Patchwork 26/30

Black is black, il n’y a plus d’espoir… Voilà ce que m’inspire le « black friday » . Je ne comprends pas l’engouement pour cette nouvelle importation de tradition commerciale venue des Etats-Unis — véritable marque — qui déferle en France, comme Halloween il y a quelques années. Nouvelle idole de la mondialisation.

Quelle dénomination étrange d’abord… J’ai cherché sur la toile, pas de lien avec le jeudi noir de 29, c’est seulement une évocation émanant de mon circuit synaptique… « Black friday » ou le vendredi noir de monde. Un jour à éviter les magasins pour les personnes comme moi qui craignent la foule. Je ne me suis même pas rendue au supermarché pour faire mes courses hebdomadaires ce jour-là. Certes, j’avais une autre priorité dans le programme de ma journée (la rédaction d’une chronique qui aurait dû être celle-là…).

Le « black friday » est une énième opération commerciale. Une nouvelle journée — voire plusieurs — de soldes. Parce que cette journée peut s’étaler sur la semaine entière. Lu ici ou là, sur des vitrines, des textos, ou pourriels : « black friday week ! » , « sept jours exceptionnels » , « cinq jours exclusifs » , « quatre jours de folies » … Je me demande si l’extension passerait aussi facilement en français… « Vendredi noir, quatre jours de folies ! » C’est comme la semaine des quatre jeudis : ça n’a pas de sens. Mais ça ne dérange pas l’univers commercial où tout ce qui compte c’est vendre. Vendre dit ! Par ici la monnaie !

Qu’importe la valeur sémantique, qu’importe la valeur des objets dont le prix fluctue allègrement d’un jour à l’autre. Avec toutes ces déclinaisons d’offres commerciales, je me demande quel est le prix juste des choses…

Vendredi matin, j’ai été surprise d’entendre Géraldine Mosna-Savoye conclure son Journal de la philosophie, sur un ton léger, qu’il n’y a pas de mal à faire les soldes. Par principe, sans doute pas, sauf que nos armoires finissent par déborder de bonnes affaires et que la consommation à outrance, ce n’est pas franchement ce qu’il y a de mieux pour le bilan carbone. Je ne cherche pas à me faire moralisatrice, je cherche à exprimer ce que je ressens : un sentiment d’étouffement.

J’ai souvenir de l’existence d’une journée pour respirer, La Journée Mondiale Sans Achat. Vérification faite, c’est le dernier samedi du mois de novembre, c’est-à-dire que c’était hier, le lendemain du « vendredi fou » (traduction québécoise) qui l’a semble-t-il avalé. Sur la toile en tous cas. C’est assez paradoxal, sinon schizophrénique, de voir s’afficher un encart publicitaire en faveur du « black friday » sur la page d’un article (quand on en trouve un récent) qui traite de la journée sans achat…

« La Journée Mondiale Sans Achat c’est 24 heures de réflexion sur l’impact social, économique et écologique de la consommation des pays riches sur l’ensemble de la planète. » Il est des chiffres qui interrogent ou qui devraient : « 20% de la population mondiale consomment 80% des ressources planétaires ! » ; il est des données qui devraient faire réagir comme le jour à partir duquel nous vivons à crédit par rapport aux ressources naturelles que la Terre peut renouveler en un an : c’était le 2 août cette année.

Je me demande quel pourcentage de la population s’en soucie… Je me demande quel est le pourcentage nécessaire pour insuffler une évolution plus responsable. Parce que si on pouvait évoluer en douceur, en s’évitant le chaos, le chemin serait plus agréable. Je sais bien qu’il ne sert à rien de chercher à faire la leçon. Je sais bien qu’il y a autant de visions du monde que d’êtres vivants. Mais, là, j’ai franchement du mal à considérer de manière détachée que tout ça n’est que l’expression d’expériences de vie et à m’en tenir au point de vue du vieux paysan chinois : Est-ce bien, est-ce mal, je ne sais pas, je ne connais pas la fin de l’histoire…

4 réflexions sur “Patchwork 26/30

  1. Bonjour vanne !
    Quelle plume ! Bravo ! Tu peux me compter parmi ceux qui se soucient de la surconsommation des ressources. Tout comme toi je me suis demandé d’où sortait cette nouvelle lubie : black friday ! Et tout comme toi un écho lointain de mes souvenirs de cours d’histoire du lycée me soufflait à l’oreille le jeudi noir… Le jeudi noir c’était un jour d’effondrement économique. Finalement, le lien n’est pas si absurde quand on y réfléchit, consommer à outrance et viser la croissance infinie sur une planète qui constitue un espace fini, cela ne peut conduire qu’à une forme d’effondrement. A défaut d’évoluer en douceur, c’est la menace qui plane sur nos têtes. Et pourtant, je préfère rester optimiste, garder confiance dans l’humain, porter attention aux belles initiatives citoyennes qui fleurissent ici et là. Il y a du bon et du beau et j’ai envie de m’en nourrir ! Pour la petite histoire du vendredi noir, cela vient du fait qu’aux Etats Unis, le lendemain de Thanksgiving (jour d’action de grâce) célébré le 4° jeudi de novembre, les magasins organisaient des soldes pour relancer les ventes. A l’époque où cela a commencé (dans les années 60), les livres de comptes étaient tenus manuellement et lorsque les comptes étaient déficitaire, les écritures étaient passées à l’encre rouge alors que lorsqu’ils étaient bénéficiaires les écritures étaient passées à l’encre noire. Les opérations commerciales permettaient aux commerçants de repasser à l’encre noire en boostant les ventes d’où l’appellation de vendredi noir. Moi j’étais à Paris le vendredi 24/11 et j’ai vu des vitrines afficher « Black Friday », « Black Friday Week » et je me suis demandée : « A quand le Black Friday Month ? ». C’est vrai que commercialement Novembre c’est creux, pas de fête, il fallait trouver un truc pour pousser les gens à acheter ce dont ils n’ont pas besoin !
    Au plaisir de se recroiser !
    Amicalement,
    Isabelle.

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