Le TRIO – épisode 5

Le trio traverse le quai Branly et longe la Seine. Aux abords de l’exposition Photo Quai, Lou se dit qu’elle ferait bien une image de l’entrée de l’installation, mais un vigile est posté là, sans avoir, semble-t-il, l’intention de bouger.

Lou : Ce se serait bien qu’il aille faire sa ronde.

Axelle : On pourrait peut-être lui dire de partir, ou au moins de sortir du cadre…

Lou : Non, laisse tomber, c’est pas grave. On repassera.

Axelle : En fait, il voudrait être sur la photo !

Lou : Oui, ça doit être ça. Mais, bon, moi, je ne veux personne dans le cadre, je veux juste le lieu.

Nina : Je comprends, mais en même temps c’est paradoxal parce qu’un lieu d’exposition c’est plus représentatif avec des visiteurs. C’est plus vivant avec des personnes, fut-ce un gardien.

Lou : Oui, je sais bien, mais ce ne sont pas les gens qui m’intéressent pour cette photo. C’est l’espace. Bref, on y va ?

Le trio entre dans l’espace d’exposition, passe rapidement devant certains panneaux, s’attarde sur d’autres. Lou fait quelques clichés. Nina achèterait bien le catalogue d’exposition, mais la librairie au cœur de l’installation n’est pas encore ouverte.

Nina : Il est presque onze heures, on traverse jusqu’au musée ? On repassera avant d’aller à la gare, si on peut.

A l’entrée du musée, les guichets sont automatiques. Axelle se demande s’il est possible d’acheter un billet par carte bleue, le tarif n’étant pas élevé. Nina se moque gentiment :

Nina : Eh ! On est à Paris ! La carte passe à peu près partout ! Regarde !

Axelle : Presque, peut-être, mais pas de partout. Tu as bien vu au théâtre hier soir.

A l’accueil, il faut présenter son sac ouvert à un vigile. Nina lui demande s’il est possible de déposer son bagage. Il lui indique le vestiaire au sous-sol. Le trio se défait avec soulagement de son chargement et entame la visite de l’exposition maori.

Il y a de grands panneaux, des vidéos et au milieu de la première salle une pierre de Nouvelle Zélande. Lou pose la main dessus comme y invite une étiquette. Elle aime le contact avec la matière et l’idée qu’elle entre ainsi en communion avec l’esprit maori.

Il y a beaucoup de choses à voir, à lire. Axelle regrette de ne pas réussir à retenir les noms cités en maori. Le trio découvre l’histoire d’un peuple, ses mythes, sa culture.

A midi et demi, Nina estime qu’il serait nécessaire de presser le pas.

Nina : Si on veut manger avant d’aller à la gare, il nous reste à peine une heure de visite.

Axelle : Combien reste-t-il de salles à voir ?

Nina : Aucune idée.

Lou : ce serait dommage de ne pas tout voir…

Nina : Et encore plus de rater le train.

Le trio progresse dans sa visite. L’attention portée à l’heure en gâche un peu la fin, mais à treize heures vingt-cinq, il se présente au café restaurant du musée.

Une seule table de libre, personne pour l’accueil, le trio s’assied. D’autres personnes entrent à leur tour et attendent debout. Un couple de personnes âgées intercepte un serveur et lui demande s’il est possible de déjeuner. Le serveur répond qu’il y a un peu d’attente.

Axelle : Qu’est-ce qu’on fait ? On reste ou on s’en va ?

Nina cherche un serveur des yeux sans qu’aucun des trois qui slaloment entre les tables ne lui prête attention.

Nina : On patiente cinq minutes et on se casse !

Les minutes sont longues, le silence pesant.

Lou : Bon, ben, je crois que ce n’est pas la peine de s’éterniser ici.

Nina : Tu as raison. Allez, on y va !

Alors que le trio quitte le restaurant, le couple de personnes âgées s’installe à sa table. Tout en filant jusqu’à la station de métro, Nina fulmine intérieurement contre le serveur, Axelle ne pense qu’à rejoindre la gare au plus vite, Lou se demande s’il va leur être possible de trouver quelque chose à manger avant de prendre le train.

Lou aurait bien suivi la direction de Bir Hakem, mais Nina a bifurqué sur le Champ de Mars.

Nina : On va récupérer directement la ligne 8.

Axelle : A quelle station ?

Nina : La plus proche … Ecole Militaire ou La Motte Piquet, je ne suis pas sûre… Disons la Motte Piquet, on connait mieux le secteur.

Le trio poursuit sa marche rapide en direction du Boulevard de Grenelle. Axelle se demande si c’est la bonne option jusqu’à ce qu’elle aperçoive, autant soulagée que surprise, la bouche de métro, à deux pas d’un passage clouté.

Axelle : Ah ! Je l’imaginais plus loin !

Nina : Tu n’avais pas confiance ?

Axelle : Et toi, tu étais sûre de toi ? Tu connais suffisamment Paris pour savoir où tu vas peut-être ?

Nina : La preuve que oui !

Lou : Avec une part de chance… Avoue.

Nina : Oh, ce que vous pouvez être rabat-joie parfois ! Vous pourriez être plus reconnaissantes, non ?

Ligne 8, ligne 14, le trajet se déroule sans encombre. A cette heure, les couloirs et les rames sont fluides. A la sortie du métro Gare de Lyon, le trio cherche un stand où acheter un encas. Lou avise un kiosque.

Lou : Là, ça vous dit ?

Nina : Pourquoi pas.

Le trio s’approche, Lou lit consciencieusement le panneau affichant le contenu des sandwiches.

Axelle : On te laisse choisir.

Avant de passer commande un doute l’assaille. Combien lui reste-t-il de monnaie ? Plus que ce qu’elle croyait. Elle paie et le trio rejoint les quais. Nina consulte le tableau des départs.

Nina : Voie J comme j’arrive !

Le trio monte dans le TGV déjà en place. Axelle n’a qu’une envie, s’installer et manger. Avant le départ du train, elle a dévoré son Panini tomates mozzarelle et une part de tarte aux abricots.

Une voix dans le haut-parleur annonce la destination du TGV et la fermeture des portières. Dans deux heures quatre le trio sera à Lyon.

Le contrôleur traverse la voiture, s’arrête pour ramasser quelque chose au niveau du porte-bagages.

Le contrôleur : Y a-t-il une Héléna Letrio parmi vous ?

Lou tourne la tête, Nina fronce les sourcils, Axelle ouvre la bouche. La jeune femme se lève, fait un pas dans l’allée centrale.

LNA : Oui, c’est moi.

Le contrôleur lui tend une étiquette.

Le contrôleur : Elle a dû tomber de votre bagage.

LNA : Ah merci, je vais la rattacher.

Tandis que le contrôleur reprend sa traversée des voitures, LNA Letrio fixe l’étiquette à son sac de voyage, retourne à sa place et ferme les yeux.

Lou : Allez, petite sieste.

Nina : Un peu de repos ça ne peut faire que du bien.

Axelle : Au revoir Paris !

 

LE TRIO – épisode 4

La serveuse reparait pour la suite de la commande : ce sera café gourmand déca. Elle  prend note sur son carnet, puis débarrasse la table.

Lou : Je la trouve sympathique cette serveuse.

Axelle : Peut-être, mais le serveur est pas mal.

Lou : Oh !

Axelle : Ben quoi ?

Nina : Et sinon, pour demain ? On va bien au Musée du Quai Branly ?

Lou : Evidemment ! Par contre il n’ouvre qu’à onze heures.

Nina : Ça nous laissera le temps de faire le tour de l’expo extérieure.

Axelle : Si le temps le permet…

Lou : Oh, mais bien sûr qu’il va le remettre ! Je n’ai pas souvenir que Météo France prévoyait de la pluie pour mercredi. C’était mardi le jour critique. Ah voilà le dessert !

Le trio remercie la serveuse et baisse la tête sur les trois mignardises qui composent l’assiette du café gourmand. Par laquelle commencer ? Quelques secondes d’hésitation et l’ensemble est bientôt englouti entre deux gorgées de café.

Axelle cherche à lire l’heure sur l’horloge lumineuse au-dessus du comptoir, mais une plante verte sur le meuble des couverts au milieu de la salle fait écran. Alors que deux personnes viennent s’installer à la table d’à côté, le trio, rassasié, décide de rentrer.

Nina interpelle la serveuse. Le paiement effectué, le trio regagne la station de Notre Dame des Champs.

Le retour n’est pas direct, mais pas très long. Nina sonne à l’interphone de l’hôtel. La porte s’ouvre, le trio s’engage dans le couloir, monte les quelques marches qui mènent à l’ascenseur situé entre deux paliers, s’arrête, surpris d’être interpelé par le veilleur de nuit. Nina fait un pas en direction de la loge d’accueil. Le veilleur de nuit voudrait savoir si le trio prendra un petit déjeuner le lendemain matin. Nina répond par l’affirmative. Elle croyait l’avoir précisé dans la réservation.

Axelle a appelé l’ascenseur. Une fois à l’intérieur le trio s’anime.

Axelle : Et comment qu’on prend un petit déjeuner !

Nina : C’est tellement évident. La question ne se pose pas !

Lou : Quitter l’hôtel le ventre vide, non mais c’est pas possible !

Dans sa chambre, Lou s’assied sur le lit et ouvre Electrico W sur la page de dédicace.

L’écriture est fine, étirée. Lou doit faire un effort pour déchiffrer le mot aux allures de ligne accidentée au-dessus de la signature. Un horizon. Hors  contexte (celui de la dédicace), hors cotexte (celui de la page) aurait-elle identifié un adverbe, puis l’adverbe en question ? Chaleureusement. Concentrée sur le jeu de décryptage, Lou revoit le « mer si beau coup » que lui avait envoyé Hervé Le Tellier en réponse au message d’anniversaire qu’elle lui avait posté sur Facebook. « Merci beaucoup » , les seules paroles qu’elle a été capable de prononcer tout à l’heure. Comme un écho lointain. Lou sourit aux anges. Elle range précautionneusement le roman et rassemble ses affaires : l’excursion parisienne prend fin demain.

Axelle ouvre les yeux et écoute le silence avant de s’étirer. Elle apprécie de ne pas avoir été réveillée par des bruits extérieurs, désagrément urbain fréquent. Elle se dit qu’il est très bien ce petit hôtel et qu’elle en conservera l’adresse pour une prochaine occasion d’escapade à la capitale. Un dernier soupir d’aise et elle se lève. Elle ouvre le rideau sur un temps gris sans être pluvieux. La vue sur les toits et façades voisines est intéressante. Axelle sort son appareil photo, ouvre la fenêtre et l’immortalise en numérique. Elle se demande si ce n’est pas une habitude à prendre : photographier la vue de chaque chambre d’hôtel dans laquelle elle sera amenée à dormir. L’idée d’un album de ce type lui plaît.

Petit déjeuner pris, bagages faits, facture en poche, le trio quitte l’hôtel et entame une petite marche jusqu’au Quai Branly. La balade serait plus agréable sans un sac sur le dos. Nina pense à ce que doit encaisser sa colonne vertébrale. Si le poids de la charge n’est pas excessif, la position n’en demeure pas moins inconfortable et il lui est nécessaire de basculer son chargement régulièrement d’une épaule à l’autre pour inverser la courbure.

En mode silence du réveil cérébral en douceur, le trio fait une pause sur le Champ de Mars pour quelques photos. Lou est en train d’extraire son appareil de son sac quand un touriste l’aborde pour lui demander de le prendre en photo devant la Tour Eiffel. Lou s’exécute bien volontiers et avec application. Puis elle se retourne pour le photographier devant le monument de l’autre côté de la rue. Il l’a remercie et lui demande le nom de ce monument. Lou est incapable de le renseigner. Nina s’apprête à sortir un plan de Paris de sa poche, mais le jeune homme s’est déjà éloigné avant de s’arrêter quelques pas plus loin.

Axelle : Ah ! Il vérifie les photos ! J’espère que tu as bien cadré !

Lou : Pas trop mal, je crois. Bon, à moi, maintenant.

Lou cadre un pied de la Tour Eiffel et les arbres de l’allée, puis tourne autour du Mur pour la Paix. Au centre, une jeune femme a installé son appareil sur pied. Le trio traverse le Champ de Mars. Les pancartes au bord des pelouses interpelle Axelle : « Pelouses au repos » … L’image d’une pelouse qui se repose lui semble saugrenue.

Plus le trio approche de la dame de fer, plus les touristes sont nombreux. Lou expérimente les gros plans de la structure métallique. Nina montre quelques signes d’impatience.

Nina : Bon, on continue jusqu’au Quai Branly ou bien ?

Lou : Oui, oui, ça va ! Le musée ouvre seulement à onze heures.

Nina : Oui, je sais, mais l’expo sur le quai. Si on veut avoir le temps de la voir, il vaut mieux arriver plus tôt.

Axelle : T’aime pas la Tour Eiffel ? Tu l’as trouve trop touristique ?

Lou : Allez, zou ! On est partie !

Le TRIO – épisode 3

La caissière insiste : l’entrée est à trente euros, ce qui représente une somme certaine. Elle tape sur son clavier en expliquant qu’elle va voir ce qu’elle peut faire. Il lui reste des places au tarif groupe, ce qui met la place à moitié prix, quinze euros.

Nina la remercie et lui tend sa carte bleue, mais la caissière la refuse : le règlement s’effectue en espèces. Nina a un temps d’hésitation. Elle baisse la tête sur son porte-feuille se demandant si elle a la somme, puis tend, soulagée, les billets à la caissière. Celle-ci lui indique comment accéder à la salle qui se situe au deuxième étage.

Axelle : Waouh ! Juste à l’heure et une entrée à demi-tarif ! Franchement, c’est génial ! Bon, ça va faire manger un peu tard, mais je ne peux pas dire que j’aie faim.

Nina : Moi non plus.

Lou : Et moi non plus. Par contre faut que j’aille aux toilettes. J’espère que j’ai le temps…

Nina : Oh oui. T’inquiète.

Lou s’éclipse et reparait à l’ouverture des portes de la salle. Le trio suit le mouvement des spectateurs et pénètre dans un antre sombre, déjà bien remplie. Il reste quelques places sur les bords.

Axelle : On n’est pas mal là.

Nina : Ouais, pas mal du tout.

Nina essaie de se souvenir d’une critique qu’elle a lue au sujet de cette pièce. Elle se souvient surtout qu’il s’agissait d’une bonne critique.

Le comédien entre par l’allée des spectateurs. Dans le noir, Nina sent sa présence. Puis entend les premiers mots. En anglais. Passés quelques instants nébuleux, Axelle est heureusement surprise de se rendre compte qu’elle comprend : Shakespeare est accessible !

Les textes s’enchaînent sur différents modes émotionnels. Lou frissonne. Elle se demande si elle ne va pas en faire des cauchemars. Le comédien est magistral. Les chaises qui apparaissent de plus en plus petites sur la scène rappellent à Nina que la critique en parlait. Lou fredonne presque avec le comédien : ça tourne pas rond dans ma p’tite tête… Elle se remémore ce dimanche après-midi de son enfance où elle a entendu cette chanson pour la première fois à la télévision. Les paroles l’avaient d’abord énervée : c’est quoi cette histoire de gamin capricieux qui mériterait une bonne paire de claques ! La fin du dernier couplet l’avait refroidie et déstabilisée :

J’sais pas c’que j’ai, j’aime bien faire mal
Depuis que mon petit frère s’est noyé
Et qu’on dit que j’l’ai poussé…

Fin du spectacle. Des salves d’applaudissements saluent la performance du jeune comédien. Alors que des personnes sont déjà en train d’échanger des commentaires, le trio quitte la salle en silence. La lumière forte du couloir marque le retour à la réalité.

Nina : Ça vous dit de manger ici ?

Lou : Oui, pourquoi pas ?

Axelle : C’est une bonne idée. Pas la peine d’aller chercher plus loin.

Le trio gagne la salle du restaurant. Il reste quelques tables de libres. Une serveuse installe le trio et lui propose le menu. Il s’accorde sur les pennes. Lou commande un verre de vin.

Lou : Faut se faire plaisir dans la vie.

Nina : Oui, tu as raison.

Lou : On trinque ?

Axelle : A l’eau ?

Lou : Ben oui.

Axelle : Mais à quoi ?

Nina : A ce séjour parisien magique !

Lou : A la folie !

Axelle : Il est pas mal ce restaurant, quoique un peu sombre. Qu’est-ce que vous avez pensé de la pièce ?

Nina : Que du bien.

Lou : Trop fort ! Je me dis qu’il faut être sacrément sain d’esprit pour jouer un tel spectacle sans risquer de basculer…

Axelle : Tu veux dire du côté obscur ?

Lou : Non ! Mais t’imagines ! Ils sont puissants ces textes. Il y a de quoi être entraîné sur les pentes de la folie.

Nina : En même temps, c’est le boulot du comédien. Il sait faire la part des choses. Il n’est pas comme toi.

Lou : Ah, c’est censé être drôle ? Sérieusement, ça ne vous touche pas plus que ça ? Vous ne pensez pas que ça puisse être perturbant ?

Axelle : Ben non. C’est le jeu du comédien. Pourquoi un rôle de fou serait plus perturbant qu’un autre rôle ?

Lou : Ça remue des choses profondes. Les autres rôles aussi bien sûr. Mais là, j’sais pas… J’y vois un degré supplémentaire.

Nina : Et si on mangeait avant que ça refroidisse ?

Lou : Oui, on mange. N’empêche j’ai été fort impressionnée par euh… Comment s’appelle-t-il d’ailleurs ?

Nina : Arnaud Denis.

Lou : Quelle performance !

Axelle : Ouais. Tu n’es pas la seule à avoir été impressionnée. Hmmmmm. C’est bon.

Le trio savoure son plat de pennes.

Nina : On est bien, vous ne trouvez pas ?

Axelle et Lou : Oh que oui !

Nina : Je ne sais pas comment sera la journée de demain, mais jusqu’à présent, tout s’est déroulé on ne peut mieux.

Axelle : A l’exception de la SNCF, mais c’est tellement récurrent que ça en devient normal, si j’ose dire…

Lou : Pour une fois que le TER était à l’heure, c’est le TGV qui avait du retard. C’est hallucinant ! Mais bon, c’est vrai qu’une fois à la capitale, on a réussi à dérouler le programme prévu.

Axelle : Heureusement que c’était le jour de la nocturne pour Fra Angelico, hier, sinon on arrivait trop tard.

Nina : Ça fait toujours un drôle d’effet de voir en vrai des tableaux vus dans des livres ou en diapos. Mais ce que j’ai préféré ce sont les enluminures.

Lou : Ah oui, ces pages de livres géants ! Quel travail !

Axelle : Et aujourd’hui qui aurait pensé qu’on soit là à temps ce soir pour Autour de la folie ?

Nina : On est vernie !

Lou : Le hasard fait bien les choses.

Axelle : Le hasard ?

Nina : Quoi d’autre ? Tout s’est effectivement bien combiné, on ne peut que s’en réjouir.

Lou : Le hasard et nous, on peut dire. Parce que si on avait hésité ou renoncé parce qu’on estimait qu’on n’avait pas le temps, on n’aurait jamais fait tout ça.

Axelle : C’est pas faux.

Lou : On est trop forte !

 

LE TRIO – Episode 2

Le trio entre dans la librairie. Des étagères, des tables, des piles de livres. C’est un bel espace. Nina aperçoit une mezzanine. Des personnes sont assises et attendent.

Nina : on dirait que c’est là-haut que ça se passe… On n’est même pas en retard !

Axelle : Le quart d’heure académique ! Mais il y a une interview ? Je pensais qu’on allait juste faire la queue pour la dédicace.

Lou : Moi aussi en fait. Mais c’est mieux s’il y a un échange.

Nina : C’est même normal pour une rencontre dédicace…

Lou : Ben oui. On monte par où ? Ah, par là, l’escalier sur la droite !

Soudain, un inconnu déborde le trio dans l’allée centrale. Lou fixe le dos de l’homme qui fonce droit devant en direction du fond de la librairie.

Lou : Vous croyez que c’est lui ?

Axelle : Je ne le connais pas assez pour pouvoir le reconnaître, mais je ne crois pas : il boîte.

Nina : Faut qu’on se dépêche là, si on veut avoir une chance de trouver une place pour s’asseoir.

Lou : Oui, oui. N’empêche, ce serait une sacrée drôle de coïncidence d’arriver en même temps que lui…

Le lieu dévolu à l’interview est un espace carré. Une trentaine de chaises sont disposées face à une table sur laquelle sont empilés des exemplaires d’Electrico W, le dernier roman de l’auteur oulipien. Le tiers des places est occupé. Il y a principalement des femmes. Le trio s’installe au troisième rang.

Nina : Si la rencontre dure trop longtemps, nous ne pourrons jamais rejoindre le Lucernaire à  l’heure du spectacle.

Axelle : C’est vrai, mais il va être difficile de s’éclipser au milieu de l’interview…

Lou : je dirai même qu’il en est hors de question, je veux ma dédicace ! Ah ! Ça y est, le voilà !!!

Hervé Le Tellier vient s’asseoir à la table. Il demande si le micro à sa disposition est nécessaire. L’intervieweur entré à sa suite lui confirme que oui et branche le matériel. Le jeu des questions réponses peut commencer. Le trio écoute sagement, sinon religieusement. Une jeune femme au deuxième rang prend des photos. Axelle hésite à faire de même, mais elle laisse son appareil au fond de son sac. Au premier rang, une dame prend des notes sur un petit carnet. Lou sort bientôt de quoi écrire à son tour et grave quelques paroles, relève des références, note une remarque au sujet de l’inépuisabilité de la thématique et de la forme.

Puis vient le temps des questions du public. Lou regrette de ne pas en avoir préparées, car sur le moment, sa tête est incapable de réfléchir et de se rappeler de quelque chose de pertinent. Elle voudrait relire tout de suite le roman à la lumière des explications de son auteur. Elle a l’impression que beaucoup de choses lui ont échappé. Encore davantage quand une lectrice évoque une piste laissée ouverte. Elle-même l’a à peine relevée.

Vient ensuite le moment de la clôture de l’échange, celui des dédicaces. Lou se lève, son exemplaire dans les mains, et s’approche timidement de la table. Les deux ou trois personnes qui la précèdent ont l’air de connaître l’écrivain. Les conversations vont bon train. Lou sent son cœur s’affoler, ses connexions neuronales se disperser en tous sens. Sous une apparence calme, c’est la panique à l’intérieur : Lou se demande ce qu’elle va bien pouvoir lui dire.

Quand vient son tour de tendre le livre à l’auteur, deux mots s’imposent dans la tête de Lou. Pour l’instant c’est Hervé Le Tellier qui parle. Il lui demande son prénom pour la dédicace, s’assure de l’orthographe. Elle le regarde écrire en silence et quand il lui rend le livre, elle dit simplement mais avec conviction : « Merci beaucoup » avant de céder la place à l’admiratrice suivante. Lou vole en direction de l’escalier.

Axelle : Alors, qu’est-ce qu’il a écrit ?

Lou : On verra plus tard. Dehors. Quelle heure il est ?

Nina : L’heure d’être partie. Dix-neuf heures trente. Enfin, vingt-cinq, j’avance un peu. Mais en gros on a une demi-heure pour traverser Paris.

Axelle : Ça risque d’être juste…

Nina : On tente, on verra bien.

Le trio quitte la mezzanine. Lou se retourne un instant sur l’attroupement autour de la table sans réussir à apercevoir une dernière fois l’écrivain.

Dehors, la place Clichy est entre chien et loup. Le trio s’engouffre bien vite dans le métro.

Nina : Ligne 13 puis la 12.

Axelle : Ah, c’est pas direct ? Ça me semble compromis pour le théâtre…

Nina : On avisera à l’arrivée. Si c’est trop tard pour la pièce, on ira dîner, voilà tout.

Lou tient fermement son sac et ne dit mot. Nina évalue mentalement le trajet : combien de minutes entre deux stations ? Une ? Deux ? Jusqu’à une minute trente, cela lui paraît jouable.

Nina : Quatre stations en dix minutes. Ça va le faire !

Axelle : Je ne l’aurais pas parié…

Lou : Excellent !

Station Notre Dame des champs, le trio se précipite vers la sortie.

Axelle : C’est quelle rue ?

Nina : Comme la station de métro, Notre Dame des Champ. Numéro 53.

Lou : Par là !

Axelle : Tu connais ?

Lou : Non, mais les personnes qui sont devant nous y vont peut-être.

Axelle n’est pas convaincue, Lou argumente.

Lou : C’est presque l’heure du spectacle, il y a des chances que les gens qui sortent du métro se rendent au théâtre, non ?

Nina : Bien vu, Sherlock !

Le trio arrive à l’entrée du Lucernaire, traverse la cohue qui se trouve là et se présente à la caisse. Nina demande s’il reste des places. La caissière répond par l’affirmative et lui demande si elle bénéficie d’une réduction. Nina répond que non.

 

LE TRIO — Episode 1

Axelle : Et maintenant, on va où ?

Nina : Ben, place Clichy.

Lou : Quoi, tout de suite ? On ne pourrait pas se poser un peu avant ?

Nina : On a une demi-heure de battement, alors soit on y va directement et on se pose dans un café là-bas, soit on se pose ici et on y va après.

Axelle : On pourrait y aller d’abord et se poser tranquillement là-bas.

Lou : On pourrait aussi se poser ici. J’ai soif. Pas vous ?

Axelle : Ouais… Si tu veux, ça m’est égal.

Nina : On n’a qu’à aller dans la brasserie de l’autre côté de la rue.

Lou : Oui !

Axelle : No problemo !

Le trio traverse la rue, entre dans la brasserie et s’installe à une table. Un serveur approche.

Nina : Je crois que je vais prendre un thé vert…

Axelle : Euh… Un jus de pomme…

Lou : Hmmm… Un chocolat !

Le serveur prend la commande, disparaît quelques secondes et revient sans plateau. Il explique qu’il ne peut pas servir de boissons chaudes. A cause de la manif. Ordre du patron.

Nina : Ah bon ? Mais c’est absurde.

Lou : Dix-sept heures trente, c’est largement l’heure du chocolat !

Le serveur est désolé, mais il ne peut servir que des boissons fraîches.

Le trio opte pour un jus de pomme. Le serveur retourne derrière le bar.

Axelle : Place Clichy, tu l’aurais eu ton chocolat…

Lou : Gnagnagna… N’empêche, pas de boissons chaudes à cause de la manif, c’est n’importe quoi cette histoire ! En plus il n’y avait pas grand monde.

Nina : Ça c’est sûr, on ne peut pas dire que la mobilisation a été forte…

Lou : C’est triste, mais en même temps, ça peut se comprendre.

Axelle : Une journée d’appel à manifester sans préavis de grève, c’est pas vraiment sérieux.

Lou : Le syndicalisme, c’est plus ce que c’était.

Le serveur a posé la commande sur la table, le trio remercie.

Nina : Je me demande combien on était…

Axelle : Pas suffisamment nombreux en tous cas.

Nina : On a quand même fait du bruit.

Lou : Tu parles ! De quoi se désolidariser, oui ! J’ai horreur des pétards !

Axelle : Faudra penser à prendre des bouchons d’oreilles, la prochaine fois.

Lou : Ah, moque-toi !

Axelle : Non, sérieusement. Ce ne sont pas des conneries. N’est-ce pas Nina ? Eh, tu écoutes ?

Nina : Ah non, désolée. J’ai un coup de pompe. Ça doit doit venir du fait d’être assise…

Lou : On va toujours à Clichy et ce soir au théâtre ?

Nina : Oui, oui, t’inquiète. C’est seulement un petit coup de mou. Un thé m’aurait requinquée, mais voilà, il n’y en a pas…

Axelle : Et à quoi tu rêvais à l’instant ?

Nina : A mon rêve de cette nuit, justement. Bastet avait un cigogneau dans la gueule. Je la vois arriver sur la terrasse. Le cigogneau a l’air mort. Je le lui fais lâcher, ou elle le lâche d’elle-même, je sais plus bien… Bref, je le tiens dans les mains pour voir dans quel état il est. C’est bizarre, parce qu’à ce moment-là, il est beaucoup plus gros que la minette et bien vivant. Il n’a même pas l’air blessé. Il me fixe de ses yeux noirs. Deux billes qui brillent. Et là, d’un coup le décor a des airs de Camargue.

Axelle : Quel drôle de rêve ! Je me demande ce qu’il pourrait vouloir dire…

Lou : Moi aussi, mais on y réfléchira plus tard. Il va falloir y aller maintenant.

Nina : Oh oui ! Tu as raison. Il est temps.

Lou : je paye et on y va.

Le règlement effectué, le trio rejoint la bouche de métro la plus proche. Lou frissonne.

Lou : Ça vient de moi, ou le temps s’est rafraichi ?

Axelle : L’air est frais. Mais c’est normal pour un mois d’octobre.

Nina : L’été indien est terminé cette fois.

Axelle : Certes, mais on ne va pas se plaindre. Parce que si le ciel est nuageux, il ne pleut pas, c’est déjà ça ! On prend quelle ligne ? C’est direct ?

Nina consulte le plan du métro.

Nina : On prend la une jusqu’à Nation, puis la deux nous emmène place Clichy.

Axelle : Une, deux, une, deux… Au fait Lou, tu as bien le roman pour la dédicace ?

Lou : Evidemment que je l’ai !

Lou ouvre son sac, en extrait juste de quoi montrer un bout de la couverture sur lequel le nom de l’auteur se détache en lettres rouges et le range aussitôt.

Le trio monte dans le métro de la ligne une. Puis dans celui de la ligne deux. Assise sur une banquette, Nina est retournée dans sa rêverie. Lou compte scrupuleusement les stations. Axelle observe les autres voyageurs à la dérobée. Elle se dit qu’une rame de métro est un bon endroit pour dresser le portrait d’inconnus, imaginer leur vie…

Place Clichy, le trio rejoint la sortie. Lou s’inquiète :

Lou : Et elle se trouve où la librairie ?

Nina : Juste là, en haut des marches. Lève la tête !

Axelle : Cool ! On ne peut pas faire plus près. Oh, il y a une affiche sur la vitrine qui annonce l’événement !

Lou : Je me demande s’il va y avoir beaucoup de monde…

Nina : on va bien voir.

De retour, de retour, mais encore ?

Une semaine.

Ça fait une semaine que j’ai retrouvé l’accès à mon blog et je n’ai rien publié… Oh ! Je voulais taper en entier une nouvelle écrite au fil des pages d’un agenda du 14 octobre au 28 novembre il y a six ans et la découper en épisodes équilibrés. Et puis, j’ai lu ce que j’avais noté tout de suite après (le mardi 29 novembre) :

Voilà. J’ai le squelette. Maintenant, il reste à mettre de la chair et l’habiller.

ce qui a eu pour effet de réveiller mon moi perfectionniste et de me couper dans mon élan.

Je n’ai même pas fini de tout taper, mais c’est parce que je n’ai pas eu le temps — cela dit, il ne me manque pas grand chose.

Je me demande si je peaufine, si j’améliore jusqu’à donner assez de chair et un habillage convenable à cette nouvelle, jusqu’à ce qu’elle me semble aboutie — mais à quel moment me semblera-t-elle aboutie ? Je cogite dans ma tête, autant dire dans le vide puisque je n’ai pas le texte sous les yeux… Et puis j’entends la phrase magique : « La version une sera toujours meilleure que la version zéro » , et puis je me dis aussi que ce blog est un peu comme un atelier laboratoire. Alors…

Allez, vas-y quoi !

Oui.
Donc, je termine, je relis, je découpe et je mets en ligne en modifiant comme ça me vient sous les doigts. Voilà.

A tout bientôt.

Et en attendant, un refrain :

Je m’prends trop au sérieux
Mon cerveau se prend pour un dieu
Je m’prends trop au sérieux
J’oublie que la vie est un jeu
Je m’prends trop au sérieux, au sérieux

Vous avez reconnu l’air ? Indiquez-le moi en commentaire et je vous réserve une petite surprise.

De retour, enfin !

Je me demande si j’ai bien fait d’écrire FIN à la fin de ma dernière mise en ligne… Parce qu’après je n’ai plus eu la possibilité de mettre en ligne quoi que ce soit : l’onglet « publier » avait disparu de la page. J’ai espéré qu’il réapparaisse comme par magie, mais non. Il a bien fallu que je me décide enfin à mettre à jour le système d’exploitation de mon MacBook Pro, parce que je n’avais pas l’intention de mettre fin à mon blog.

Ça a pris un certain temps.

D’abord parce que j’en manquais, de temps. Je me suis demandé si j’allais manquer à quelqu’un, à l’un ou l’une des dix-neuf abonnés… Je me suis demandé si ma disparition n’allait pas seulement passer inaperçue… Je me suis dis que l’existence virtuelle sur la toile représentait bien peu de chose… Bref. Il a donc fallu que j’attende les vacances pour me pencher sur la question de la mise à jour. Et puis que je commence par tout sauvegarder. Certes il y a Time Machine, mais comme deux précautions valent mieux qu’une, j’ai fait une autre sauvegarde de mes documents importants. Les textes, c’était déjà fait. Mais pas encore les photos. J’ai profité de l’occasion pour créer des albums, enfin, les classer par date, dans un premier temps. Ça m’a pris des jours !

Avec une semaine de retard par rapport au programme prévu, et beaucoup d’angoisse, j’étais prête à passer de Lion à High Sierra. Sauf qu’on ne passe pas directement de Lion à High Sierra… J’ai réalisé que j’avais manqué plusieurs évolutions du système d’exploitation. En partie parce que j’étais attachée au nom du roi des animaux : Lion, c’est beau ! Plus que Léopard je trouve. Pourtant, il a bien fallu tourner la page et depuis même pas une heure, mon MacBook Pro fonctionne avec El Capitan.

Je me demande pour combien de temps…

Une journée de transition ou quelque temps d’exploration ?

A voir…