Le mot du jour : colère

Ce matin, j’ai pris contact avec un bout de moi, tout rouge, pleurant de rage, impuissant. Je me suis demandé ce qui l’avait mis dans un tel état, mais difficile de savoir vraiment quelle était la frustration à l’origine de cette sensation de colère. Elle avait l’air de venir de loin, bien au-delà du reste de rêve nocturne, ou du goût d’insatisfaction suite à mon billet d’hier.

J’ai ressenti l’élan de l’embrasser, au sens premier du terme — l’entourer de mes bras —, pour la consoler, mais ça a eu pour effet de la redoubler : elle ne voulait ps être contenue. J’ai alors lâché le rôle de parent pour l’accueillir pleinement. J’ai plongé dans la sensation. Elle s’est transformée, dispersée en frissons. Je me suis sentie rassérénée.

Donc, le mot colère. « État affectif violent » pour son sens moderne détaché de l’idée de « bile » après avoir perdu son h : colère, cholère, vient en effet du latin cholera « maladie bilieuse, bile » emprunté au grec Kholera « bile » , la colère étant tenue pour un échauffement de la bile. Voilà pour l’explication tirée de mon Robert Historique. A noter qu’on retrouve l’association de cette émotion avec le foie en médecine traditionnelle chinoise.

A la fin de son article se rapportant à « cet état psychique » , « cette réalité humaine identifiée, universelle » dans le Dictionnaire culturel de la langue française, Alain Rey indique :

Attitude subie, comportement observé, la colère semble un phénomène humain assez clair, mais chaque civilisation, chaque époque l’interprète selon ses grilles de lecture.

J’aborderais bien la grille de lecture psychologique en évoquant l’échelle des émotions bâtie à partir de la densité de chacune, c’est-à-dire, pour le dire vite, qu’on s’allège et qu’on s’euphorise en montant les échelons (tristesse, peur, colère, joie pour ne citer que les principaux). Ainsi, en considérant le degré de densité, la colère peut être perçue comme une émotion moteur. Certes, elle peut faire sortir de ses gonds, mais dans le meilleur des cas, elle permet surtout de passer à l’action. Tout est question d’intensité.

Je n’avais pas envisagé l’angle du genre mais comment ne pas citer l’article de Rebecca Amsellem titré « De l’importance d’être en colère » que j’ai découvert en cours de journée ?

« La colère est une émotion humaine, ni bonne ni mauvaise. C’est en fait une émotion de signal. Elle nous met en garde contre l’affront, la menace, l’insulte et le mal » commence l’activiste féministe Soraya Chemaly. « Et pourtant, dans chaque culture, la colère est réservée aux garçons et aux hommes. Évidemment, il y a des différences. Ainsi, aux États-Unis, par exemple, un homme noir en colère est considéré comme un criminel, mais un homme blanc en colère a des vertus civiques. Peu importe où nous sommes, cependant, l’émotion est liée au genre. Nous enseignons aux enfants à dédaigner la colère des filles et des femmes, et nous devenons des adultes qui la pénalisent. »

DE L’IMPORTANCE D’ÊTRE EN COLÈRE, par Rebecca Amsellem,
Mercredi 30 janvier 2019
LES GLORIEUSES

Il y aurait encore beaucoup à écrire. Des liens encore flous s’établissent dans ma tête : émotion individuelle à accueillir d’un côté, impulsion collective qui met en action de l’autre… J’ai l’impression d’avoir seulement ouvert quelques pistes. C’est assez frustrant de ne pas continuer, mais je ne vais pas y passer la nuit, ni me mettre en colère. Je vais seulement conclure, pour aujourd’hui, avec Alain Rey et Gandhi.

Reste que, dans son extension la plus vaste, l’idée de « colère » est l’un des liens qui unissent en l’être humain l’énergie à l’action, que ce soit pour détruire ou pour imposer la justice :

De dures expériences m’ont appris à ne pas laisser s’exprimer ma colère. Et de même qu’en comprimant la vapeur on obtient une nouvelle source d’énergie, en contrôlant sa colère, on peut obtenir une force capable de bouleverser le monde entier.

Gandhi, Tous les hommes sont frères,
trad. G. Vogelweith, p. 191.

Dictionnaire culturel de la langue française

Le mot du jour : camion

Je me demande pourquoi il y a toujours des camions qui circulent aux abords de la bretelle de sortie d’autoroute sur laquelle je vais m’engager… Je n’ai plus la distance nécessaire pour doubler, il me faut freiner. Que le dernier kilomètre me semble long !

« Espèce de charrette » depuis le XVIe siècle devenu « gros véhicule automobile » en 1915 avec les mêmes fonctions — mais à une toute autre échelle — de « transport de marchandises et de lourdes charges » , le camion s’impose sur le bitume alors que son chargement en conteneur pourrait tout aussi bien, dans bien des cas, être transporté sur rail.

Alors certes, il y a toutes sortes de  camions : camions poubelles, camions de pompiers… Mais que de marchandises ! Que de pollution ! Me dis-je au volant de mon VL ralenti derrière un PL. C’est quand qu’on associe les différents moyens de transports ? Du ferroutage pour les longues distances et le transport routier pour les dessertes locales en camions de taille raisonnable au lieu d’autoriser la mise en circulation de semi-remorques toujours plus lourds ?

Et pour un avenir vraiment meilleur, c’est quand qu’on relocalise ?

Et puis, si on imaginait qu’on circule simplement comme dans le poème de Prévert ? A pied, à cheval, en voiture et en bateau à voiles…

Le mot du jour : poussière

Poussière rime avec serpillère… Aujourd’hui, c’est jour de ménage. Je me demande quelle est la composition de ces particules qui viennent insidieusement se déposer sur les meubles…

Une recherche sur Internet, après le devoir de nettoyage accompli, a répondu à ma curiosité. La poussière est donc un « subtil cocktail de particules dont le diamètre est inférieur à 500 micromètres. Ces particules sont d’origine minérale ou organique » — est-il indiqué ici — « des cheveux, du pollen, des peaux mortes, des moisissures, des fibres de vêtements, des bactéries… et des […] acariens » — est-il précisé (dans le premier article aussi, mais j’avais envie de citer plusieurs sources) —.

Si, d’après une étude américaine de 2010, 60% de la poussière de la maison provient de l’extérieur [Comment éliminer la poussière ?], un article sur le site de Radio-Canada, soulignant l’aspect moins nuisible qu’il n’y parait de la poussière en citant une étude de 2011 menée par Charles Weschler, retient pour sa part qu’ « une des composante principales est la peau humaine. Celle-ci contient du squalène, un hydrocarbure qui a la propriété d’éliminer l’ozone. » [De l’importance de la poussière].

Orientant ma recherche sur ce physicien américain spécialiste de la pollution intérieure, je suis arrivée à un article de Science & Vie qui répond à une question que je ne m’étais pas posée mais qui aurait pu être abordée dans Les P’tits Bateaux de Noëlle Bréham : Qu’est-ce qui fait que la poussière est grise ? Je ne m’étais pas posée la question parce que je ne me suis jamais intéressée à la couleur de la poussière. Pour autant, je ne jurerai pas que celle que j’essuie des meubles soit grise… C’est-à-dire, avant de se retrouver sur le chiffon… Bref, la couleur grise de la poussière est un effet d’optique lié à la toute petite taille des particules.

Après ce détour par la Toile, j’en reviens au mot lui-même.

Poussière rime avec lumière. J’ajouterais : surtout ou avant tout. Poétiquement parlant. Parce que ça lui donne une autre dimension. C’est la poussière d’étoiles en provenance du fond de l’univers. Le changement d’échelle me fait regarder d’un œil différent la fine et non moins dense couche de particules qui recouvre les étagères.

Le mot du jour

C’est un petit mot de trois lettres : une voyelle entre deux consonnes. Trop simple pour en faire un mot de passe. Cela étant, il se rencontre composé, en valise ou avec une clé.

Il peut être gros, il peut être grand, au pluriel de préférence, quand on lui prête une conséquence exagérée. Dans une joute verbale, on cherche à avoir le dernier. On l’exprime parfois à moitié : « tu vois ce que je veux dire ? »

Il sont bleus quand on les dit avec les yeux…

Il arrive qu’on en ait un sur le bout de la langue. Dans certaines circonstances, on va peser le poids de ceux qu’on utilise. Des personnes ne mâchent pas les leurs, tandis que d’autres en ont toujours un pour rire.

Moi, ce que je préfère, c’est jouer avec !

Au clair de la lune, mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume…

Si vous n’avez pas encore, à ce stade, deviné le mot du jour, sachez que le dictionnaire en est rempli et que cette chronique en contient deux-cent-vingt-deux. J’avoue que découvrir son origine onomatopéique, qui n’est pas sans évoquer le cri de la vache, m’a laissée sans voix.

Le mot de la fin sera celui de Julien Green, il est extrait de son Journal, 4 mai 1943 :
« La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l’écrivain. »

Le mot du jour « Petit-déjeuner »

Tandis qu’infuse mon thé noir à l’écorce de cacao, je me dis que « petit-déjeuner » est un bien joli mot… Surtout, j’affectionne ce moment de la journée que je considère même comme sacré. Ok, ce sera le mot du jour.

Le Robert indique 1922 comme date de baptême. Je m’interroge : seulement ? Mais comment disait-on avant ? Eh bien, avant, le premier repas de la journée, celui qui venait rompre le jeûne était le déjeuner, le repas du milieu de jour étant le dîner, issu du même disjejunare latin. Initialement, les deux verbes signifiaient : « prendre le premier repas de la journée le matin » . Le repas du soir était alors nommé souper. La modification des mœurs s’est accompagnée d’une évolution des mots : dîner a remplacé souper, déjeuner a été attribué au repas du milieu de la journée et le repas du matin est devenu le petit-déjeuner — puis le petit-dèj.

A l’heure actuelle, il existe toutes sortes de conseils nutritionnels et diététiques pour  se composer le meilleur petit-déjeuner possible. Il est parfois difficile de s’y retrouver car selon les points de vue et les études qui en découlent les avis ne vont pas toujours dans le même sens. Remarque : les céréales c’est peut-être bon, et pas seulement pour les céréaliers, encore faut-il lire la composition sur les paquets, et soit dit en passant le blé dont est fait le pain est aussi une céréale.

Plutôt que de se prendre la tête, il est bon de tendre l’oreille à l’intérieur pour écouter ce qui nous ferait du bien et plaisir.  Pour ce petit-déjeuner dominical, bien que la matinée soit largement entamée, pour accompagner mon bol de thé, je me suis préparé une tartine géante — beurre salé et confiture d’abricot maison sur tranche de gros pain —  et je me suis régalée.

Le mot du jour : « décision »

Avancer d’un pas décidé ou attendre, pas décidée ?
Pas suspendu par l’hésitation, ne pas savoir sur quel pied danser. Attendre le déclic, l’événement extérieur qui fera pencher la balance ou offrira de prendre la tangente comme dans Un Conte d’été d’Eric Rohmer.

Comme il peut être difficile de prendre une décision ! Ou même mieux encore, d’arrêter une décision, c’est-à-dire d’arrêter de tergiverser entre les poids du pour et du contre, entre les avantages et les inconvénients selon différents points de vue ! Arrêter le petit vélo dans la tête et faire un choix une bonne fois pour toutes. Enfin non, pas tout à fait, on a toujours le droit de changer d’avis. Mais plus tard, pas toutes les cinq minutes non plus : « Je décide ce qui est le plus important à l’instant » . Choisir et y aller : agir. Sans peur de se tromper. Il s’agit seulement de vivre une expérience (et d’en tirer les enseignements). Il n’y a pas d’erreur, encore moins de faute, en dehors du jugement du mental, même si décider a un sens juridique : « régler un différend par un jugement ». Décider c’est trancher dit le dictionnaire (Le Robert Historique en l’occurrence), d’un coup d’épée (j’ajoute en tremblant de peur), schlak ! dans l’eau, flop ! (rajoutè-je juste après pour me moquer).

Donc, schlak ! Attention ça coupe ! On va éviter les cheveux en quatre…

Agir avec décision plutôt que sans. Eh, eh…

Et décider des idées.

Voilà. Ce sera tout pour aujourd’hui.

A demain,
Si je le décide.

Je m’souviens, je m’demande, je m’dis…

Je me souviens du Mot du jour d’Alain Rey sur France Inter, chronique matinale que j’adorais écouter dans les années quatre-vingt-dix, alors que j’étais étudiante en sciences du langage. Je me souviens avoir imaginé tenir une chronique « Le mot footballistique du jour » pendant la Coupe du Monde en quatre-vingt-dix-huit. Je me souviens avoir rêvé d’écrire pour un journal régional sans jamais oser contacter personne, retenue par la peur de ne pas être capable d’assurer mon engagement tout du long. Je me souviens m’être lancée dans l’aventure, pour moi, allant jusqu’à plonger dans différents dictionnaires à la bibliothèque, et puis avoir lâché sur la distance, faute de temps, d’investissement, de motivation.

Je me demande ce que j’ai fait de ces pages…
Je me demande pourquoi j’y repense aujourd’hui…

Je me dis que je ne publie pas assez souvent sur mon blog et que je me lancerais bien dans un défi de chronique lexicale quotidienne…

Pommiers d’amour

Un pommier d’amour tout rabougri en terre
La crainte qu’il ait gelé au cours de l’hiver

Des graines recueillies puis semées
L’émerveillement de les voir pousser

Cinq pommiers potentiels
Mis en pots individuels

Des arrosages plus ou mois réguliers
De l’attention en quantité

La découverte, la joie au cœur,
D’une toute première fleur

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Bonne année 2019 !

Version 2

Et la voilà la nouvelle année !
Comme dans un conte, elle a émergé du brouillard
Avec son lot de doutes et d’opportunités :
Dérèglements, joie, troubles, chagrins, nouveau départ…
L’année 2019 sera-t-elle un bon cru ?
Ou aura-t-elle le goût d’une mauvaise piquette ?
Quelles seront les raisons de  descendre dans la rue :
Prendre l’air, faire la rêvolution ou la quête ?
Avons-nous de quoi espérer ou, au contraire,
Devons-nous craindre l’embrasement jusqu’au chaos,
Un bouleversement, l’effondrement planétaire,
Une apocalypse, Gaïa au bout du rouleau.

Une année nouvelle offre des opportunités.
A toi de saisir celles qui font vibrer ton cœur,
En son sein se trouve lovée ton humanité.
Ose l’exprimer, la partager, car il est l’heure.
Demain fleurira des graines que tu vas semer.
Alors sème ! Entraide, rires, graines d’amour par milliards,
Apporte ta contribution sans hésiter.
Filtrons la boue, comme des racines de nénuphars,
Ensemble, en commun, coquelicots et compagnie,
Œuvrons pour la Terre, allons-y ! Sans résistance
Accueillons le chaos. Hauts les cœurs les amis !
Nous donnerons naissance à des étoiles qui dansent.