Mardi matin : sous la pluie

[Estelle a entendu un chat miauler dans l’arbre d’une propriété voisine à vendre. C’est son chat, Yogeeti, qui n’ose plus redescendre. L’échelle qu’Estelle a trouvée chez des voisins est trop courte pour accéder à son chat. Il devra passer une nouvelle nuit perché. Le lendemain matin, Estelle a plusieurs idées en tête, mais il pleut.]

Estelle regarde désespérément le paysage détrempé par la porte-fenêtre de la cuisine. Pas la peine de songer à grimper sur une échelle par ce temps pourri. Il n’y a rien d’autre à faire qu’à attendre. La journée va être longue.

Estelle envoie un texto à son frère Yoann. Un texto le plus concis possible, sans abréviations, par respect de son interlocuteur et de la langue. « Salut, Yogeeti est monté dans un arbre et n’ose plus en descendre. Peux-tu passer demain soir après le boulot ? Est-ce que tu connais quelqu’un qui a une grande échelle ? Merci. A bientôt. Bises. » Au mieux, elle aura une réponse à l’heure du déjeuner.

C’est une fois le message envoyé, qu’Estelle croit se souvenir que ses voisins d’en face au 122, les Cottençon, ont, ou ont eu en tous cas, une grande échelle pour monter sur le toit. Elle se demande pourquoi elle n’a pas pensé tout de suite à eux, qu’elle connait mieux que ses voisins du 43 ou les Marceau du 120. Elle traverse la rue sous la pluie et va toquer à la porte. Une fois. Puis deux. Mais il n’y a personne. Estelle s’encourage : demain, il fera meilleur, les Cottençon seront chez eux et Yoann ira chercher Yogeeti. Il faut être patiente…

De retour sur le pas de la porte-fenêtre de sa cuisine, elle fixe l’arbre, pensant très fort à son chat là-haut, lui transmettant, une nouvelle fois, son soutien, sa confiance, son amour, toute l’énergie dont elle est capable pour le rassurer et l’inciter à descendre de lui-même. Porté par tant de bienveillance, Yogeeti va retrouver la terre ferme. C’est ce qu’Estelle veut croire.

Une petite voix lui dit d’entrer en communication avec lui. A quoi sert d’avoir fait un stage en communication animale l’été dernier si ce n’est pas pour le mettre en application ? Oui, mais… Ses doutes lui rappellent que c’est plus difficile avec ses propres animaux au début. Son mental lui signale qu’elle va être un peu juste en temps aujourd’hui. Estelle soupire pour évacuer sa discussion intérieure sans fin : ok, je le ferai demain, je vais déjà envoyer sa photo au groupe avant de partir au boulot.

Elle s’installe face à son ordinateur, cherche une photo de Yogeeti dans ses albums, surprise de ne pas en trouver une récente. Aucune photo de Yogeeti depuis la fin de l’été. Depuis septembre et l’arrivée de Myrtille, elle n’a plus fait que des portraits de la chatonne. Myrtille l’espiègle, Myrtille la curieuse, Myrtille qui renverse tout ce qui peut être renversé, qui grimpe partout où c’est possible. Myrtille qui a débarqué de nulle part un soir de septembre et qui a élu domicile la maison d’Estelle, comme Yogeeti l’année précédente et comme Mirabob quelques années plus tôt. De deux initialement, Estelle est ainsi devenue l’humaine de cinq chats : Walter, le pacha patriarche, Bagheera, la petite miss câline, Mirabob à l’oreille cassée, Yogeeti, tout doux qui a su se fondre dans la tribu sans bruit et Myrtille, la chatonne à l’énergie débordante. Aucune agressivité de la part des adultes à l’égard de la dernière arrivée. Ils l’évitent prudemment : chacun dans son coin. Aucun signe de solidarité à l’égard de Yogeeti coincé dans l’arbre… Aucun membre de la tribu ne semble touché par ses miaulements désespérés.

Estelle choisit une photo de Yogeeti dans l’herbe grasse printanière et l’accompagne d’une demande d’aide au groupe de communication animale. C’est un appel à l’aide autant pour son chat que pour elle-même qu’elle envoie avant de partir travailler.

La sonnerie du portable annonce l’arrivée d’un message. Estelle vérifie qu’il s’agit de la réponse attendue de son frère. Il passera le lendemain. Il ne connait personne ayant une grande échelle, mais il suggère à Estelle de demander aux Cottençon.  Ce sera fait pense-t-elle en voyant la voiture de ses voisins entrer dans la cour. Demain matin. Elle n’a plus le temps, elle doit rejoindre le péage.

(A suivre…)

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