Monter ou faire descendre

[Quatre jours que Yogeeti, un chat, est coincé en haut d’un arbre dans la cour d’une maison voisine à vendre. Son humaine, Estelle, a cherché différentes solutions pour le faire redescendre, sans succès jusqu’à présent, même avec l’aide de ses voisins ou de son frère : il reste perché. Christophe, un ami venu l’aider à son tour fait le même constat que son frère la veille : l’arbre est trop mouillé pour grimper aux branches. Alors qu’ils sont encore dans la cour de la maison, arrive un ami de la fille de la propriétaire : il doit faire visiter la maison. En attendant la personne avec laquelle il a rendez-vous il essaierait bien de monter dans l’arbre.]

– J’ai le vertige, mais je fais de la via ferrata depuis plusieurs années.

Les paroles du jeune hommes font un nœud dans la tête  d’Estelle : quelle idée saugrenue de faire de la via ferrata quand on a le vertige. C’est complètement incongru pour elle. Quelque peu abasourdie, elle le regarde escalader l’échelle et chercher à poser un pied sur une branche. Christophe le met en garde.

– Attention c’est glissant.

– Oui, je vois ça. Pourtant… Ah, c’est dommage… Si je pouvais… Ah non ça ne va pas le faire…

Il finit par redescendre.

– Ouh, mais c’est qu’il est inaccessible l’animal. Faudrait le faire descendre en lui faisant peur. Peut-être qu’en lui lançant un morceau de bois…

Estelle change de tête. Elle est incapable de dire un mot mais son visage parle pour elle : prendre le risque de le faire tomber ! Non, mais ça va pas ! Le jeune homme lui sourit :

– Je ne vais pas l’assommer, je veux seulement lui faire peur pour le faire bouger.

C’en est déjà trop pour Estelle, pétrifiée à l’idée de voir tomber Yogeeti. L’ami d’Alexandra attrape une petite bûche sur le tas dans le fond de la cour, vise et la lance. Pas assez fort. Estelle respire, mais le jeune homme recommence. Une fois, deux fois, trois fois… Des bûches viennent taper le tronc de l’arbre avant de retomber, d’autres restent accrochés à travers le branchage. Le jeu à l’air de bien l’amuser.

– Il va être content Jean-Paul quand il va voir son tas de bois éparpillé !

Ça le fait rire. Estelle, pas du tout. Elle tremble pour son chat et de froid. Madame Séville crie de son jardin :

– Faut lui lancer de l’eau ! C’est comme ça que font les pompiers. Faut lui lancer de l’eau !

Son mari resté dans le champ intervient :

– Mais enfin, comment veux-tu qu’on l’atteigne. On n’a pas de lance comme eux.

– Et une société d’élagage ? On pourrait faire appel à une société d’élagage. Il y en a une pas très loin. J’ai noté son nom dans le bottin tout à l’heure avec ma petite-fille. Attendez… Je l’ai là : Dauphinélagage.

Christophe sort son smartphone. L’ami d’Alexandra aussi. Le premier à la recherche des coordonnées de Dauphinélagage, le second pour tenter de joindre la personne avec laquelle il avait rendez-vous pour la maison.

– C’est bizarre que le premier rendez-vous ne soit pas encore là…

– Je l’ai, Estelle. Tu veux que j’appelle ?

Sans smartphone, transie et perdue, Estelle est seulement en mesure d’acquiescer d’une faible voix :

– Oui, s’il te plait. Merci. Autant chercher à les joindre tout de suite.

– Ah, le premier rendez-vous est annulé. La personne qui devait venir a eu un contre-temps.

– Ils ne vont pas pouvoir venir aujourd’hui. Par contre, ils sont prêts à passer demain si Yogeeti est toujours là-haut. Je t’envoie leur numéro sur ton portable ?

– Oui, s’il te plait. Merci.

L’ami d’Alexandra propose une autre solution :

– Ce qu’il faudrait sinon, c’est une échelle de vingt mètres, une échelle de charpentier.

Christophe connait peut-être quelqu’un :

– Je peux voir avec un collègue et je te fais suivre l’info, si c’est ok.

Estelle fait oui de la tête.

Reste la question de l’accès à l’arbre. Plongé dans son smartphone, l’ami d’Alexandra propose de ne pas fermer le portail à clé en repartant le soir.

– Ce sera plus simple. Je vais demander à Jean-Paul, mais je ne pense pas que ça risque grand chose, le quartier est tranquille.

Estelle le remercie. Elle remercie aussi Christophe d’être venu et le raccompagne jusqu’à sa voiture en faisant le tour de la maison.

– Ça va aller ?

– Euh, oui.

– T’inquiète pas. Il a une grande confiance en toi ton chat.

– Plus que moi sans doute…

– Tu me tiens au courant pour la société d’élagage et je te dirai pour l’échelle de vingt mètres.

– Ok, ça marche. Bonne soirée et bonjour à Isabelle.

Estelle rentre se mettre au chaud chez elle. Elle vérifie sur son portable qu’elle a bien reçu le numéro de la société d’élagage, le relève sur un papier. Ses gestes sont mécaniques. Elle est toute à ses pensées, elle imagine combien Yogeeti doit avoir froid perché sur sa branche. La sonnerie du téléphone la sort de sas triste rêverie. C’est son frère, Yoann, qui vient aux nouvelles. Elle lui raconte la situation, il lui dit qu’il rappellera le lendemain. Et puis quelqu’un sonne à la porte : madame Séville a une nouvelle solution.

(A suivre)

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