LE TRIO – Episode 2

Le trio entre dans la librairie. Des étagères, des tables, des piles de livres. C’est un bel espace. Nina aperçoit une mezzanine. Des personnes sont assises et attendent.

Nina : on dirait que c’est là-haut que ça se passe… On n’est même pas en retard !

Axelle : Le quart d’heure académique ! Mais il y a une interview ? Je pensais qu’on allait juste faire la queue pour la dédicace.

Lou : Moi aussi en fait. Mais c’est mieux s’il y a un échange.

Nina : C’est même normal pour une rencontre dédicace…

Lou : Ben oui. On monte par où ? Ah, par là, l’escalier sur la droite !

Soudain, un inconnu déborde le trio dans l’allée centrale. Lou fixe le dos de l’homme qui fonce droit devant en direction du fond de la librairie.

Lou : Vous croyez que c’est lui ?

Axelle : Je ne le connais pas assez pour pouvoir le reconnaître, mais je ne crois pas : il boîte.

Nina : Faut qu’on se dépêche là, si on veut avoir une chance de trouver une place pour s’asseoir.

Lou : Oui, oui. N’empêche, ce serait une sacrée drôle de coïncidence d’arriver en même temps que lui…

Le lieu dévolu à l’interview est un espace carré. Une trentaine de chaises sont disposées face à une table sur laquelle sont empilés des exemplaires d’Electrico W, le dernier roman de l’auteur oulipien. Le tiers des places est occupé. Il y a principalement des femmes. Le trio s’installe au troisième rang.

Nina : Si la rencontre dure trop longtemps, nous ne pourrons jamais rejoindre le Lucernaire à  l’heure du spectacle.

Axelle : C’est vrai, mais il va être difficile de s’éclipser au milieu de l’interview…

Lou : je dirai même qu’il en est hors de question, je veux ma dédicace ! Ah ! Ça y est, le voilà !!!

Hervé Le Tellier vient s’asseoir à la table. Il demande si le micro à sa disposition est nécessaire. L’intervieweur entré à sa suite lui confirme que oui et branche le matériel. Le jeu des questions réponses peut commencer. Le trio écoute sagement, sinon religieusement. Une jeune femme au deuxième rang prend des photos. Axelle hésite à faire de même, mais elle laisse son appareil au fond de son sac. Au premier rang, une dame prend des notes sur un petit carnet. Lou sort bientôt de quoi écrire à son tour et grave quelques paroles, relève des références, note une remarque au sujet de l’inépuisabilité de la thématique et de la forme.

Puis vient le temps des questions du public. Lou regrette de ne pas en avoir préparées, car sur le moment, sa tête est incapable de réfléchir et de se rappeler de quelque chose de pertinent. Elle voudrait relire tout de suite le roman à la lumière des explications de son auteur. Elle a l’impression que beaucoup de choses lui ont échappé. Encore davantage quand une lectrice évoque une piste laissée ouverte. Elle-même l’a à peine relevée.

Vient ensuite le moment de la clôture de l’échange, celui des dédicaces. Lou se lève, son exemplaire dans les mains, et s’approche timidement de la table. Les deux ou trois personnes qui la précèdent ont l’air de connaître l’écrivain. Les conversations vont bon train. Lou sent son cœur s’affoler, ses connexions neuronales se disperser en tous sens. Sous une apparence calme, c’est la panique à l’intérieur : Lou se demande ce qu’elle va bien pouvoir lui dire.

Quand vient son tour de tendre le livre à l’auteur, deux mots s’imposent dans la tête de Lou. Pour l’instant c’est Hervé Le Tellier qui parle. Il lui demande son prénom pour la dédicace, s’assure de l’orthographe. Elle le regarde écrire en silence et quand il lui rend le livre, elle dit simplement mais avec conviction : « Merci beaucoup » avant de céder la place à l’admiratrice suivante. Lou vole en direction de l’escalier.

Axelle : Alors, qu’est-ce qu’il a écrit ?

Lou : On verra plus tard. Dehors. Quelle heure il est ?

Nina : L’heure d’être partie. Dix-neuf heures trente. Enfin, vingt-cinq, j’avance un peu. Mais en gros on a une demi-heure pour traverser Paris.

Axelle : Ça risque d’être juste…

Nina : On tente, on verra bien.

Le trio quitte la mezzanine. Lou se retourne un instant sur l’attroupement autour de la table sans réussir à apercevoir une dernière fois l’écrivain.

Dehors, la place Clichy est entre chien et loup. Le trio s’engouffre bien vite dans le métro.

Nina : Ligne 13 puis la 12.

Axelle : Ah, c’est pas direct ? Ça me semble compromis pour le théâtre…

Nina : On avisera à l’arrivée. Si c’est trop tard pour la pièce, on ira dîner, voilà tout.

Lou tient fermement son sac et ne dit mot. Nina évalue mentalement le trajet : combien de minutes entre deux stations ? Une ? Deux ? Jusqu’à une minute trente, cela lui paraît jouable.

Nina : Quatre stations en dix minutes. Ça va le faire !

Axelle : Je ne l’aurais pas parié…

Lou : Excellent !

Station Notre Dame des champs, le trio se précipite vers la sortie.

Axelle : C’est quelle rue ?

Nina : Comme la station de métro, Notre Dame des Champ. Numéro 53.

Lou : Par là !

Axelle : Tu connais ?

Lou : Non, mais les personnes qui sont devant nous y vont peut-être.

Axelle n’est pas convaincue, Lou argumente.

Lou : C’est presque l’heure du spectacle, il y a des chances que les gens qui sortent du métro se rendent au théâtre, non ?

Nina : Bien vu, Sherlock !

Le trio arrive à l’entrée du Lucernaire, traverse la cohue qui se trouve là et se présente à la caisse. Nina demande s’il reste des places. La caissière répond par l’affirmative et lui demande si elle bénéficie d’une réduction. Nina répond que non.

 

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