Novembre en caverne

Ma facette ourse en pleine expansion :
Besoin d’hibernation, c’est de saison.
Je m’accorde un temps d’introspection,
Un temps pour relâcher la pression
Des flots de tergiversations.
Une phase de procrastination ?
Non.
Un cocon de reconnexion
Ancrage au plus profond
Libérer le papillon.

De la tête aux pieds

Le sourire vient du pied (comme le dit un proverbe chinois) et la vitalité aussi. Oui, Madame !
Entrer dans la danse par un geste de la main… Mouais. Compte-tenu que c’est elle qui tient le stylo, faudrait pas oublier son côté intello, alors pour lâcher la tête, mieux vaut en venir aux fondamentaux, au contact avec la terre. Et qu’est-ce qui repose sur le sol et nous fait tenir debout ? Les pieds ! J’ai même noté quelque part que j’avais lâché la tête pour les pieds. Sauf que j’avais oublié.

Donc les pieds. Ces braves pieds qu’on néglige la plupart du temps, qu’on laisse étouffer dans des chaussures (voire qu’on martyrise ! J’ai déjà eu une discussion avec mes pieds), alors que le sourire vient d’eux et qu’en prendre soin revient à prendre soin de son âme, si j’extrapole à partir d’un autre proverbe chinois : « Lorsque l’on masse les pieds, on caresse l’âme » . Ah !

Maurice Béjart a dit : « La phrase la plus sotte de la langue française, c’est “bête comme ses pieds”. » Je suis d’accord. Jacques Prévert en a dit plus dans un poème :

[…]
Et puis je jouais avec mes pieds
C’est très intelligents les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Faut être bête comme l’homme l’est si souvent
Pour dire choses aussi bêtes
Que bête comme ses pieds gai comme un pinson
[…]

Dans ma maison

Non, bien sûr qu’on ne peut pas danser sans ses pieds !
Dans ce poème, galope, quelques vers plus loin, un homme qui n’a pas grand nom, qui n’a que trois prénoms : Tim-Tam-Tom.
Et voilà la musique qui repart dans ma tête : Tom Bonbadilom. Ce Tom Bonbadilom qui prévenait  déjà dans les années quatre-vingt que si les hommes n’en faisaient qu’à leur tête, ils feraient sauter la planète… Pour sauver la planète, revenons à nos pieds. Vite !

A cette époque, je ne connaissais Jacques Higelin que vaguement, par contre une copine de lycée était grande fan. J’ai le souvenir de comment elle nous avait raconté, offusquée, que la petite amie de son frère avait offert à ce dernier un album de Mylène Farmer : « Non, mais Mylène Farmer, franchement, est-ce qu’on parlera encore d’elle dans dix ans ? Alors qu’Higelin, oui forcément. Il est d’une autre envergure. » J’étais restée silencieuse sur le fait que je connaissais bien mieux le répertoire de Mylène Farmer que celui de Jacques Higelin (en 1989, j’allais d’ailleurs la voir en concert lors de sa première tournée). Depuis, je suis sortie de mon adolescence Ainsi soit je Tristana et ai suivi le grand Jacques après avoir vraiment fait sa connaissance Entre 2 gares (une anthologie).

Aujourd’hui, je redécouvre des titres d’il y a trente ans suite à la transmission d’un air entêtant. Tout à l’heure, je suis allée acheter l’album d’où est extrait Tom Bonbadilom. Surprise quand j’ai sorti le CD de sa boîte : il est bleu comme le Tardis. Mais quoi ? Rien de plus normal, après tout, pour un album intitulé « tombé du ciel » . Le premier épisode de la saison 11 de Doctor Who, diffusée actuellement sur France 4 (en VO en deuxième partie de soirée le jeudi) a pour titre « The Woman Who Fell To Earth » (la femme tombée sur Terre).

2018-10-08+01_13_27-The+Twelfth+Doctor+Regenerates+_+Peter+Capaldi+to+Jodie+Whittaker+_+Doctor+Who+-

Brin d’explication : après une nouvelle régénération, la treizième Docteur est tombée du Tardis :

Tomber du ciel
Tomber sur Terre
Poser les pieds sur terre
Courir
Rejoindre les elfes, les fées, les lutins et les fous
Et danser avec eux
Je viens.

Passage à vide

Je suis fatiguée.
Deux jours que je me traîne avec un mal de tête.
Je suis fatiguée d’avoir mal à la tête.
Fatiguée et en colère.
En colère contre ce mal de tête qui me gâche littéralement la vie.

J’ai commencé par prendre mon mal en patience. Ok, ma tête sort ses poubelles. Je laisse faire et je me repose, demain est un autre jour. Sauf que demain, il est toujours là. Moins fort, moins nauséeux, mais bien présent. Alors je l’engueule même si ce n’est pas plus efficace.

Deux jours diminuée, ça suffit ! Je ne vais pas passer ma vie au lit ! Il y a tellement à nettoyer pour que ça dure autant ? Je fulmine et ça n’arrange rien. J’ai bien compris que j’étais trop cérébrale, qu’il serait temps de lâcher, mais ce n’est pas possible là avec la douleur que je sens sous mon crâne.

Je voudrais intégrer mon corps. Depuis plusieurs jours déjà, bien avant la céphalée. Je lui ai lancé un appel : « corps, si tu m’entends, fais-moi un signe ! » Comme dans le spectacle de Découflé que j’avais vu au TNP de Villeurbanne il y a quelques années. (C’était peut-être Shazam en 1999.)

Ayant raté la sortie sur le périphérique, j’avais pris la suivante, convaincue que je trouverais une rue perpendiculaire pour retrouver mon itinéraire, sauf que les rues perpendiculaires étaient toutes en sens interdit ! J’avais finalement fait un tour complet du périphérique pour ne pas avoir voulu faire demi-tour. Penaude et en retard, j’avais cherché désespérément le TNP dans la nuit. J’avais fini par me garer, par hasard, devant et avais suivi des personnes que je voyais entrer dans un bâtiment sombre. C’était le TNP.

Du balcon où j’avais été installée, pour ne pas déranger la représentation, j’ai vu Christophe Salengro demander à son corps de lui envoyer un signe. Le bout des doigts s’étaient mis en mouvement, puis la main, le bras et tout le corps. J’étais émerveillée.

« Corps, si tu m’entends, fais-moi un signe. »

Je sais. Je suis trop dans ma tête, je n’arrive pas à débrancher, ça cogite fort et sans cesse, en roue libre, ça se densifie jusqu’à faire des nœuds. Et même avec des nœuds, ça continue de cogiter. Des idées, des images, des bribes, des réclamations, des reformulations, des programmes, des listes, des je me demande, des jugements, des interrogations, des y en a marre la coupe est pleine. Ouf !

Alors, corps si tu m’entends, fais-moi un signe. S’il te plait. Un signe de vie, un sursaut d’envie, entre en mouvement je t’en prie. Montre-toi vivant (autrement que par la barre sous le crâne).

Il suffira d’un signe
De la main
Un geste imperceptible
Mais certain
Un mouvement infime
Trois fois rien
De la vie qui s’exprime
Par la main

Je suis sur le qui-vive
C’est certain
J’me d’mande si ça pétille
Dans un coin
J’attends que ça frétille
Dans ma main
Corps envoie-moi un signe
Au moins un

Je suis trop dans ma tête
La voilà à l’envers
Je suis pas à la fête
C’est même plutôt l’enfer
J’ai besoin à nouveau
D’sentir mes pieds sur terre
J’ai besoin de repos
J’ai un grand besoin d’air

Il suffira d’un signe
De la main
Un geste imperceptible
Trois fois rien
Un mouvement infime
Mais certain
C’est la vie qui s’exprime
Par la main

Corps m’entends-tu ?