Ah, un lézard

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Henri Moore (1898-1986) Tête, 1974, Gravure pour l’album Les Moutons

– Oh un mouton !

–  Ah, un lézard ! Dans le mouton !

– Qu’est-ce que tu racontes ? Un lézard dans le mouton ? Ah, ah ah ! Tu délires. Tu as fumé ma parole ! Ou tu as bu… Tu as abusé du rosé à midi. C’est vrai qu’il était bon ce petit rosé. Mais revenons à nos moutons : primo, ils mangent de l’herbe. Secundo, on ne peut pas voir ce qu’il y a à l’intérieur d’un mouton, à moins d’une radiographie et là sur le mur, c’est un dessin, pas une radiographie. Personnellement, je ne vois pas de lézard dans les traits…

– Je ne te parle pas du tableau, je te parle de ce qu’il y a par terre. Regarde !

– Oh ma parole ! Un lézard dans un mouton ! Dis donc, c’est pas souvent jour de ménage, dans ce musée, on dirait. Tu crois qu’il est encore vivant ? Le lézard, je veux dire. Il a l’air bien inerte. Mais comment a-t-il pu se retrouver là ?

– Pourchassé par un chat pardi ! Regarde, il n’a plus de queue. Attends, je vais l’attraper.

– Ouais, ouais, ouais, il n’a pas l’air bien vigouret… Il a l’air même un peu sec.

– Il est froid, mais c’est normal pour un lézard. Tiens, il a bougé ! Je vais tenter de le dégager de là.

– Tu es sûr qu’il a bougé ?

– Puisque je te le dis. Oh, je ne voudrais pas le tenir trop serré, mais il ne faudrait pas qu’il m’échappe non plus… Voilà. Je te décroche… Tout doucement. Ça va aller.

– Excuse-moi, mais tu crois que ça vaut la peine de lui expliquer tout ce que tu fais ? Tu crois qu’il comprend ce que tu dis ? Hi, hi, hi. Ha, ha, ha, ha !

– C’est ça, moque-toi ! J’essaie seulement de le rassurer. C’est l’intention qui compte. Je suis sûr qu’il y est réceptif. Par contre, je me demande ce qu’il peut penser de l’énergumène qui fait de l’ombre à côté. Tu ne voudrais pas aller ouvrir la fenêtre au lieu de cacher le soleil ? Sans vouloir te commander. Il a besoin de chaleur ce petit lézard.

– Ah oui ? Tu veux que j’aille t’ouvrir la fenêtre vers la liberté petit lézard ? Moi, c’est Fred, et toi ? … Laurent, c’est pas un lézard. C’est une lézarde. Elle s’appelle Zabelle.

– Oh, ben, si tu veux. Est-ce que tu peux ouvrir la fenêtre maintenant ?

Fred s’exécute tandis que Laurent ôte délicatement les derniers fils qui emprisonnent la patte arrière droite de l’animal.

A peine relâchée, la lézarde disparaît entre deux pierres du murs.

– Au revoir Zabelle !

– Fred, c’est pas drôle.

– Je te jure, c’est son nom. Elle me l’a dit.

– Hé la messieurs ! Que faites-vous à la fenêtre ? Vous préférez le paysage à l’exposition ?

– Oh non. C’est que, il y avait un lézard. Dans un mouton.

– Un lézard dans un mouton ?

– Une lézarde. On va vous expliquer…

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