Douche cérébrale (1)

Lundi 24 octobre

Hier soir j’ai entendu un chat miauler dehors. Je suis allée voir. Je crois qu’il est dans l’arbre chez les voisins. Ce matin il miaule toujours. Je vais aller frapper chez eux. Mais il est huit heures et demie et je me dis que c’est peut-être encore tôt. Les volets sont fermés. Mais peut-être qu’ils ne sont pas là… Dans ce cas, je fais quoi ? Je passe par dessus la clôture ? J’en serais capable même si je me dis que ça ne se fait pas.

Yogeeti n’est pas rentré depuis plus de vingt-quatre heures, je me demande si ce n’est pas lui qui est coincé là-haut. Raison de plus pour aller l’aider. Donc, j’expédie mes trois pages et j’y vais. Il sera bien neuf heures. J’expédie, oui, mais en écrivant quoi ? J’aurais quand même l’impression d’agir comme une voleuse si je dois passer par dessus la clôture… Ah… J’ai un projet, du moins un objectif, aider un chat, qui est peut-être Yogeeti, à descendre d’un arbre. Bon. C’est même un but, j’ai besoin de l’aide d’autrui. Donc, il me suffit dans un premier temps d’aller sonner à la porte. Et si ça ne répond pas, d’aller sonner chez les voisins d’à côté. Et si ça ne répond pas, de passer par dessus la clôture. J’ai donc plusieurs solutions. Il ne me reste plus qu’à passer à l’action. Je crois que j’ai besoin de me donner la permission… Ok. Je respire un grand coup. Et je prononce la phrase magique : « je reconnais et j’accepte qu’habituellement j’ai peur de déranger, mais, exceptionnellement, pour ce matin, je me donne la permission d’aller sonner chez les voisins pour venir en aide au chat qui miaule dans l’arbre. » Voilà. Je vais y aller. Je suis déjà habillée. Je me suis préparée dès que j’ai entendu miauler. Pas question de traîner ce matin. J’ai pris le temps d’ouvrir mon cahier pour écrire parce que je trouvais qu’il était trop tôt pour aller sonner chez les voisins et pour me donner du courage aussi. Ah la la la la la la. J’en ai besoin de courage, tellement j’ai du mal à sortir de ma coquille. Qu’est-ce que m’avait dit Geneviève l’autre fois ? Que je devais sortir de ma zone de confort… Ben voilà une belle occasion. Toc, toc, toc, bonjour, j’ai entendu miauler, je crois qu’il y a un chat dans l’arbre derrière chez vous. Vous l’avez pas entendu ? Ah, et vous l’abandonnez à son triste sort ! (euh, non, je vais éviter ce genre de remarque.) Est-ce qu’on peut faire quelque chose ?

Je crois que je suis en train de m’enrhumer. J’ai le nez qui coule et qui surtout commence à s’encombrer. Pfffff. Bon, faudrait que je me mouche là, ce qui veut dire me lever pour attraper un mouchoir. Euh, je peux pas finir ma dernière page d’abord ? Bien sûr que je peux. En reniflant un peu. Ce qui n’est pas gracieux. Mais là franchement… Non, en fait, je ne m’en fous pas. Je n’ai à plaire à personne, mais je préfère ce qui est gracieux. Je n’irais pas jusqu’à écrire que je préfère être gracieuse, parce que je ne crois pas l’être complètement. Ouaich… La prise de tête du matin ! En même temps c’est pile poil l’objet de ces trois pages : me libérer la tête. N’empêche… Prise de tête… La coupeuse de cheveux en quatre plutôt. Un seul suffit. Oui, vas-y, Estelle, dépêche-toi de finir pour aller te moucher. Renifler ne va plus suffire, là. Y a une goutte qui continue son chemin jusqu’à l’extrémité de ma narine. Non, elle ne va pas tomber, mais elle me titille. Allez, allez, plus que trois lignes et puis je me mouche et puis je vais ouvrir les volets du salon et puis je vais sonner chez les voisins. J’y suis presque. Voilà. Ça y est. Yes !

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