Mercredi matin avec les voisins

[Yogeeti, le chat d’Estelle, est coincé en haut d’un arbre dans la cour d’une maison voisine à vendre. La jeune femme a tenté d’aller le chercher à l’aide d’une échelle, trop petite, a installé une bâche, sans succès : le chat reste toujours perché, malgré la pluie, malgré l’orage. N’ayant rien pu faire d’autre que d’imaginer de nouvelles solutions le deuxième jour, elle espère retrouver son chat le jour suivant.]

La pluie a fini de tomber mais le ciel demeure couvert et l’atmosphère humide. Peu importe les conditions météorologiques, Estelle est déterminée à aller chercher Yogeeti aujourd’hui. Les mots posés dans son cahier et le thé qu’elle a bu au petit-déjeuner lui ont redonné de l’énergie.

Estelle remonte le panier de la cave, le sangle d’une corde. C’est un panier en osier dans lequel Yogeeti va parfois dormir. Il y a une couverture bleue à l’intérieur. Estelle espère rassurer son chat avec ce panier et pouvoir le faire descendre en douceur. Coup d’œil à la pendule. Neuf heures vingt. Il est temps d’aller rendre visite à monsieur et madame Cottençon.

Estelle traverse la rue et frappe à la porte du 122 qui s’ouvre cette fois. Madame Cottençon portant un tablier écoute les explications de sa voisine qui a l’âge de sa fille, d’ailleurs elles allaient à l’école primaire ensemble.

– Ah, c’est ton chat qu’on entend ? Mais qu’est-ce qu’il est allé faire là-haut ?

Estelle aimerait bien le savoir… Elle bafouille un « je ne sais pas… » , ce n’est pas le moment d’argumenter. Elle vient seulement demander une grande échelle. Que possède effectivement madame Cottençon.

– Oui, j’en ai une dans le garage. Tu peux la prendre bien sûr. Par contre, je ne vais pas pouvoir t’aider à la transporter, j’ai mal à l’épaule.

Estelle propose de repasser plus tard dans la journée, avec Yoann. Madame Cottençon hésite.

– On sera parti…

– Mais elle est bien lourde cette échelle ?

– Viens voir.

Estelle suit sa voisine dans son garage. De l’autre côté de la rue, monsieur et madame Séville discutent de l’installation d’un volet roulant devant leur porte d’entrée. Aperçevant madame Cottençon en compagnie d’Estelle, ils viennent les saluer.

– Bonjour. Alors vous avez une grande échelle pour aller chercher le chat ?

– Oui, seulement je ne peux pas la porter à cause de mon épaule.

Madame Séville se tourne vers son mari :

– Dis, tu peux lui donner un coup de main, toi ?

– Oui bien sûr.

Monsieur Séville entre dans le garage et décroche l’échelle fixée au mur.

– On va passer par dessus le portail, ce sera plus simple.

Estelle fait oui de la tête. Madame Séville répond à la moue interrogative de madame Cottençon :

– Comme Marie-Christine et Jean-Paul ne sont plus là, on ne peut pas rentrer. C’est tout fermé.

– Ah… Bon, vous m’excusez quelques minutes j’ai des haricots sur le feu.

Et tandis que madame Cottençon disparait dans sa maison, madame Séville dit à Estelle avoir entendu son chat miauler la veille au soir.

– Oh la la, quelle tristesse ! Ça fait deux jours maintenant. Pauvre chat.

– Il miaule quand il m’entend rentrer, ou dès que j’ouvre la fenêtre.

– Ah oui, il reconnait la voiture ! C’est qu’ils sont malins. Tu sais que Walter vient nous voir dès qu’ils nous entend rentrer. Il vient chercher ses croquettes.

– Oh madame Séville, vous n’êtes pas obligée de lui en donner.

– Ah mais, j’y tiens. Je l’aime ton chat, tu sais.

Estelle le sait effectivement. Elle sourit, un peu gênée. Un peu forcé le sourire. Elle n’attend qu’une seule chose être dans la cour de la maison de Marie-Christine et Jean-Paul. Madame Cottençon réapparait et la petite troupe traverse la rue dans l’autre sens en direction de la maison 42. Estelle et monsieur Séville portent l’échelle, chacun à un bout. Madame Séville interpelle le compagnon de madame Martin occupé dans son garage ouvert.

– Dites, vous ne voudriez pas nous donner un coup de main ? Vous pourriez monter dans l’arbre.

– Oh la, non ! J’ai le vertige. Mais, vous avez prévenu Marie-Christine et Jean-Paul ? Parce qu’imaginez qu’ils passent et vous trouvent chez eux, ça ne va sûrement pas leur plaire. Vous connaissez le caractère de Marie-Christine…

Estelle acquiesce :

– Oui, bien sûr qu’il faut les prévenir. Je suis complètement d’accord, mais je ne sais pas où les joindre alors je reste focalisée sur le plus pressé, c’est-à-dire mon chat. Cela dit, si vous avez leur numéro, je les appelle.

– Oui, je peux vous le donner. Attendez…

Tandis que monsieur Ollivier fait défiler les numéros du répertoire de son smartphone, Estelle court chez elle chercher de quoi écrire.

– Voilà, je vous écoute.

Monsieur Ollivier tient son portable à bout de bras, plisse les yeux, il dicte deux numéros à Estelle. Elle s’isole dans l’entrée de sa maison et compose le premier. C’est une voix d’homme inconnu qui lui répond. Estelle balaye le doute qui lui traverse  l’esprit — qui cela pourrait être d’autre que Jean-Paul ? — se présente succinctement en tant que la voisine du lotissement et demande l’autorisation d’enjamber la clôture pour aller chercher son chat coincé dans l’arbre. La réponse de son interlocuteur fait comprendre à Estelle que son doute était fondé et qu’il y a erreur sur la personne.

– Quel arbre ? Ma mère habite effectivement le lotissement de Chaponay, au 43, mais il n’y a pas d’arbre dans sa cour.

– Au 43 ? Oh, pardon excusez-moi. Je me suis trompée de numéro. Pardon, désolée…

Et Estelle raccroche, confuse (la prochaine fois ça vaudrait le coup de demander qui est au bout du fil). Elle sort dire à son voisin qu’il ne lui a pas communiqué le bon numéro.

– C’est le fils de Marie-Rose qui m’a répondu…

– Ah…

Monsieur Ollivier cherche à nouveau dans son répertoire et lui donne un autre 06. Estelle s’isole à nouveau, laissant ses voisins papoter. Personne ne décroche, mais elle arrive sur le répondeur de Marie-Christine. Elle laisse un message et compose le deuxième numéro, celui de Jean-Paul, cette fois. Estelle se présente à son ancien voisin qu’elle connait sans le connaître, c’est-à-dire de vue seulement, sans avoir jamais vraiment échanger un mot avec lui, tout au long de ces années de voisinage — combien d’années au juste ? Elle ne saurait le dire. Par contre, aujourd’hui elle a quelque chose à lui dire, quelque chose d’important à lui demander. Elle lui dresse le tableau, lui demande l’autorisation de passer par dessus la clôture pour aller récupérer son chat. Ce à quoi il répond par le oui attendu. Estelle est soulagée. Elle le remercie et va transmettre son feu vert à ses voisins qui l’attendent dehors sans madame Cottençon retournée à ses fourneaux.

Monsieur Ollivier propose de passer par la petite barrière devant chez lui, au lieu de faire le tour par derrière.

(A suivre…)

 

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