Le mot du jour : grillon

Ce matin, alors que le jour n’était pas encore levé, j’ai entendu un grillon dans le local de surveillance où je travaille. Rien à voir avec le « grillon énervé [qui] lança un bref cri de détresse au sol », page 344 d’Un Lieu Incertain de Fred Vargas. Je me suis demandé si c’était une hallucination ou l’alerte d’un ordinateur… Parce qu’un grillon qui chante en février c’est plus que rarissime. En tant qu’insecte fouisseur, amateur de lieux chauds et humides, il est plutôt encore en hibernation dans son terrier.

J’aurais presque envie de citer entièrement l’article d’Alain Rey du Dictionnaire culturel en langue française. Pour tout retenir. Mais ce n’est pas le jeu. Alors, j’en extrais la nouvelle de Charles Dickens, Le Grillon au foyer, « un conte de Noël [dans lequel] le grillon est un petit démiurge des amours honnêtes. » , ainsi que les deux derniers paragraphes qui présentent deux visions opposées de l’insecte chantant.

[…] le grillon symbolise la douceur accueillante de la campagne, le guide de l’égaré ou, pour le grillon « domestique » , la chaleur du foyer.

A l’opposé de ces suggestions aimables, des grillons dûment entraînés deviennent en Chine des animaux de combats, objets de paris. »

Dictionnaire culturel en langue française

La représentation du grillon ne s’arrête pas là. Elle continue d’évoluer. Si étymologiquement grillon et griller n’ont pas de lien, un premier rapprochement s’établit par le biais de son cri.

En effet, le grillon est aussi appelé communément cricri en raison des stridulations produites par le mâle. « Mais qui qui fait cricri ? C’est le gri-gri c’est le grillon… » a chanté Pierre Vassiliu. Or, Faire cricri se dit grésiller par analogie à l’huile sur le feu, ou la pluie sur le vitrage, ou la friture dans le poste. Le grillon grésille donc avant de finir peut-être grillé dans une assiette. Car considéré aujourd’hui comme insecte comestible, le voilà qui passe du foyer au barbecue : voilà le grillon porte-bonheur transformé en grillons grillés…

Pour ma part, je préfère largement aller à la librairie commander la nouvelle de Dickens plutôt que d’aller commander une assiette d’insectes dans un restaurant.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s