Bilan du défi et perspectives

Un jour de silence pour me poser et prendre la mesure du défi achevé. Depuis le 16 janvier, j’ai écrit et mis en ligne un billet chaque jour, une pastille à la couleur de l’humeur. Ça n’a pas été facile tous les jours, ça a même été parfois laborieux, mais j’ai réussi ! J’ai tenu la distance et c’est à peine si je réalise : j’ai plus nourri ce blog les cent derniers jours que depuis le début de son existence. Wouah ! Je n’aurais pas pensé écrire autant. J’avais imaginé la possibilité de pastilles photos au début du projet.

Je vais prendre un peu de distance, quelques jours « de vacances » et réfléchir à la suite. Je me demande si je ne me lancerais pas dans un feuilleton, une histoire à suivre, c’est-à-dire un texte long découpé en plusieurs épisodes, un texte commencé quelque part dans un carnet et jamais abouti. Un roman ? Peut-être pas tout de suite. Une nouvelle pour commencer. Je laisse mûrir.

Rendez-vous en mai. Quand ? Disons le 11.

A bientôt !

Sourire à la vie

[Défi une pastille par jour 100/100]

L’apaisement après la tempête émotionnelle.

Fuir le fil d’actualités de facebook et ses bruits politiques.

Se laisser gagner par l’insouciance d’une petite chatte jouant au fond du jardin.

Découvrir avec ravissement que Geneviève Fraisse est l’invitée de l’émission A voix nue cette semaine.

Retenir avec grand intérêt l’idée selon laquelle choisir d’être optimiste ou pessimiste revient à ne plus rien faire et à laisser faire, alors qu’en confrontant la réalité en face on trouve les réponses et on comprend ce qui se passe (Raoul Peck dans La Grande Table).

Suivre le fil de cette idée qui revient à reprendre les rênes de sa vie : on devient ainsi un être responsable, capable d’agir en conscience…

Avoir une pensée pour Rosa Luxemburg.

« Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur. Alors, je cherche une raison à cette joie, je n’en trouve pas et ne puis m’empêcher de sourire de moi-même. Je crois que la vie elle-même est l’unique secret. Car l’obscurité profonde est belle et douce comme du velours, quand on sait l’observer. Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l’entendre. »

Rosa, La Vie, Lettres de Rosa Luxemburg, Edition de L’Atelier, 2009

Et sourire à la vie.

Vent fort

[Défi une pastille par jour 99/100]

Bourrasque ! Tempête !
Le vent souffle fort.
« A décorner un bœuf »
Dit l’expression.
« A renverser l’étendage »
Répondrais-je.
« A faire chuter un chat du toit ? »
M’inquiété-je…
Non.
Ils sont tous là.
Ouf !

Le vent souffle fort, fort, fort
Si seulement il pouvait
M’aérer la tête
Ou me souffler une idée…

Jour de vote

[Défi une pastille par jour 98/100]

Interrogation du matin : l’escargot va-t-il danser ou pleurer dans sa coquille ce soir ?

Je me suis rendue une première fois au bureau de vote ce matin. Quand j’ai vu la foule devant la petite salle du canal, je suis rentrée sans m’arrêter. Un tour pour rien : n’ayant pas encore déjeuné, j’avais faim.

Je suis revenue un peu avant midi. Lentement. Devant moi, une 307 freinait dans la descente… J’ai été soulagée de la voir tourner à gauche au stop alors que je filais de l’autre côté.

Il y avait encore du monde devant le bureau de vote, mais je n’avais plus le choix : c’était maintenant ou pas. Une dame se plaignait de l’organisation : il fallait aller chercher les bulletins sur une table placée à droite dans la salle, traverser la file d’attente pour se rendre dans l’isoloir à gauche et revenir faire la queue au milieu. Je me suis dit que j’allais être en retard au boulot. Sans penser au lièvre de la fable, mais à l’escargot.

J’ai sorti mon portable, souri en découvrant le texto interrogateur de Tatiraine et prévenu mon collègue en poste. Une dame en gilet rose m’est passé devant quand je m’engageais vers la table des bulletins, un homme a fait de même alors que j’attendais mon tour pour aller dans l’isoloir. J’ai ronchonné intérieurement.

Le bon bulletin mis sous enveloppe, je suis venue me fondre dans la file, à quelques pas derrière la dame au gilet rose, me plaçant ainsi devant un certain nombre de personnes qui auraient très bien pu ronchonner, intérieurement ou pas… Eh oui !

Il était midi et quart quand j’ai déposé mon enveloppe dans l’urne en reprenant la dame de la mairie qui, carte électorale en main, m’annonçait mademoiselle : pour moi c’est madame parce qu’il n’y a pas de raison qu’on fasse une distinction au féminin alors qu’il n’y en a pas au masculin. Et puis j’ai filé. A plus de cent trente sur l’autoroute sans avoir pour autant l’impression de rouler vite, ne faisant que suivre le flux. Qui plus est, des voitures me doublaient. Je me suis demandé s’il était possible que l’indicateur de vitesse soit déréglé…

Il était encore midi et demie quand je suis arrivée au péage. Ouf ! C’était parti pour huit heures, les élections entre parenthèses, avant les premières estimations du soir.

Ce soir, je me suis changé les idées en regardant les deux épisodes de la deuxième saison de Dix pour cent diffusés mercredi dernier.

L’escargot insoumis

[Défi une pastille par jour 97/100]

« Le doute c’est le début de quelque chose. »  Voilà la phrase avec laquelle Xavier de La Porte conclut sa chronique de La Vie numérique, jeudi dernier. J’aurais bien aimé finir ma pastille d’hier sur cette formule, parce que ce qui me plaît dans le doute c’est l’ouverture sur un champ de possibles.

Remontant dans les chroniques de la semaine, je me suis particulièrement arrêtée sur celle de lundi qui évoquait le cerveau de l’escargot. Un cerveau d’escargot compte 90 000 neurones et seulement deux suffisent à créer un petit circuit décisionnel. Optimisation des prises de décision complexes et économie d’énergie ! Un fonctionnement à l’opposé de la complexité informatique, comme quoi le cerveau est autrement performant. C’est un organe merveilleux. Un organe sensoriel et sensuel dit Jean-Jacques Crèvecœur. Mais revenons à nos deux neurones.

Le choix du bulletin de vote pour le premier tour des élections présidentielles de demain est un peu plus complexe qu’une prise de décision de manger une feuille de laitue ou pas. Quoique… Dans le fond, on peut considérer que le meilleur Président serait celui qui mettrait en œuvre ce qui permettrait à chacun-e de manger correctement (c’est-à-dire à sa faim et de bons produits).

Et c’est ainsi que je fais pencher la balance ! Parce que pour avoir une chance d’avoir un Président qui offre les moyens à chacun-e de manger correctement, il est préférable de voter pour un candidat qui représente un certain poids électoral. Pour un avenir en commun.

Wouah, c’est fort le circuit décisionnel !

Doutes

[Défi une pastille par jour 96/100]

Il y a doute et doute…

Il y a le doute perturbant de l’impression sourde d’avoir oublié quelque chose… Celui des questions qu’on se pose parce qu’on n’a pas toujours la tête à ce qu’on fait : « est-ce que j’ai laissé la fenêtre ouverte pour les chats ? » , et qui peut devenir carrément angoissant : « Est-ce que j’ai vraiment coupé le feu sous la  casserole avant de partir ? » .

Il y a le doute du manque de confiance en soi…

Il y a la tendre chanson d’Anne Sylvestre qui aime les gens qui doutent.

Et puis il y a le doute fondamental, celui qui relativise toute affirmation présentée comme Vérité, parce que cette vérité d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier et ne sera pas celle de demain. C’est le doute de l’humilité qui reconnait qu’on ne sait pas, parce qu’on est, de fait, minuscule à l’échelle de l’univers. C’est le doute au-dessus des croyances, celui d’Hypathie, philosophe et astronome grecque du IVe siècle,  dans Agora, film d’Alejandro Amenabar (2009) que j’ai découvert lors de sa diffusion à la télévision grâce à sa présentation dans Télérama qui le définit comme « péplum féministe » .

Bref, je doute donc je suis.

Dicton

[Défi une pastille par jour 95/100]

En avril, ne te découvre pas d’un fil,
Même cette année.
Pourtant, j’ai bien cru venu la semaine dernière,
Le temps de sortir pantalon de toile et t-shirt.
Une seule journée.

Puis, le vent froid s’est levé,
Rappelant le dicton, il a glacé l’atmosphère,
Atrophié les jeunes feuilles du figuier.

Le chauffage a repris son ronron.

J’ai fermé la fenêtre et remis un gilet
En attendant le mois de mai.

Cheminer

[Défi une pastille par jour 94/100]

Sur les pavés
Sur des chemins de terre
Sur des petites routes goudronnées
Sur le bitume autoroutier
Circuler

A pieds
En voiture
En transports en commun
Sur route ou sur rail
Balade

En solitaire
En manif
En rando
En ville
Marche

Dans ma tête
Dans les livres
Dans la musique
Dans le Tardis
Voyages

Il ne tient qu’à moi

[Défi une pastille par jour 93/100]

En voyant les chats, dont la petite Missy qui n’a même pas encore tout à fait un an, aller et venir en toute insouciance, indépendamment de moi — c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’aime les chats : leur caractère indépendant —, en les voyant donc faire leur vie sans moi, j’ai pris conscience au plus profond de mon être, pas seulement intellectuellement, que je pouvais lâcher du lest, aller et venir à mon gré, partir plus de vingt-quatre heures, oser une escapade de plusieurs jours… sans avoir pour autant la sensation de les abandonner.

moitiés d’orange

[Défi une pastille par jour 92/100]

Ce matin j’avais un air de comptine dans la tête. Une chanson que s’est mis à chanter un collègue hier dans l’après-midi. Sur le coup, je me suis demandé ce que c’était, et puis ça m’a dit quelque chose, et je me suis retrouvée dans la cour de récréation à l’école primaire à jouer avec une camarade à se taper dans les mains en chantant.

Ma Rosalie titi ponpon, elle est malade
Elle est malade titi ponpon, du mal d’amour
Pour la guérir titi ponpon, faut d’la salade
Faut d’la salade titi ponpon, trois fois par jour

C’est pas moi, c’est ma sœur,
Qui a cassé la machine à vapeur      

Quand tu me disais, Rosalie
Que tu m’aimais, Rosalie
Moi je croyais, Rosalie
Qu’c’était d’la blague
Quand tu me disais, Rosalie
Que tu m’aimais, Rosalie
Moi je croyais, Rosalie
Qu’c’était pas vrai
Et c’était vrai !

Je crois bien, même, qu’à la fin on se prenait dans les bras.

Ce jeu de mains des cours de récré m’a fait penser au check, le salut geste de reconnaissance qui est une alternative à la poignée de main (pour en savoir plus :  « comment le check s’est imposé dans la vie de tous les jours » ). Certes, il s’agit dans ce cas de frappes d’une seule main et sans chanson, n’empêche le geste a à voir.

Comme les blousons noirs avec les jupons blancs qui sont comme deux moitiés d’orange.

La marée du temps

Texte et Musique : Évelyne Girardon
Extrait de l’album « Amours que j’ai » – Roulez Fillettes – 1990

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Même si la lumière ne vient plus des chandelles,
Il nous reste encore des mois de peine,
Au fronton des manteaux des cheminées,
Il reste encore des trésors cachés.

La mémoire sillonne la marée du temps,
Contre mon oreille un coquillage,
Ce n’est pas la mer, ce n’est pas le vent,
Cette voix qui chante une ballade.

Blousons noirs, jupons blancs,
Sont comme deux moitiés d’orange,
Blousons noirs, jupons blancs.

En ce monde nous marchons sur le toit de l’enfer,
Sur le seuil j’écoute le tonnerre,
Les remparts du ciel martèlent les nuages,
La morsure du vent chante leur vacarme.

C’est pas la lumière des téléviseurs,
Qui chang’ra nos vies, chang’ra nos peurs,
Les stars des légendes qui marchent de travers,
N’abandonnent pas pour autant nos affaires.

Blousons noirs, jupons blancs,
Sont comme deux moitiés d’orange,
Blousons noirs, jupons blancs.

Ne piétinez pas les chansons de bergère,
Aujourd’hui ce n’sont qu’un peu de terre,
Dans ma ville grise, j’ai besoin de rêves,
Un arc-en-ciel juste avant le sommeil.

Je vends les histoires que racontent les vieux,
De celles qui nous rendrons heureux,
Ce sont des mirages pour tous nos déserts,
Poussez les tables et sortez nous des verres.

Blousons noirs, jupons blancs,
Sont comme deux moitiés d’orange,
Blousons noirs, jupons blancs.