Patchwork 20/30

Quand on ne faisait pas partie du cercle, il fallait être bien audacieux pour oser franchir le seuil de la propriété tenue à l’abri des regards indiscrets, tant l’enceinte impressionnait. De la route, on ne voyait en effet qu’un imposant portail noir en fer plein qui découpait un mur de crépis blanc d’où dépassaient des hauts cyprès épais.

Jérémy ne manquait pas d’audace et surtout, il voulait récupérer son smartphone que Justine venait d’envoyer par dessus le haut portail, parce que quand on est en vacances à la campagne, qui plus est, en amoureux, il faut savoir décrocher, en l’occurrence éteindre ce maudit objet technologique, certes utile mais non moins asservissant. C’était en tous cas le point de vue de Justine : alors qu’elle appréciait de pouvoir joindre Jérémy en tout lieu, à toute heure — sans en abuser —, elle trouvait inadmissible qu’il restât joignable quand ils étaient tous les deux. Le dernier appel avait été l’appel de trop et Justine, furieuse, avait planté Jérémy, là, devant le portail de la propriété interdite en lui lançant ces mots : « Allez, va le chercher maintenant, comme ça tu sauras ce qu’il y a derrière ce mur infranchissable, mais si tu remets la main dessus ne t’avise surtout pas de m’appeler. Efface plutôt mon numéro. Adieu. » Jérémy, penaud, avait bredouillé un : « Mais, Justine… » en la regardant partir. L’espace d’une seconde il avait eu l’envie de courir à sa suite, la rattraper et s’excuser, mais ses deux pieds étaient restés collés au sol. Quelque chose l’avait retenu. Comment abandonner son iPhone tout neuf… Il décida de récupérer son portable et de s’expliquer ensuite avec Justine.

Jérémy s’avança vers l’imposant portail, cherchant comment signaler sa présence. Il avisa une boîte aux lettres incrustée dans le pilier droit et au-dessus un bouton. Il y pressa le doigt et attendit. En vain. Au bout de quelques minutes il appuya à nouveau  sur la sonnette. Il n’obtint que le silence en réponse. Les propriétaires étaient sans doute absents, peut-être en voyage. Jérémy leva la tête et observa en détail l’entrée close. Il imaginait pouvoir l’escalader, mais le portail face à lui était lisse et haut et les murs n’avaient rien d’une paroi rocheuse sur laquelle on arrive à trouver prise.

Je me demande toujours ce qu’il y a derrière le portail…

 

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