Chanson enrhumée

Je peux plus respirer
J’ai le nez tout bouché
Je peux plus respirer
J’ai le nez tout bouché
J’me demande si j’peux chanter
Avec le nez tout bouché

J’ferais mieux d’aller m’coucher
D’aller me reposer
J’ferais mieux d’aller m’coucher
D’aller me reposer
Au lieu d’vouloir chanter
Avec mon nez tout bouché
Et qui se met à couler…

 

Je fais ma pub

Tu as l’air songeur…

Je me demande si je vais réussir à poser des affichettes chez la coiffeuse…

Tu veux dire des flyers ?

Non, je veux dire des prospectus. Je préfère le latin au gloubi-boulga, enfin, je veux dire au globish. Parce que quoi qu’on en dise, ou pas d’ailleurs, l’anglo-américain est la langue de wall street et du capitalisme et elle m’irrite le palais aussi bien que les oreilles. Qui plus est la destinée d’un papier volant — le flyer — c’est de finir à la poubelle ou pire dans le caniveau.
Donc, je t’explique.
J’avais prévu d’aller déposer les affichettes que j’avais confectionnées dans le week-end…

En fin de semaine tu veux dire ?

Ouais… Non, mais je ne suis pas jusqu’au-boutiste quand même. C’est la démultiplication et les remplacements abusifs qui m’énervent, comme step à la place d’étape. L’autre jour, j’ai entendu un type dans une vidéo qui parlait d’un truc intéressant dans le fond, mais à partir du moment où il a dit « premier step » j’ai complètement décroché, au point que je ne sais même plus quel était le sujet de son discours. Bref.
J’avais donc prévu d’aller déposer des affichettes mardi après-midi, sauf que je me suis mal organisée dans mon emploi du temps, je n’ai pas su voir les priorités et j’ai dû reporter à mercredi. Un jour de plus ou de moins, ça ne change pas grand chose.
J’avais tout préparé et avant de partir, je me suis demandé si j’allais profiter de passer au salon de coiffure pour prendre un rendez-vous vu l’épaisseur de ma tignasse… J’ai écouté mon intuition qui a dit non et mon mental a tout de suite fait l’analyse suivante : c’est parce que tu assumes entièrement le fait de faire connaître ta nouvelle activité que tu ne prends pas de rendez-vous en contre-partie. J’ai apprécié parce que même si ça fait plus de deux mois que je ne suis pas allée me faire couper les cheveux, je n’en ai pas encore vraiment envie.

Ton intuition ?

Je ne sais pas. Juste je n’en ai pas envie. J’irai au printemps, dans la deuxième quinzaine de février, après le nouvel an chinois.

Le printemps en février ?

Oui, dans le calendrier chinois. En occident les saisons sont calées sur leur apogée. D’après le calendrier lunaire, elles commencent bien avant. Le printemps débute avec le nouvel an chinois : le 16 février cette année.
Donc, mercredi après-midi, je gare la voiture sur le petit parking… sur une des trois places en amont du salon de coiffure et je m’y rends avec l’impression que c’est étrangement calme. Je trouve porte close et pour cause : j’avais juste oublié qu’il était fermé le mercredi après-midi. Je remballe mes affichettes et vais faire mes courses, assez penaude, je te l’avoue.
Là, je rentre avec mes affichettes à la main, demande si je peux laisser de la pub et je les pose furtivement à côté de la caisse, assez mal à l’aise à vrai dire. Je place aussi des cartes de visite sur le présentoir derrière les chariots au milieu d’une multitude d’autres… Je me demande si beaucoup de personnes font attention à ce présentoir. Moi, jamais en fait. Quoi qu’il en soit, je me suis dit en retournant à la voiture que c’était beaucoup plus facile de cliquer sur un bouton pour partager une affiche virtuelle sur une page Facebook ou l’envoyer par courriel que de la présenter à une personne en chair et en os. Je n’ai fait que déposer mes petits papiers sans dire que c’était moi, que je commençais à pratiquer la réflexologie plantaire, sans me mettre en avant, encore moins en valeur. Ah non, surtout pas ! Le manque d’assurance, je te jure !
Et c’est à peu près dans le même état que je suis allée poser le reste des affichettes à l’espace bien-être où je vais exercer. Vite fait, discrètement en passant, sans me faire repérer, un peu comme une voleuse…
Ça me rappelle quand j’étais au lycée… J’affirmais vouloir être reconnue pour ce que je ferais tout en restant dans l’ombre.

C’était pour ça que tu voulais faire de la pub à l’époque !

Voilà : je suis derrière l’affiche, derrière le spot.

Et aujourd’hui, derrière ton écran…

Ah tu crois ? Y a de ça peut-être… Ouais, sans doute. Mais bon, c’est pas l’heure de l’analyse, là.
Donc, la suite.
Samedi, j’ai voulu retourner au salon de coiffure. Il m’a fallu réimprimer des affichettes. J’ai lancé l’impression de dix pages, pour un résultat nul. J’aurais mieux fait d’en faire une d’abord et de rester à côté pour vérifier. La cartouche jaune étant vide, les couleurs c’était plus ça. Ce n’est pas que j’ai utilisé beaucoup de couleur dans ma com, mais le bandeau du haut n’était plus surligné et les pieds, mes pieds, verts sont ressortis bleus. Ça n’avait plus de sens.

Tes pieds verts ?

Oui. Ce sont mes pieds. Et j’en suis fière. Il sont beaux, non ? Regarde. Verts comme  l’élément bois du printemps dans l’énergétique chinoise.

J’ai peint une feuille avec un marqueur Posca, faute de retrouver mon aquarelle. Tu te rends compte, ça fait des années que j’ai acheté ces marqueurs et c’est la première fois que j’ouvre la boite ! J’avais peur qu’ils soient secs depuis le temps, eh bien non. Une fois la feuille toute verte et sèche, j’ai posé mes pieds dessus, l’un après l’autre, pour en dessiner le contour, ensuite j’ai découpé la feuille avec application, scanné les pieds, réduit l’image au bon format et voilà ! C’est du bricolage, mais j’aime bien bricoler. Quand je prends le temps de le faire. Je ne le prends pas assez d’ailleurs…
Bref.
Pour en revenir à samedi, je n’ai pas pris le temps de changer la cartouche. Je ne l’avais pas — le temps pas la cartouche —, il était quatorze heures trente et je voulais passer à la ferme en bas de chez moi avant l’heure de la fermeture à quinze heures. Donc, la distribution est reportée à la semaine prochaine. Après ma première journée. Voilà. C’est sans doute aussi bien comme ça. J’ai deux rendez-vous lundi, mais aucun ensuite.