Sensible et raisonnable

Voilà ! Pour une fois, j’ai avant tout le titre. Waouh !

Bon, le problème c’est que je n’ai que ça. J’avais imaginé écrire un épisode de mon histoire de lancer de dé. J’avais envie, j’ai quelques pistes et il y a longtemps que je n’ai pas avancé sur le sujet, mais pour le moment je n’y arrive pas. Manque d’inspiration… Manque de temps passé un stylo à la main assise à la table.

En entendant Geneviève Fraisse citer ces mots de Fanny Raoul dans « Les Nouveaux Chemins de la Connaissance » mercredi dernier, une excellente émission au sujet de la longue conquête des droits des femmes, j’ai eu envie de les utiliser. Sensible et raisonnable. Cette association me parle.

Fanny Raoul s’exprime au début du XIXe siècle en tant que « femme sensible et raisonnable » dans L’opinion d’une femme sur les femmes. Elle écrit ceci :

Femme sensible et raisonnable, je veux seulement payer à la société la dette que contracte envers elle chacun de ses membres et pour acquitter cette dette j’offre des idées utiles, puisqu’elles sont puisées dans l’amour du bien-être général et de l’humanité.

J’ai ajouté la référence de l’ouvrage, réédité en 2011, à la liste de mon carnet de livres à lire.

Je suis une femme du XXIe siècle (à ne pas confondre avec le XIXe, même si le projet de loi Travail marque plus un retour au XIXe qu’une avancée dans le nouveau siècle). Je suis une femme du XXIe siècle donc, sensible et raisonnable. Raisonnable qui ne veut pas dire rationnel. Surtout pas. Le rationnel manque de cœur et conduit aux aberrations de l’industrialisation à tout va qui fait certes gonfler les bénéfices des multinationales et les dividendes des actionnaires, mais est complètement déraisonnable pour ne pas dire mortifère. Être rationnel, de mon point de vue, confine à l’aveuglement et à la déshumanisation.

La raison, elle, c’est l’esprit et le cœur.

Hugo a écrit ces mots merveilleux : « L’esprit, c’est le cœur » . Je suis tombée dessus, par hasard, un soir que je cherchais du réconfort dans Les Contemplations et mon cœur a fait boum !

IX

Le poëme éploré se lamente ; le drame
Souffre, et par vingt acteurs répand à flots son âme;
Et la foule accoudée un moment s’attendrit,
Puis reprend : « Bah ! l’auteur est un homme d’esprit,
 » Qui, sur de faux héros lançant de faux tonnerres,
 » Rit de nous voir pleurer leurs maux imaginaires.
 » Ma femme, calme-toi ; sèche tes yeux ma sœur. »
La foule a tort : l’esprit, c’est le cœur ; le penseur
Souffre de sa pensée et se brûle à sa flamme.
Le poëte a saigné le sang qui sort du drame ;
Tous ces êtres qu’il fait l’étreignent de leurs nœuds ;
Il tremble en eux, il vit en eux, il meurt en eux ;
Dans sa création le poëte tressaille ;
Il est elle, elle est lui ; quand dans l’ombre il travaille,
Il pleure, et, s’arrachant les entrailles, les met
Dans son drame, et, sculpteur, seul sur son noir sommet,
Pétrit sa propre chair dans l’argile sacrée ;
Il y renaît sans cesse, et ce songeur qui crée
Othello d’une larme, Alceste d’un sanglot,
Avec eux pêle-mêle en ses œuvres éclôt.
Dans sa genèse immense et vraie, une et diverse,
Lui, le souffrant du mal éternel, il se verse,
Sans épuiser son flanc d’où sort une clarté.
Ce qui fait qu’il est dieu, c’est plus d’humanité.
Il est génie, étant, plus que les autres, homme.
Corneille est à Rouen, mais son âme est à Rome ;
Son front des vieux Catons porte le mâle ennui.
Comme Shakspeare est pâle ! avant Hamlet, c’est lui
Que le fantôme attend sur l’âpre plate-forme,
Pendant qu’à l’horizon surgit la lune énorme.
Du mal dont rêve Argan, Poquelin est mourant ;
Il rit : oui, peuple, il râle ! Avec Ulysse errant,
Homère éperdu fuit dans la brume marine.
Saint Jean frissonne ; au fond de sa sombre poitrine
L’apocalypse horrible agite son tocsin.
Eschyle ! Oreste marche et rugit en ton sein,
Et c’est, ô noir poëte à la lèvre irritée,
Sur ton crâne géant qu’est cloué Prométhée.

Paris, janvier 1834

Sensible et raisonnable. Sans être trop sage. J’ai un collègue qui aime souhaiter à chacun-e de ne pas être sage. Quand on est sage comme une image, on est figé, pas vraiment vivant, mort en fait.
Donc ne pas être sage.
Pas sage.
En deux ou un seul mot ?
Un passage ? Vers où ?…. Euh, ce n’est sans doute pas la question à poser… A moins de détenir la clé du verrou.
Un passage.
Un chemin de traverse.
Faire un pas de côté.
Hop là !
A condition d’avoir décidé de quel côté…
Oh, v’là mon côté lièvre qui surgit de son gîte. Regard à droite. Regard à gauche. Devant. En biais. En l’air. Bondir ici ? Ou bien là ? Et pourquoi pas là-bas ?
C’est le printemps, je papillonne, sur quel thème me fixer ?

J’en appelle à la tortue. Sauf que je me méfie un peu d’elle. Je la juge trop laborieuse. Dans le genre lenteur, je préfère l’escargot (j’ai raconté ici mon affection pour les gastéropodes). Parce qu’il glisse, lui. L’autre jour, j’ai trouvé une coquille d’escargot dans l’herbe. Comme il me restait du mortier utilisé pour reboucher un trou dans une murette, je me suis amusée à modeler le corps d’un escargot.

160326_EscargotLPR

Sensible et raisonnable.
Avec un petit grain de folie.
Un petit grain de fantaisie.

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