Le mot du jour : chien

Je me demandais lequel de ces deux mots sieste ou tranquillité je choisirai comme mot du jour et puis il y a eu cette photo de husky tout doux au regard bleu ciel sur l’écran bureautique de mon poste cet après-midi… Beaucoup plus reposant que les chiens du voisinage qui jappent, le soir pour les uns — quand leurs humains sont de sortie —, le matin pour d’autres, ou n’importe quand dans la journée pour les uns et les autres… J’ai comme l’impression qu’il y a une recrudescence de chiens dans le lotissement.

Dans les moments de nuisances sonores qui troublent ma tranquillité, je me dis que les chas sont vraiment des animaux de compagnie plus intelligents, quoi qu’en rapportent certaines études (je n’ai pas retrouvé celle que j’avais en tête, basée sur des comportements — des tests d’obéissance d’après moi —, mais en voici une assez récente).

Le chien est ce « mammifère domestique (Carnivores ; Canidés), d’une espèce dont il existe de nombreuses races sélectionnées et élevées pour remplir certaines fonctions auprès de l’homme ou pour lui servir de compagnon » pour reprendre la définition qu’en donne le dictionnaire. C’est « un animal modelé par l’homme » donne en sous-titre l’article de Gilles Firmin qui explique ensuite dans le premier paragraphe :

Le chien est sans doute l’animal dont la domestication est la plus ancienne : sa présence aux côtés de l’homme est attesté dès 14 000 ans avant notre ère, au Proche-Orient. Les qualités de son ancêtre le loup — habileté à la chasse, grande sociabilité et flexibilité d’adaptation — ont conduit à l’utiliser très tôt comme un auxiliaire de chasse, puis l’espèce a été modelée au fil des siècles en plus de six cents races spécialisées. Nul autre animal, en effet, n’a été fabriqué à ce point pour répondre à nos besoins : il est le nez du chasseur, du douanier ou du sauveteur, l’oreille du vigile, l’œil de l’aveugle ; il peut être molosse dressé pour tuer, moteur attelé à un traîneau, viande de boucherie, « chien de cœur » dont la seule finalité est de tenir compagnie, ou substitut d’enfant…

Gilles Firmin
Dictionnaire Culturel en langue française, p. 1502

« l’utiliser » , « fabriqué » ,  « finalité » … Oui, il est bien question d’un être vivant sensible… Mais « dhommestiqué » pour citer un terme lacanien.

Donc, depuis hier soir, je suis en rogne, pour ne pas dire en rage, contre ces abrutis d’animaux domestiques — ou dhommestiques — qui, contrairement à leurs cousins sauvages — espèce à défendre via l’ASPAS par exemple —, aboient pour un rien, et encore plus contre leurs abrutis d’humains qui laissent faire. A un certain degré, je sors de mes gonds et de ma réserve, mais comme je ne sais pas aboyer — bien qu’étant née en année chien d’après l’astrologie chinoise — je joue du tambour pour me faire entendre à mon tour sans m’égosiller. A l’occasion, il faudrait que je trouve une info au sujet d’un centre d’éducation canine à poster dans la boîte aux lettres de leurs humains. Aller les voir pour leur signaler que les aboiements intempestifs de leurs clébards me dérangent ne sert à rien : l’été dernier, une voisine leur a déjà signalé qu’ils l’empêchaient de dormir.

Je suis en rogne, du moins je l’étais, jusqu’à ce ce que j’apprenne que le fidèle compagnon d’une amie allait être euthanasié pour avoir mordu quelqu’un. Ma colère a alors cédé la place à la tristesse. Sans connaître les détails de l’accident, je me demande ce qui a provoqué cette morsure. Je me demande pourquoi la victime est allée fourrer sa chair entre les dents du chien…

Je me souviens d’Osiris, un cocker au caractère difficile qui a accompagné une partie de mon enfance. Mes parents avaient l’habitude de dire que je faisais ce que je voulais avec lui. En fait, il prévenait en grognant quand quelque chose ne lui convenait pas (lui mettre de l’anti-puces par exemple), je savais qu’il ne fallait pas insister sur le moment, je revenais à la charge (avec l’anti-puces) un peu plus tard. Je ne sais pas comment il a fini sa vie. Mes parents l’avaient donné à quelqu’un parce qu’il mangeait les volets. Il y avait une raison à cela : mon grand-père ne venait plus le chercher pour l’emmener chasser. Je ne me souviens plus en quelle année c’était. Je ne me souviens plus si c’est suite à son décès ou avant… Je ne me souviens plus non plus comment j’avais pris la chose, mais je me demande si c’est de cet épisode que j’ai retenu ce principe chevillé au cœur : quand on prend un animal on s’en occupe jusqu’au bout…

Et on s’en occupe tout court, c’est-à-dire, quand il s’agit d’un chien, qu’on ne le laisse pas seul à aboyer.

Le mot du jour : bleu

Bleu est l’une des trois couleurs primaires avec le rouge et le jaune. Le Petit Robert le définit entre « l’indigo et le vert » en précisant « [couleur] dont la nature offre de nombreux exemples, comme un ciel sans nuages (⇒ azur), certaines fleurs (bleuets), le saphir. »

Bleu comme l’élastique autour des rouleaux de tickets
Bleu comme le ciel de Provence
Bleu comme le fromage
Bleu comme une grosse peur
Bleu comme une viande saignante
Bleu comme le sang des règles dans les publicités pour les protections hygiéniques
Bleu comme le sang des nobles

L’article du Dictionnaire culturel en langue française conclut comme suit :

Glorieuse, innocente et tragique (l’habit bleu du jeune Werther qui fascina l’Europe) la couleur bleue, entre mode, banalité pacifique et fantasmes, demeure un des termes les plus riches du « langage des couleurs » .

Chantal Tanet et Alain Rey
Le Dictionnaire culturel en langue française, page 960

Bleu électrique ou canard
Bleu comme le Danube
Bleus comme les mots de Christophe

Bleues comme les jeunes recrues
Bleue comme la maison de San Francisco
Bleue comme la ligne des Vosges
Bleu comme le panier à salade
Bleu comme le bleu de méthylène
Bleus comme les cercles de l’homme, de Fred Vargas

Pour approfondir sur le sujet, il y a les ouvrages relatifs à l’histoire d’une couleur, dont le bleu de Michel Pastoureau, historien médiéviste et spécialiste de la symbolique des couleurs. On peut l’entendre dans Hors- Champs sur France Culture. Et même le regarder en conférence dans le forum des images, ici.

Bleu comme la planète
Bleu comme le Tardis (Temps À Relativité Dimensionnelle Inter-Spatiale)
Bleue comme la chambre de Van Gogh
Bleus à l’âme comme du Roquefort
Bleu comme l’oiseau
Bleu comme l’ange
Bleu naïf
Bleu vert
bleu nuit
Bleu comme l’encre de mon stylo-plume

Le mot du jour : lait

N’en déplaise à la réglementation, j’aime boire à l’occasion un café ou un chocolat au lait végétal, même si l’appellation imposée est boisson végétale. C’est bizarre qu’on puisse encore parler de lait pour le corps ou de lait démaquillant… Ça vient sans doute du fait que ces deux types de produits ne sont pas alimentaires.

Du point de vue linguistique, le lait ne désigne pas uniquement le « liquide blanc, opaque, riche en matières organiques et minérales, sécrété par les glandes mammaires des femelles des mammifères » , mais aussi, par analogie, un « liquide ayant l’apparence du lait » comme le suc blanchâtre de plantes ou une préparation laiteuse, extrais-je du Dictionnaire Culturel en langue française. Ça repose sur le principe qu’une langue ne se réduit pas à un simple code qui colle des noms étiquettes sur les choses. Si c’était le cas, la traduction automatique serait simple comme bonjour.

Dans l’univers néo-libéral, la règlementation technocratique européenne stipule que, pour les laits végétaux on doit parler de boisson ou de jus, sous prétexte de protection des consommateurs, la dénomination lait étant réservée « au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction. » (Info tirée du site des Produits laitiers.) En passant du « liquide blanc sécrété par les glandes mammaires » au « produit obtenu par traite » la loi définit un produit de consommation humaine, faisant abstraction de l’alimentation des petits des mammifères, alors que la sécrétion mammaire est normalement prévue à cet effet. Je me demande si, de nos jours, alors que l’on est capable de concevoir des projets aberrants de « fermes-usines » sans considération aucune pour le bien-être animal, les expressions d’agneau de lait, ou de veau de lait, ont encore cours…

Le mot du jour : mélasse

Je m’étais dit que je choisirais mélasse comme mot du jour si j’étais capable de décrire la sensation qui était la mienne ce matin. Mais comment développer en phrases, ce qui tient en un mot ? Le mot du jour sera finalement succinct.

Nom féminin.
Sensation du matin après m’être réveillée en me demandant l’heure qu’il est et si le réveil n’aurait pas oublié de sonner.
Avoir la tête dans la mélasse : comme empêtrée  dans les restes visqueux d’un rêve cauchemardeux.
Rime avec lasse, limace, grimace.

Le Robert Historique donne pour l’étymologie : « latin médiéval °mellacea, pluriel signifiant “résidus sirupeux non cristallisables qui restent après la cristallisation de la canne à sucre.”  » Le mot est dérivé de mel « miel » .

C’est bien cette sensation de résidu sirupeux que j’avais dans la tête ce matin, sans le sucre. Je me suis demandé si elle ne risquait pas de se transformer en céphalée… Elle s’est dissipée. Ouf !

Le mot du jour : clé

Ce matin, je me suis dit que le mot du jour viendrait de la radio, à l’heure du déjeuner. A La Grande Table Idées, il y avait un entretien très intéressant sur le thème du travail et du droit. Alors, pourquoi pas travail, avec citation de la chanson Travailler c’est trop dur ?

Et puis l’idée est passée. Un petit mot de trois lettres est venu s’imprimer dans ma tête. Et si j’ouvrais la porte ? Si je prenais la clé des champs ? Ah oui !

La clé est un « instrument de métal servant à faire fonctionner le mécanisme d’une serrure » donne en premier sens le Dictionnaire Culturel en langue française. Pour ouvrir ou pour fermer donc. Si les définitions récentes retiennent plutôt l’idée d’ « ouverture » (« ce qui sert à ouvrir » indique Le Petit Robert comme premier élément de définition), du point de vue étymologique le Robert historique explique que clé appartient à un groupe de mots techniques à base clau-  exprimant l’idée de « fermeture » (→ clore, clou) et précise, en outre, que « la serrure primitive consistait en un clou ou une cheville passée dans un anneau » , d’où une synonymie à l’origine entre clé et clou, les innovations techniques entraînant la différenciation sémantique entre les deux mots.

Les innovations techniques perdurant, aujourd’hui on ouvre des portes avec des badges, certains véhicules démarrent avec une carte magnétique. On s’éloigne de l’instrument de métal… Par contre, dans le domaine technique, les clés n’en demeurent pas moins des outils de formes diverses et variées servant à serrer ou démonter certaines pièces.

Je ne vais pas m’amuser à lister ici tous les sens développés autour de ce petit mot essentiel, même si c’est toujours intéressant de suivre un parcours sémantique. Je voudrais seulement souligner le sens musical qui me rappelle une question entendue hier à la radio, en voiture : « parmi ces clés, laquelle n’existe pas, clé de sol, clé de la, clé d’ut ? » Rendue à mon domicile, je n’ai pas écouté la suite de l’émission, depuis, j’avais même oublié la question, enfin, le croyais-je, jusqu’à ce que je lise ce passage : clé de sol, de fa, d’ut. Ah !

Tiens, je me demande si une note à la clé donne la clé du chant…

Le mot du jour : abeille

J’aurais bien choisi bzzbzz comme mot du jour, mais l’onomatopée n’est pas répertoriée dans le dictionnaire, alors ce sera finalement abeille parce que j’ai été joyeusement surprise d’entendre bourdonner dans le romarin cet après-midi. Oh jolies-Z-abeilles !

Dénommé mouche à miel au moyen-âge, l’insecte hyménoptère a été désigné par le nom qu’on lui connait aujourd’hui à partir du XVIe siècle. Abeille est emprunté à l’ancien provençal abelha qui vient lui-même du latin apicula diminutif de apis « abeille » .

L’article d’Alain Rey qui lui est consacré dans le Dictionnaire Culturel en langue française fait état du « vaste champ symbolique et poétique » que suscite l’insecte :

« Symbole solaire et royal » d’une part, l’abeille est aussi, « au moins depuis la Bible, [symbole du] travail social et  […] [de] la parole, [du] verbe. [Déjà] la racine sémitique DBR « parole » se retrouve dans l’hébreu d bôrâh « abeille » , qui est aussi le nom de la prophétesse Débora. Dans le monde grec aussi l’abeille (melissa) peut-être la prêtresse d’Apollon à Delphes […] ou le poète […].

Remarque au passage : ce lien entre l’abeille et le verbe me fait penser à une étude d’Emile Benveniste dans un ouvrage de linguistique, Problèmes de linguistique générale tome I (1976 pour la première édition), qui pose la société comme condition du langage. L’auteur constate, en effet, que si les procédés de communication découverts chez les abeilles sont différents du langage humain, en cela qu’ils ne constituent qu’un code de signaux, il n’en demeure pas moins significatif que ce code soit propre à des insectes vivant en société.

Retour à l’article d’Alain Rey :

Douée de vertus morales et sociales […], l’abeille peut représenter une parcelle de l’intelligence divine : ce qui lui confère un pouvoir de message et de révélation initiatique.
[…]
Dans d’autres cultures, l’abeille représente à la fois l’âme (Amérindiens, Sibériens) et l’organisation sociale (Afrique). Malgré la diversité des contextes, les constantes sont frappantes. »

Alain Rey
Dictionnaire Culturel en langue française

Je me demande ce qu’il reste de cette symbolique de nos jours, alors que les abeilles sont menacées d’extinction… Dans un monde ultralibéral sans âme, destructeur de l’environnement — notre milieu naturel — et du lien social, un monde dans lequel on en vient même à dénaturer le langage…

Je noircis le tableau. Ce monde n’est pas qu’ultralibéral. Un peu partout des initiatives naissent pour éviter le pire, pour construire un nouveau modèle, changer de paradigme dit-on. Chacun.e peut apporter sa contribution de colibri. En faveur des abeilles et des insectes pollinisateurs, il y a notamment l’initiative de création de zones de Bzzz en semant des millions de graines mellifères, menée par l’association Agir pour l’environnement.

Continuez à butiner et à danser, jolies-Z-abeilles !

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Le mot du jour : café

Je l’ai extrait de la liste des mots du jour potentiels — des mots évocateurs, qui me plaisent bien, d’ailleurs, celui-là je l’ai déjà mis en poème il y a quatre ans — sentant que son tour était venu. Car, ce matin, enfin, à l’approche de midi, je me suis préparé un café, non pas en vue de faire une pause, mais bien pour me réveiller la tête, pour activer la soupe de cellules grises de chez grises de dans mon crâne. L’effet n’a pas été fulgurant. Je me suis resservi une larme constatant que j’avais terminé ma tasse sans m’en rendre compte. Et puis, à un moment, je suis passée en mode activité et oh ! Surprise ! carrément en mode je jette, je mets à la poubelle ou dans le garage en attendant d’aller à la déchèterie. Ce n’était pas prévu dans le programme du jour, mais j’ai suivi l’élan donné par la tasse d’alcaloïde à pouvoir psychotrope. Je m’attendais à un éclaircissement de l’esprit, je me suis tout simplement mise en mouvement sans tergiverser. J’ai bien apprécié.

Sans doute originaire d’Ethiopie, le café qui a une action sur la psychophysiologie humaine doit son succès à une autre de ses qualités, plus culturelle : la convivialité.  Car le mot ne désigne pas seulement une boisson, ni la graine à la base de sa confection, mais aussi un établissement public, un lieu d’échanges et de rencontre ouvert sur l’extérieur. Et « Prendre un café » est devenu le symbole de la sociabilité. Voilà en résumé très condensé — pour ne pas dire très serré — le riche article de trois pages du Dictionnaire Culturel en langue française.

Au sujet de l’étymologie, je m’en réfère, une nouvelle fois, au Robert Historique :

CAFÉ : mot apparu vers 1600 sous diverse formes, et emprunté au turc qahve, lui-même repris de l’arabe qahwa, qui, selon Littré, désigne la boisson, non la graine, et signifierait à l’origine « liqueur apéritive ».

Dictionnaire Historique de la langue française
Le Robert

Vu l’heure à laquelle je vais mettre en ligne ce billet, je pense que ma boisson du petit-déjeuner demain sera un café. Au lait ou pas ? Telle est la question que je ne pose pas vraiment, mais qui me vient du refrain qui me trotte dans la tête depuis tout à l’heure. Partager la vidéo me donne l’occasion de découvrir, non sans émotion, les paroles : « Les amis c’est du café, qu’on sert très fort quand ça va mal » .

 

Le mot du jour : exercice

Chaque dimanche d’atelier chant à Lyon, je m’imprègne de mélodies, de voix d’accompagnement, d’anecdotes, de connaissances au sujet de l’univers trad. C’est passionnant et à chaque retour, je suis convaincue que je vais cultiver tout ça, sauf que, passée la porte de la maison, je suis absorbée par un autre univers, le mien, dans lequel mon goût pour… comment dire ?.. l’étude ne trouve plus sa place. Mon cerveau se focalise sur d’autres choses, je suis accaparée par d’autres activités et je constate assez tristement que l’activité chant se ferme en même temps que le cahier du répertoire…

Pourtant, pour progresser, pour avancer, pour aller plus loin, il serait nécessaire que je m’entraîne. Ne serait-ce qu’avec quelques exercices de voix quotidiens. Sans mettre la barre trop haut, sans évoquer la rebutante discipline. Simplement quelques minutes à exercer ma voix. Oui, mais voilà, l’étymologie n’est pas très réjouissante.

Exercice est issu du latin exercitium « exercice » , qui vient du verbe exercere qui a donné exercer, formé sur ex et arcere « écarter » , au sens propre « chasser » d’où « ne pas laisser en repos » , et par extension (attention ça se corse encore) « mettre à l’épreuve, à la torture » , d’où « travailler » et « pratiquer (une activité) » .

Rien que « ne pas laisser en repos » me procure une vive réaction. C’est aussi rédhibitoire que la discipline pour moi.

Je me demande d’où me vient ce besoin essentiel de repos… Peut-être que je devrais le choisir comme mot du jour, un jour prochain.

Des différentes acceptions d’exercice du dictionnaire, une seule trouve grâce à mes yeux, c’est l’exercice de style. Il y a, en outre, une seule activité que je suis capable de répéter quotidiennement, c’est écrire, parce que je ne l’envisage pas en tant que discipline.

Dans le Dictionnaire Culturel en langue française, il y a cette citation de Gide qui me parle beaucoup :

Faut faire des exercices, des exercices, et patati et patata. Mais est-ce que j’en ai fait, moi des exercices ? Laissez-moi donc tranquille ! On apprend à jouer en jouant.

Gide, Si le grain ne meurt

Derrière jouer, j’entends s’amuser, même s’il s’agit de jouer d’un instrument de musique. Et donc, pareillement, apprendre à chanter en chantant. En collectif. Parce que ce qu’il y a de plus rébarbatif dans les exercices, dans le fond, c’est de les faire seul.e dans son coin. Finalement, je me demande quel poids de devoirs scolaires je leur associe…

Le mot du jour : imaginaire

Dans imaginaire, il y a image et magie ; main aussi. Et le mot rime avec lumière. Par ces mots peut être résumé le spectacle que j’ai vu hier soir à La Maison de la Danse.

Car hier soir, je suis allée voir Magie d’ombres… et autres tours, un spectacle de Philippe Beau, mêlant magie, cinéma et ombromanie, l’art de créer des ombres avec les mains, plus connu sous le nom « ombres chinoises » . Ce fut un enchantement poétique. J’y ai retrouvé mon âme d’enfant. C’est fascinant comme il suffit de peu pour créer l’illusion et ouvrir les portes de l’imaginaire, comme un simple jeu d’ombres avec les mains fait naître des images et raconte des histoires, porté par de la musique cinématographique.

Philippe Beau / Magie d’ombres et autres tours mardi 3 décembre 2013 – 20:00 from LUX Scène nationale on Vimeo.

Donc, imaginaire. J’ai regardé la définition qu’en donnait le Dictionnaire culturel en langue française. Le mot est emprunté au latin imaginarius « simulé » , « ce qui n’existe qu’en imagination » , dérivé de imago qui a donné image. En tant que nom masculin, imaginaire est « Ensemble des produits de l’imagination, domaine de l’imagination » et s’oppose à réel. Ça n’en demeure pas moins un élément primordial : que serait une vie dénuée d’imaginaire ?

A la fin du spectacle, il y avait une rencontre en bord de scène avec Philippe Beau. Il a expliqué qu’encore aujourd’hui, les gens étaient fascinés par les images, sans forcément en avoir conscience et même s’il n’y a plus  la magie du début du cinéma.  On passe un temps infini face à des écrans, les moyens techniques — images en 3D ou réalité augmentée — nous permettent d’expérimenter toujours plus loin. Oui, la fascination est toujours là. Mais la magie ? Où est la magie, quel est la place pour l’imaginaire quand on baigne dans un environnement d’images qui cherchent à faire plus vraies que vraies ?

Pour moi, un film en 3D, c’est bien plus un film avec la musique jouée par un orchestre en direct, qu’un film à regarder avec des lunettes spéciales. Pour moi, la magie agit dans la simplicité avec peu de moyens : il suffit d’un projecteur, d’un écran et des mains qui dansent et créent des figures d’ombre. D’après moi, l’imaginaire est bien mieux nourri par cette simplicité et cette économie de moyens comme il peut l’être, par ailleurs, par le langage, c’est-à-dire une histoire qu’on raconte avec des mots (ah la puissance des feuilletons radiophoniques !) que par les moyens techniques modernes produisant des images plus que réelles. La suggestion est plus forte.

Finalement, j’en viens à me dire que, de nos jours, on manque sérieusement, sinon cruellement, d’imaginaire.

Le mot du jour : tergiversations

La vie est une question de choix, de priorités. Qu’est-ce que je fais passer avant ? Qu’est-ce qui est le plus important pour moi ? Euh, mais quel moi d’abord ?

Mon moi héroïque : « Je peux tout faire ! Même pas peur d’une nuit de trois heures, même juste après le passage à l’horaire d’été. »

Mon moi confort : « Ah non, c’est trop ! Ce n’est pas possible ce rythme d’enfer. Je vais être sur les rotules. Je risque la céphalée. Non, ça ne va pas le faire. J’ai besoin de respecter mes heures de sommeil. Déjà que je vais être perturbée par le passage à l’horaire d’été. Non, non, non, ce n’est pas possible cet emploi du temps de la semaine prochaine ! »

Mon moi salarié : « Le travail avant tout. »

Mon moi Kairos : « J’ai une autre activité sur mon jour défini en tant que jour de repos. Je ne vais pas potentiellement travailler sept jours d’affilée ! J’ai besoin d’un véritable jour de repos. »

Mon moi raisonnable : « J’ai fait part de plusieurs demandes relativement à la constitution du nouveau calendrier semestriel, c’est donnant-donnant, je peux accepter cette semaine chargée. D’autant que c’est la première de l’année. »

Mon moi rebelle : « Je suis à temps partiel, certes annualisé, ce n’est pas pour réaliser quarante heures par semaine ! Je travaille pour vivre, en aucun cas je ne vis pour travailler. Eh, j’ai une vie en dehors du boulot ! »

Plusieurs choix s’offrent à moi… A cet instant précis, je ne sais pas encore ce qui va l’emporter…

J’ai ouvert mon Petit Robert à la page deux mille deux cent trente-trois pour trouver la définition de tergiversation :

Le fait de tergiverser ; attitude, conduite de quelqu’un qui tergiverse ⇒ atermoiement, faux-fuyant, hésitation.

Puis je suis allée regarder l’étymologie de tergiverser dans le Robert Historique. Et là, page deux mille cent quatre, c’est la stupéfaction !

TERGIVERSER […] est emprunté […] au latin classique tergiversari, proprement « tourner le dos » d’où au figuré « user de détours pour éviter » . Ce verbe est issu, par l’expression terga vertere « tourner le dos » , de tergum « dos » et versari « se tourner souvent » . […]
Tergiverser « user de détours » signifie aussi par extension « hésiter longuement » .

Il ne pouvait pas y avoir un mot plus adapté pour exprimer mon état. Car, de fait, je tourne le dos à un emploi du temps trop chargé et je cherche le meilleur moyen pour l’éviter. Je me demande quelle est la solution la plus satisfaisante… A quoi dire oui ? A quoi dire non ? Qu’est-ce qui est le plus juste ? J’ai entendu mes différentes facettes. Je laisse reposer.