Le mot du jour : manager

Un collègue syndicaliste m’a envoyé un dossier au sujet du bien-être au travail. Il s’agit d’articles des Echos qui valent leur pesant de cacahouètes. Enfin, ça me donne envie de convoquer Franck Lepage au sujet du vocabulaire et Fabrice Midal au sujet de l’instrumentalisation : la méditation comme réhumanisation et pas comme outil de gestion.

Le premier article dans Les Echos annonce, dans son titre, le rôle de « ceux qui mènent le manège » : Bien-être au travail, tout dépend des managers.

Note au passage : dans la conception néolibérale du travail que l’on connait aujourd’hui, il n’est plus question de salarié.es, encore moins de travailleuses et de travailleurs, on parle de collaborateurs. Au masculin. La vague de l’égalité des genres n’a pas atteint le milieu managérial.
Il n’est plus tellement question de travail, non plus, d’ailleurs. Dommage, parce que la définition du travail en tant que métier qui a du sens est un facteur de valorisation pour la personne qui l’effectue.

Donc, manager. Nom masculin. Prononcer « manageur » comme dans nageur, alors que l’on prononce plus facilement le suffixe anglais -er « -aire » , comme dans supporter, reporter. C’est que le manager est un acteur, au sens agent grammatical, et rime avec collaborateurs. D’ailleurs, il semble que les deux termes font la paire, et peur (pardon, ça m’a échappé).

Manager est un emprunt graphique (1785) à l’anglais manager qui signifie « celui qui s’occupe de quelque chose » , « qui conduit » . Le substantif vient du verbe to manage « diriger un cheval, mener » . Le mot est probablement emprunté à l’italien maneggiare, dont le déverbal maneggio a donné manège en français. En anglais, le mot est attesté depuis la fin du XVIe siècle avec une valeur générale aujourd’hui rare, puis spécialement (1670) en parlant du responsable d’une entreprise ou d’une institution.

D’abord employé dans le sens d’organisateur (agent, entraîneur, impresario) dans les milieux du spectacle et du sport, le mot a été réemprunté en 1961 avec management pour être appliqué au dirigeant d’une entreprise, puis étendu à toute personne exerçant une fonction d’organisation et de gestion : cadre, gestionnaire, responsable. Aujourd’hui, on trouve des managers à tous les niveaux hiérarchiques. Et ce même alors que le personnel diminue : c’est comme si moins on veut d’employé.es, plus il y a besoin d’organisation. Ça fait poser question au sujet du sens du travail, du moins quand on arrive encore à penser par soi-même, ce qui est rendu difficile par le formatage de l’entreprise. Il n’y a qu’à lire l’interview de Philippe Rodet, auteur de La Bienveillance au travail, pour s’en convaincre. « Programmer des cours de yoga ne suffit pas » , non, effectivement, l’ancien médecin urgentiste ne propose rien de moins que le formatage des individus pour les rendre toujours plus performants. Instrumentaliser la bienveillance ou la reconnaissance, quelle horreur ! C’est écœurant. Il faut avoir une bien piètre opinion de l’être humain pour avoir une telle vision. D’ailleurs, s’il évoque l’humain, c’est dénué d’être. Dans le monde de l’entreprise moderne, l’humain n’est plus qu’une simple ressource, maniable.

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