Sans crocs ni ondes

Je me demande d’où sort cette fourmi en promenade sur ma petite robe d’été alors que je suis en train d’élaborer, le plus consciencieusement du monde, la chronique du jour. Comme il fait trop chaud pour sortir explorer le monde, je l’ai observé à travers la toile. Plus précisément en déroulant le fil d’actualité concocté par Facebook. Et donc, alors que je réfléchis au développement et à l’assemblage de ce que j’ai récolté — une version live d’une chanson des Trouveur Valdotèn que j’aime beaucoup (le groupe, leur répertoire et cette captation de « la soupe au vin » ) ; un cliché de Willy Ronis, Le nu provençal (raconté ici), censuré par un réseau social ridiculement pudibond ; une version que je qualifierai de berceuse d’un tube de mon adolescence qui me fait penser qu’avec l’âge, on a besoin de ralentir, on n’est plus dans la même énergie — alors que j’écris une première phrase, mon regard est attiré par quelque chose de minuscule et en mouvement, à côté du cahier posé sur mes genoux : une fourmi. Joue-t-elle à me déconcentrer ou son rôle est-il de me proposer un autre centre d’intérêt ? J’opte pour la deuxième hypothèse.

« La fourmi n’est pas prêteuse » dit la fable, elle est aussi du genre obstiné.

J’ai beau nettoyer l’évier au vinaigre blanc, diffuser des huiles essentielles qui, en théorie, les font fuir, j’ai beau raccompagner jusque dans la pelouse au-delà de la terrasse, chaque individu que j’arrive à faire monter, avec plus ou moins de délicatesse, sur un doigt, ou un rassemblement balayé dans la pelle, j’ai beau les menacer de faire usage de l’aspirateur la prochaine fois et de passer à l’acte, elles reviennent toujours. Je me demande d’ailleurs comment elles arrivent jusqu’à l’évier.

J’ai imaginé un temps une fourmilière sous la cuisine incorporée. J’ai, en effet, gardé d’une lecture, le souvenir d’une énorme fourmilière dans le salon d’une habitation. Je n’ai conservé que cette image sans me rappeler de quel roman elle est extraite (s’il s’agit bien d’un roman… Il me semble que oui). Une fuite d’eau qui a nécessité d’enlever le cache au pied du mobilier m’a fait constater, non sans soulagement, que je fabulais.

J’ai un autre souvenir, plus ancien, à leur sujet. Un souvenir de camping où j’étais en vacances enfant : on pouvait suivre le cheminement de fourmis, les unes derrière les autres, à destination d’une boîte à sucres. C’était un spectacle, à mes yeux, assez fascinant et très amusant.

Autour de l’évier, rien de comparable : elles apparaissent là sans que j’arrive à déterminer quel chemin elles empruntent. Il y en a de différentes tailles : des toute petites, des plus grosses. Je me demande si elles sont toutes de la même espèce…

Je n’ai pas le cœur à acheter de l’anti-fourmis. Je cherche encore le bon répulsif. En attendant de l’avoir trouvé, j’offre à celles qui n’ont pas fini écrasées ou noyées malencontreusement, ou aspirées volontairement, l’expérience d’un vol plané en les soufflant dans l’herbe. Ça doit leur plaire, sinon, comment expliquer qu’elles sont de plus en plus nombreuses prêtes à tenter l’expérience ?

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