Solitude, prélude, plénitude

Solitude, ça rime avec prélude
De Bach
À sable
Normal au cœur de juillet ! C’est l’été, la saison des vacances. Mais ce n’est pas le sujet.

Dimanche dernier, je suis allée voir Dans les Forêts de Sibérie, le film de Safy Nebbou, adapté du récit de Sylvain Tesson. L’entretien du cinéaste, début juin, dans Un autre jour est possible m’avait grandement donné envie de découvrir le film. Ah vivre seule, en pleine nature, loin de l’agitation et des bruits de la ville, loin de la folie furieuse et de la barbarie du XIXe siècle. J’ai beaucoup aimé les mots d’Olivier Pascal-Moussellard dans le dernier numéro de Télérama :

« […] pour faire face à la barbarie des hommes, nos armes sont plus nombreuses que les leurs, et ne sont pas que militaires ou policières. Elles puisent leur plus grande force dans les sources que cette barbarie, cette haine veulent assécher : une éducation ouverte, l’égalité hommes-femmes, une justice fondée sur les droits humains, non divins ; et puis la laïcité, une société juste, fraternelle et tolérante, l’amour et la vie, l’amour de cette vie, non la passion de la mort. »

« Résister à la nuit » Olivier Pascal-Moussellard Téléram 3471

Et en la recopiant, je me dis que peut-être les sources, justement, sont à raviver, la folie meurtrière étant un symptôme révélateur, une expression paroxystique du malaise. C’est-à-dire que le « eux » contre « nous » sonne dissonant dans un monde globalisé.

J’ai aussi beaucoup apprécié la réflexion de Yuval Noah Harari, comparant le terroriste à une mouche, La stratégie de la mouche : pourquoi le terrorisme est-il efficace ? Sa réflexion met les événements en perspective et permet de prendre un recul salutaire. Je citerai ici un court passage :

« Il en va de la responsabilité de chaque citoyen et de chaque citoyenne de libérer son imagination, et de se rappeler quelles sont les vraies dimensions de la menace. C’est notre propre terreur intérieure qui incite les médias à traiter obsessionnellement du terrorisme et le gouvernement à réagir de façon démesurée. »

Yuval Noah Harari, « Pourquoi le terrorisme est-il efficace ? »

En résumé, ne pas s’emballer, raison garder, cultiver la joie de vivre pour montrer que c’est possible, dans l’esprit de Prévert…

Il_faudrait_essayer_d_etre_heureux_ne_serait-ce_que_pour_donner_l_exemple_-10266

Avec mon rythme de vie décalé — plus proche de l’horaire du soleil que de celui de la pendule, notamment pour le repas de midi (mais qui a décrété qu’il fallait déjeuner à midi ?) —, rythme qui me convient mais qui ne facilite pas la vie sociale, je me dis que je vivrais bien en ermite. Dimanche dernier, donc, je suis allée voir ce que ça donnait dans les forêts de Sibérie. Le film est magnifique, mais très peu pour moi l’installation au bord du lac Baïkal : les conditions de vie y sont trop extrêmes : je veux bien vivre seule, mais avec un minimum de confort et assez de réserves pour subvenir à mes besoins en toutes circonstances. Solitaire, mais peu aventurière… Pas question d’être complètement isolée. Non, faut pas exagérer. Je vivrais bien dans un chalet retiré au bout d’un chemin du genre « vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes… une route qui conduise aux confis de la terre… où l’esprit est libre », routes dont Henry David Thoreau a la nostalgie. Un chemin que je pourrais suivre en sens inverse pour accéder à la ville à chaque fois que j’aurais besoin de me ravitailler.

Ermite, mais modéré. Ermite moderne ? En tous cas pas pêcheuse, ni chasseuse, plutôt végétarienne. Tendance Arthur Keelt (précédemment évoqué ici). Aucun mur invisible entre moi et le monde du genre de celui du film de Julian Pölsler qui m’avait beaucoup impressionné.

J’aime la solitude. C’est mon refuge pour me ressourcer, me centrer, me retrouver. J’en ai besoin pour écrire. Mais je n’en demeure pas moins un animal social. Un peu sauvage, un peu ours, mais social malgré tout (sinon pourquoi le langage ?).

Ma solitude, c’est ma liberté… Alors, sur un air de Moustaki, allons-y :

Ma solitude, longtemps je t’ai gardée, comme une perle rare
Ma solitude, longtemps tu as été mon refuge, mon rempart
Où je me reposais, où je me ressourçais, à l’abri des regards
Où sans être jugée, je pouvais briller comme une star

Ma solitude, loin des voix qui criaient, je me sentais solide
Ma solitude, dans ton cocon douillet je me sentais avide
De vivre pleinement, dans l’instant présent, sans aucune armure
Oubliés les horaires, libre comme l’air, proche de la nature

Ma solitude, tu as su protéger tous mes rêves de plume
Ma solitude, avec toi pour alliée, aujourd’hui j’les assume
Tous ces mots dans ma tête, prêts à faire la fête, s’agitent et s’animent
Eclos dans ton silence, les voilà qui dansent en prose ou en rimes

Ma solitude, mon carré réservé, au cœur de ma vie
Ma solitude, tu es ma liberté, ma liberté chérie
Si pour te satisfaire, je suis solitaire, c’est sans amertume
Pour un blond pour une brune, décrocher la lune n’est pas ma coutume

Version non définitive.

Mais aujourd’hui, solitude rime avec plénitude.

Une réflexion sur “Solitude, prélude, plénitude

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