Les cartons du grenier

Quand mon frère (car, oui, j’ai un frère) m’a demandé s’il pouvait monter dans le grenier récupérer le trains électriques de son enfance, je lui ai proposé de descendre tous les cartons qu’il pourrait trouver là-haut. Je croyais qu’y étaient stockées quantités de jouets dont les poupées de mes noëls de petite fille et le landau qui va avec. J’ai été surprise de constater qu’il y avait surtout des cartons lourds et poussiéreux, remplis de livres et de cours. Et puis un berceau en morceaux. Tiens donc, un berceau ? Je n’en avais aucun souvenir.

Nous l’avons monté pour vérifier s’il n’en manquait pas un bout. Je me suis dit qu’un chat pourrait dormir dedans. Ce serait rigolo, un chat, pas trop gros, dans le petit berceau… A condition que l’une ou l’autre minette poids plume accepte de se glisser dedans. Il semblerait que non. J’ai nettoyé l’ossature, lavé le voile, ajouté une couverture, mais aucun chat n’est allé s’y coucher à ce jour. La banquette, les oreillers et la couette sont bien plus confortables et plus stables. Du coup je me demande quoi en faire de ce berceau aux airs de berceau de Belle aux bois dormant au-dessus duquel les fées viennent se pencher au début du conte.

Dilemme : conserver ou jeter ?

La question se pose aussi pour l’ensemble des affaires sorties du grenier. Pour mon frère c’est simple : y a qu’à tout jeter. Oui, mais… Je jetterais bien un œil dedans avant. On a donc tout descendu à la cave, le temps de trier. Rapidement. Non, parce que je n’ai pas vidé une partie de la cave l’année dernière pour la remplir à nouveau.

En ouvrant les cartons, j’ai été surprise de découvrir qu’y étaient contenues mes années scolaires, de la maternelle (sans les dessins au dos de grandes feuilles de tapisserie) au lycée. Quinze années d’enseignement en cartons ! Et qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui ? Je ne compte pas vérifier. Je ne vais pas me replonger dans les formules mathématiques, mes premières lignes d’écriture, les leçons d’anglais ou d’allemand, ni même de latin. N’empêche, je ressens un pincement au cœur de jeter tout ça à la poubelle… Même si c’est la jaune (la poubelle de recyclage). Je ne compte pas tout revoir, mais je feuillette un peu…

Je me souviens des fleuves dessinés par la maîtresse au tableau et recopiés dans le cahier d’éveil. Je me souviens les avoir dessinés avec application, par contre je ne me souviens absolument pas des affluents.

J’ai mis de côté les cahiers de poésies que j’ai retrouvés pour m’en faire un « super cahier » . Je me souviens de quelques unes. Je me souviens qu’on les illustrait sur les pages blanches entre les pages à carreaux. Je me souviens… Ah non, je croyais que la première poésie que j’avais apprise était « une fourmi de dix-mètres » de Robert Desnos sauf qu’elle n’est pas dans le cahier de CP ! De quand date-t-elle alors ?

J’ai mis de côté aussi les rédactions du collège histoire de relire ce que j’écrivais quand j’avais douze ou treize ans. Et les dissertations du lycée ? Je n’ai pas encore remis la main dessus, mais elles m’intéressent moins. Je suis moins curieuse de les redécouvrir.

Dans le carton le plus lourd, il y avait des livres. Des lectures d’enfant : histoires illustrées, Bibliothèque Rose, Bibliothèque Verte, et des bandes dessinées.

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Quelques livres sortis du carton

Tout un trésor que je ne savais pas caché là-haut sous les combles. Je me souviens des titres, des couvertures, mais pas du tout des contenus. Même pas des histoires de Fantômette qui était pourtant ma série de prédilection !

Je me souviens par contre de Jean le Veinard.

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Je m’en souviens très bien parce que je ne comprenais pas comment ce Jean pouvait être heureux de se retrouver sans rien, ayant perdu au fil de l’histoire, un peu plus de valeur matérielle à chacun de ses échanges (un lingot d’or gros comme la tête contre un cheval, un cheval contre une vache, une vache contre un cochon, etc…). Je me disais : « Mais ce n’est pas possible, qu’il est bête ! » Je ne saisissais pas le message de la fin : sans plus aucune possession matérielle, il était libre.

Je suis beaucoup plus sensible à ce message aujourd’hui, même si j’ai encore des difficultés à me libérer des choses matérielles…

Dans le carton de livres, il y avait aussi mon premier dictionnaire, bien avant le Robert : Le Dictionnaire actif Nathan, sous sa couverture de plastique bleu !

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Mille mots illustrés en couleurs, sans « amour » , ni « cœur » , ni même « enfant » , mais avec le mot « autoroute » (entre l’automne et l’autruche) !

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Un dictionnaire de mille mots ? L’outil dont j’avais besoin pour jouer au jeu du S+7 ! Et donc, voilà, une chanson sans queue ni tête, ni plus aucunes rimes.

L’os et l’épouvantail

Comme un épouvantail aux oranges de maillot
Qui voit passer au loin les os
Comme l’os bleu survolant le tonnerre
Vois comme la moule, la moule est belle

Beau le beurre, dansant sur la veste
Ivre de violon, d’antiquaire et de ville
Beau le chasseur naissant de la veste
Abandonné au sapin blanc

Blanc le jardin, le secret de la pomme
Qui en chantant invente l’antiquaire
Pour que le violon s’habille de fille
Et que l’oignon se change en kangourou

Kangourou d’un violon où l’averse se lève
Pour réveiller le voile aux oranges lourdes
Où les mers effeuillent les roitelets
Pour nous donner une moule d’antiquaire

L’antiquaire c’est toi, l’antiquaire c’est moi
L’os c’est toi, l’épouvantail c’est moi

Moi je ne suis qu’une forêt de l’ours
Qui voit briller le faire-part du soulier
Toi mon faire-part qui tisse ma rue
Viens allumer mon souterrain noir

Noire la mouche, les immeubles et le hameau
Qui croient tenir les rivières des toilettes
Pépin d’antiquaire n’a pas de gare
Pour ceux qui ont une comptine d’épouvantail

Comme un épouvantail aux oranges de maillot
Qui voit passer au loin les os
Comme l’os bleu survolant le tonnerre
Nous trouverons cette moule d’antiquaire

L’antiquaire c’est toi, l’antiquaire c’est moi
L’os c’est toi, l’épouvantail c’est moi
L’os c’est toi, l’épouvantail c’est moi
L’os c’est toi, l’épouvantail c’est moi

2 réflexions sur “Les cartons du grenier

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