X – 1 Violette

Un.

Oh ! Me voilà dans les alpages. C’est beau ! Herbe verte, petites fleurs et papillons, le cadre est bucolique à souhait. Je respire à pleins poumons l’air pur et vivifiant et puis je me demande où sont les moutons ou les brebis. C’est obligé qu’il y en ait dans un tel environnement. Enfin, ça me paraît plutôt logique. Alors, allons voir… par là ! Du côté du ruisseau, au pied de la drôle de colline qui émerge derrière les sapins.

J’ai l’impression étrange que la colline respire… Je l’observe à distance respectable à l’abri d’un rocher. Le ruisseau court gentiment en chantant. Derrière les sapins, la masse informe que je prenais pour une colline a un visage encadré de cheveux arc-en-ciel. Une géante assoupie ! Une ogresse peut-être ! Surtout ne pas la réveiller. Elle n’a pourtant pas l’air méchante. Plutôt douce et sympathique. Plongée dans un joli rêve sans doute. Tiens, elle sourit. J’ai très envie d’aller la voir de plus près…

Je m’approche du ruisseau, le traverse, ah ! c’est froid. Qu’est-ce qui me chatouille le pied ? Hi, hi, hi ! Ah ! La géante a bougé. Elle se réveille ! Je rebrousse chemin. D’un bond, me voilà sur la rive, je retourne au rocher.

La géante baille, s’étire, ouvre les yeux. Elle s’assoit, non sans écraser quelques sapins devant elle. Elle dégage une telle quiétude émerveillée… Elle sourit, s’étire en baillant, soupire d’aise et se met debout. Elle est immense. Je me tasse derrière la pierre. Elle semble chercher quelque chose… Je la regarde. Ses yeux couleur de miel s’arrêtent sur le rocher. Aïe, aïe, aïe ! Je suis découverte ! Je me terre, et puis j’entends sa voix.

– Ah, quel bonheur de se réveiller. Ça faisait longtemps que je t’attendais. Oui, oui, oui, toi, là, tapie derrière le rocher. J’ai entendu ton rire. Je voudrais te remercier. Ne sois pas timide, montre-toi un peu, je ne suis pas aussi impressionnante que j’en ai l’air. Hi, hi, hi.

Sa belle voix grave est rassurante. Je me redresse. Elle me sourit avec gratitude.

– Merci de m’avoir réveillée. Rêver, c’est bien, mais ça manque de concret.

Je reste interdite.

– Je me présente : Violette. Je suis ta puissance. Approche. Sois sans crainte, je ne vais pas te manger. Tu me prends pour une ogresse ? Hi, hi, hi, ah, ah, ah, ah, ah.

Elle rit. D’un rire magnifique. D’un rire cristallin. D’un rire magique. D’un rire enfantin. Je monte sur le rocher. Elle me regarde amusée.

-Je vois. Tu te crois minuscule à côté de moi, mais c’est juste un effet d’optique. Viens par ici, tu verras. Tu n’es pas aussi petite que tu le crois.

Son regard, son sourire, sa voix, la bonté qui émane d’elle me donnent envie de traverser le ruisseau. Pourtant je n’ose pas bouger. Qu’est-ce qui me retient ? Une armure invisible que je sens fondre, fondre, fondre, jusqu’à l’instant où je suis capable de rejoindre Violette (Violette… Comme Retancourt ?). Hop, hop, hop ! Me voilà à son côté.

– Alors, suis-je aussi énorme que ça ?

La voilà à nouveau qui rit. Puis, elle me tend les mains.

– Donne-moi tes mains et prends les miennes… Lalalala la la la la. Ah ah ah ah ah ! Un peit grain de folie, tu n’as rien contre ?

Enfin, j’arrive à articuler une phrase :

– Contre un grain de folie ? Non, rien, au contraire.

Je pose mes mains dans les siennes et je grandis. Je grandis nourrie de son énergie. Elle m’entraine dans une ronde, son rire me gagne. Elle me lâche les mains, je tourbillonne à côté d’elle. Je danse avec ma puissance.

Et puis j’entends une voix. Masculine.

– Puis-je entrer dans la danse ?

Je me fige, surprise. D’où sort ce berger ? Il réitère sa demande courtoisement.

– Accepteriez-vous un pas de deux ?

Je fronce les sourcils : pas de deux… Mais alors, pourquoi il ne me laisse pas danser seule ? Et où est passée Violette d’abord ?

– Pas de deux vous dites ?

– Une danse à deux. Votre joie est communicative.

– Ah oui ?

Valse hésitation… Mais la voix chaleureuse de Violette résonne dans mon cœur : à quoi je sers si tu ne partages pas ? Alors je souris au berger et lui tends la main.

– Allons-y pour le pas de deux qui n’est pas un solo.

Si je lui communique ma joie, il me communique sa bienveillance. Danser en couple s’avère être sympa aussi.

Toute bonne chose ayant une fin, vient le moment où chacun reprend son chemin.

– Merci beaucoup gente dame. Il est l’heure que je rejoigne mon troupeau.

– Au plaisir, charmant berger.

Un signe de la main et le voilà parti. Je m’assois et éclate de rire : quelle journée splendide ! Dans le pré vert, au milieu des fleurs et des papillons, les mots dansent dans ma tête, je me sens d’humeur poétique.

Elle s’appelle Violette,
A les cheveux arc-en-ciel.
C’est une déesse super chouette
Au regard de miel.
Son rire cristallin
Enchante les cœurs,
Ses immenses mains
Ne sont que douceur.

C’est une montagne solide
À la joie candide
Une princesse loukoum
Au swing poupidoum.

Cette déesse super chouette
Prénommée Violette
Etonnamment, je le conçois,
Fait partie de moi :
Cette géante est ma puissance.
Quel effet d’l’avoir rencontrée !
C’est une deuxième naissance,
La réveiller m’a révélée.

Ma puissance endormie
Et son grain de folie…
Une déesse super chouette
Prénommée Violette.

Oh ! Un gros papillon carré qui danse  devant mes yeux ! Ah, non c’est le dé ! Cinq.

Post scriptum : chardon

Je ne croyais ps si bien dire en écrivant le 8 juillet dernier que je préférais le chardon au ballon rond. Outre le fait que le chardon est l’emblème de l’équipe d’Ecosse de rugby (et que je préfère le rugby au football), ce chardon que j’ai laissé fleurir attire diverses bestioles que j’ai plaisir à photographier.

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Au-dessus des piquants, du pollen à gogo,
Festin pour les insectes, tour à tour réunis.
Loin de la folie furieuse Pokémon Go,
Je contemple un chardon, un grand chardon fleuri.