
Et puis je remarque un point rouge.
Une goutte écarlate qui ressemble étrangement à mon poisson… Je reviens à mon album photos. Sur la terrasse mouillée, le reflet des branches. Sans poisson. D’un doigt fébrile, le clique à nouveau sur la photo de la vague. Dans l’écume un grain rouge frétille.

Je viens de recevoir un premier commentaire. Une question d’Olivier : « C’est un poisson d’avril ? » Je lui réponds : « un poisson voyageur. Il a traversé le réseau pou rejoindre l’océan ! » Olivier, MDR, a cette phrase : « Ah, tu veux dire qu’il a suivi les ondes wifi ? » Elle fait tilt dans ma tête : voilà une explication plausible ! Je tapote sur le clavier un « oui, c’est ça ! » agrémenté d’une binette triple sourire avant de cliquer à nouveau sur la photo de Colette pour souhaiter un bon voyage au poisson rouge.

Et puis, je n’y pense plus.

Jusqu’à ce matin.
Le choc en découvrant la une du dernier numéro de Causette ! Une jeune femme exhibant le poisson rouge prisonnier.

160315_Causette#24_Mai2012

2 réflexions sur “poisson d’eau de pluie

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