Passage à vide

Je suis fatiguée.
Deux jours que je me traîne avec un mal de tête.
Je suis fatiguée d’avoir mal à la tête.
Fatiguée et en colère.
En colère contre ce mal de tête qui me gâche littéralement la vie.

J’ai commencé par prendre mon mal en patience. Ok, ma tête sort ses poubelles. Je laisse faire et je me repose, demain est un autre jour. Sauf que demain, il est toujours là. Moins fort, moins nauséeux, mais bien présent. Alors je l’engueule même si ce n’est pas plus efficace.

Deux jours diminuée, ça suffit ! Je ne vais pas passer ma vie au lit ! Il y a tellement à nettoyer pour que ça dure autant ? Je fulmine et ça n’arrange rien. J’ai bien compris que j’étais trop cérébrale, qu’il serait temps de lâcher, mais ce n’est pas possible là avec la douleur que je sens sous mon crâne.

Je voudrais intégrer mon corps. Depuis plusieurs jours déjà, bien avant la céphalée. Je lui ai lancé un appel : « corps, si tu m’entends, fais-moi un signe ! » Comme dans le spectacle de Découflé que j’avais vu au TNP de Villeurbanne il y a quelques années. (C’était peut-être Shazam en 1999.)

Ayant raté la sortie sur le périphérique, j’avais pris la suivante, convaincue que je trouverais une rue perpendiculaire pour retrouver mon itinéraire, sauf que les rues perpendiculaires étaient toutes en sens interdit ! J’avais finalement fait un tour complet du périphérique pour ne pas avoir voulu faire demi-tour. Penaude et en retard, j’avais cherché désespérément le TNP dans la nuit. J’avais fini par me garer, par hasard, devant et avais suivi des personnes que je voyais entrer dans un bâtiment sombre. C’était le TNP.

Du balcon où j’avais été installée, pour ne pas déranger la représentation, j’ai vu Christophe Salengro demander à son corps de lui envoyer un signe. Le bout des doigts s’étaient mis en mouvement, puis la main, le bras et tout le corps. J’étais émerveillée.

« Corps, si tu m’entends, fais-moi un signe. »

Je sais. Je suis trop dans ma tête, je n’arrive pas à débrancher, ça cogite fort et sans cesse, en roue libre, ça se densifie jusqu’à faire des nœuds. Et même avec des nœuds, ça continue de cogiter. Des idées, des images, des bribes, des réclamations, des reformulations, des programmes, des listes, des je me demande, des jugements, des interrogations, des y en a marre la coupe est pleine. Ouf !

Alors, corps si tu m’entends, fais-moi un signe. S’il te plait. Un signe de vie, un sursaut d’envie, entre en mouvement je t’en prie. Montre-toi vivant (autrement que par la barre sous le crâne).

Il suffira d’un signe
De la main
Un geste imperceptible
Mais certain
Un mouvement infime
Trois fois rien
De la vie qui s’exprime
Par la main

Je suis sur le qui-vive
C’est certain
J’me d’mande si ça pétille
Dans un coin
J’attends que ça frétille
Dans ma main
Corps envoie-moi un signe
Au moins un

Je suis trop dans ma tête
La voilà à l’envers
Je suis pas à la fête
C’est même plutôt l’enfer
J’ai besoin à nouveau
D’sentir mes pieds sur terre
J’ai besoin de repos
J’ai un grand besoin d’air

Il suffira d’un signe
De la main
Un geste imperceptible
Trois fois rien
Un mouvement infime
Mais certain
C’est la vie qui s’exprime
Par la main

Corps m’entends-tu ?

 

2 réflexions sur “Passage à vide

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