Elément bois

[Yogeeti, le chat d’Estelle, est coincé en haut d’un arbre dans la cour d’une maison voisine à vendre. En trois jours, cette dernière a cherché et testé différentes solutions pour le faire redescendre, sans succès, même avec l’aide de ses voisins ou de son frère : il reste perché. Au quatrième jour, de retour de son poste de travail, Estelle fait appel à un ami qui lui a proposé de lui venir en aide si elle en avait besoin.]

Estelle explique à Christophe qu’il va falloir passer par dessus la clôture derrière la maison, mais il s’arrête sur le pas de la porte.

– Vas-y, je n’ai pas fait le ménage.

Ce n’est jamais vraiment sa priorité, aujourd’hui c’est le cadet de ses soucis, même si elle est un peu gênée vis-à-vis de son visiteur, mais que Christophe n’ose pas entrer en chaussures la surprend et la rassure sur l’aspect de relative propreté de son intérieur.

– Est-ce que tu aurais une boîte de transport que je pourrais utiliser pour faire descendre ton chat sans risque ?

– Ah oui bien sûr. Ce sera mieux qu’un panier… Je vais la chercher. Elle est à la cave.

Sur la terrasse, Estelle précise à Christophe qu’elle a prévenu Yogeeti de sa venue.

– C’est bien. Dis-moi, c’est un drôle de nom Yogeeti.

– C’est le titre d’un spectacle de la compagnie Käfig, une compagnie de danse hip-hop que je suis depuis plusieurs années. J’aime beaucoup le travail de Mourad Merzouki. Je lisais un article sur les vingt ans de sa compagnie et le nom m’a fait tilt. Yogeeti venait d’entrer dans ma vie et je ne savais pas encore comment l’appeler. J’ai trouvé que ça lui allait bien.

Ils traversent la cour, enjambent le grillage, Christophe avec sa corde, Estelle avec la boîte et le marche-pied. Madame Séville, dans son jardin, les interpelle :

– Vous dites si vous avez avez besoin d’un coup de main.

– Oui, merci madame Séville.

Contrairement à Yoann la veille, Christophe estime que le marche-pied est utile pour passer par dessus la clôture. Dans l’arrière cour, il évalue la hauteur de l’arbre. Il s’interroge sur la présence de la bâche.

– C’était pour inciter Yogeeti à sauter, mais ça n’a pas servi à grand chose. Ça ne l’a pas du tout inspiré.

– Autant la détacher alors.

– Oui, tu as raison. Je vais chercher une paire de ciseaux.

Estelle court chez elle et revient couper les ficelles qui maintenaient artisanalement mais assez fortement la bâche suspendue à deux mètres du sol. Christophe cherche Yogeeti du regard.

– Il est où ? Je ne le vois pas… Ah si. Il est haut…

– Oui.

Christophe s’agrippe à l’échelle et monte en souplesse. Il appelle doucement Yogeeti. Estelle l’observe tout en s’adressant mentalement à son chat : « c’est Christophe Yogeeti. Il vient t’aider à descendre. N’aies pas peur. Viens. »

A la cime de l’échelle, Christophe fait le même constat que Yoann la veille : l’écorce est très humide.

– C’est encore drôlement glissant. Je ne vais pas avoir de prise… Yogeeti… Yogeeti… Viens par là. Tu es un chat magnifique. Viens, approche… C’est dommage que ce soit autant mouillé.

Estelle se tient droite, toute tendue au pied de l’arbre, à l’écoute des paroles de Christophe.

– Ah non, je ne peux pas monter sur une branche. C’est vraiment trop glissant.

Sous l’armure qui maintient encore Estelle debout c’est l’effondrement : combien de temps Yogeeti va-t-il pouvoir tenir là-haut ?

Un bruit vient déchirer la tension. Un bruit de volet roulant électrique. Signe de vie dans la maison. Il y a quelqu’un. Estelle s’agite. Elle ne voit personne dans la véranda qui reste fermée. Elle se rue du côté de la cour au-delà du garage, tente de voir par dessus le portillon qui ouvre sur le devant de la maison, revient sans avoir rencontré personne. Christophe est descendu de l’arbre :

– Il y a quelqu’un à l’intérieur.

Estelle ne voit toujours personne, jusqu’à ce qu’un jeune homme qu’elle ne connait pas sorte de la véranda. Elle se précipite sur lui pour se présenter, lui expliquer la raison de sa présence. Le jeune homme n’est pas le moins du monde dérangé,  ni offusqué par le fait de trouver deux personnes dans la cour de la maison à vendre. Il prête une oreille attentive à l’histoire de Yogeeti. Il lève la tête, ne le voit pas pas, l’aperçoit, puis, à nouveau, ne le voit plus.

– Il se confond avec les branches !

Estelle sourit. Evidemment que Yogeeti se confond avec les branches, il est couleur bois. C’est la raison pour laquelle elle l’associe à cet élément. Même si elle estimait que quatre chats c’était bien suffisant, elle se disait au fond d’elle-même que cinq ça aurait du sens : un pour chacun des éléments définis en énergétique chinoise : Walter, blanc tigré gris, le métal ; Bagheera, noire, comme l’eau en profondeur ; Yogeeti, tigré écorce et regard vert, le bois ; Mirabob, roux à l’estomac fragile, la terre et Myrtille la pétillante, le feu.

Monsieur Séville est dans le champ de l’autre côté de la clôture. Le jeune homme inconnu le salue et se présente enfin :

– Je suis l’ami d’Alexandra. Un ami. J’habite à côté et je viens donner un coup de main pour la vente de la maison. Il y a deux visites ce soir.

Il lève à nouveau la tête.

– Et donc, il ne veut pas descendre ? Mais qu’est-ce qu’il est allé faire là-haut ?

Christophe lui explique qu’il vient de monter mais que l’arbre est trop mouillé pour qu’on puisse se tenir sur une branche. L’ami de la fille de Marie-Christine s’approche de l’arbre. Il a envie d’essayer de monter à son tour.

(A suivre…)

 

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