Lettre à M*

Chère amie,

A part moi, il n ‘y a pas âme qui vive ici ce soir. Moment de solitude. Mama mia ! Je m’ennuierais, si je n’avais pas pris la plume pour vous écrire ces quelques mots. Un murmure de la main… Mouais… (Je m’essaye aux allitérations, mais c’est moyen…)
Le chant mélodieux des moineaux m’accompagne. Du miel pour les oreilles. Moment musical… Me revient en mémoire des mots sur Music for a while : la musique pour un moment où l’on fait abstraction de tout. Moment magique…

Le printemps est arrivé sort de ta maison !
Voilà ce que pourrait signifier le chant des moineaux et autres oiseaux. Seulement ce mois de mai est un peu frais pour ne pas dire froid. Normal : j’ai crû que la chaleur allait s’installer et j’ai rangé la couette d’hiver pour la remplacer par une plus légère… J’aurais pu attendre. Ce soir, j’ai un gilet sur le dos.

Change de ciel, viens voir la terre, voir le soleil et les rivières !
C’est étrange cette sensation d’entendre des messages dans les pépiements, mais j’aime ! Quelle merveille ! C’est du baume au cœur. Merci ! Et ça continue…

Chasse au loin la détresse, laisse entrer le printemps, le temps de la tendresse et de l’apaisement.
Oh ! j’en suis tout émue ! Voyez comme ce moment est magique : je prends la plume pour vous écrire et c’est moi qui reçois un message ! Je vous le transmets,  vous me direz ce que vous en pensez.
Je m’étais dit que j’écrirais tant que je n’aurais pas à allumer la lumière. Nous voilà entre chien et loup. Je vous dis à bientôt.

Bien à vous,

Mélanie

*Exercice d’écriture avec des phrases introductives extraites de chansons en italique : Michel Fugain, Le Printemps ; Claude François, Viens à la maison ; Hubert Félix Thiéfaine Trois poèmes pour Annabel Lee

Le mot du jour : cuillère

C’est avec une grande joie et une pointe d’étonnement que j’ai découvert un courrier en provenance de Belgique dans ma boîte aux lettres hier. Je me suis dit que je faisais finalement des dix premiers « j’aime » de l’annonce de la parution de la treizième histoire de la Grande Brocante fondée sur le principe « une enveloppe = une histoire » . Sauf que le message sur Facebook date de quinze jours et qu’il évoquait une histoire de clou, alors que j’ai reçu, en avant première, une histoire de cuillère… Ah ! « La dernière sans troc » est-il « post-ité » . Ah ? Le petit mot m’a rappelé que j’ai toujours en tête de répondre à l’histoire de la cassette et à celle de la carte de tarot… En attendant, je me suis dit que je pourrais tout de suite me pencher sur le mot cuiller que j’associe à biscuit, au-delà de l’heure, d’été, du goûter… Et, oh ! Je découvre une merveille d’étymologie.

CUILLER, CUILLÈRE
[…] est issu du latin impérial impérial cochlearium « ustensile creux à manche » . Ce mot est dérivé de cochlear « mesure pour les liquides » , dérivé de cochlea « escargot » , « coquille d’escargot » emprunté au grec kokhlias, de kokhlê « coquillage » […].

Dictionnaire historique de la langue française
Le Robert

Cochlea qui a donné en français (1845) le nom de « la partie de l’oreille interne enroulée en spirale, contenant les terminaisons du nerf auditif » : cochlée.

Le Robert Historique fournit deux explications possibles à l’évolution du sens de la cuillère : sa forme qui évoque une coquille, ou sa fonction d’instrument servant à manger des escargots (dont les Romains étaient très friands). Là, le merveilleux cède la place à un haut-le-cœur. J’ai déjà évoqué ici mon affection pour les gastéropodes et je ne vous cacherai pas le soulagement que j’ai ressenti en retrouvant quelques spécimens dans la cour en début de semaine : je commençais à me demander où ils étaient passés depuis l’année dernière.

Version 2

Bref, il va sans dire que je préfère l’explication de la forme à celle de la fonction.

Je me demande s’il existe des cuillères à spirale… Voire des cuillères en spirale…
Une rapide recherche sur Internet m’apprend que oui : une cuillère à miel en spirale d’abord (pour éviter qu’il ne coule trop vite), mais aussi un ustensile à ressort souple et serré pour émulsionner sauces, mayonnaises et vinaigrettes. On n’arrête pas le progrès.

Je me suis dit deux, trois choses

Je me suis dit, mercredi de la semaine dernière, que ça faisait dix jours que je n’avais rien publié et que c’était bien assez.

Bon, à vrai dire, c’est après que quelqu’un m’a demandé pourquoi j’avais arrêté les mots du jour que j’ai réalisé que ça faisait déjà dix jours.

Le temps a filé.

Pourtant, je m’étais dit, avant de suspendre la série de publications quotidiennes que je pourrais glisser les cent mots du jour dans un texte. Sauf que je ne l’ai pas encore fait. Je continue à me dire que c’est une bonne idée, même si je n’ai pas, actuellement, la disponibilité pour la concrétiser.

Toujours mercredi dernier, mais le soir cette fois, alors que j’étais à La Maison de la Danse, je me suis dit que rouge, robe ou moyenne pourraient être de nouveaux mots du jour…

Rouge, comme le rideau de la scène, les fauteuils, mon manteau, mes chaussures et mon sac à main.
Rouge comme le feu que j’aurais bien voulu peindre en vert pour laisser le passage à plus de deux ou trois véhicules à la fois.
Rouge comme un nez de clown.
Rouge comme les feux arrière des voitures la nuit.
Rouge comme sens interdit. Un camion de pompier.

Robe
Une robe de danseuse fluide qui virevolte, comme celles portées sur scène que j’ai trouvées magnifiques au point de me dire que j’en voudrais bien une pareille.
Une robe de danseuse qui inspire la liberté de mouvement. Tout le contraire d’une robe de ville, droite, genre tailleur.

Moyenne
J’en suis à plus d’une publication par semaine, même sans rien mettre en ligne jusqu’à la fin de l’année. Mais elle est loin la fin de l’année, même si le temps défile, et je n’ai pas l’intention de ne plus rien publier.

Là, je me dis qu’il y a beaucoup de formes négatives dans ma dernière phrase…

Au-delà de cette considération, je me dis que si je refais une série de mots du jour, ce sera en m’accordant un ou deux jours de repos par semaine. Je me dis aussi que ce serait sympa une série sur un air dans la tête… Tadam !

Finalement, je me demande, non sans curiosité, quand je m’y remets…

Le mot du jour : air

Dehors l’air est très, très frais. Un vent froid souffle fort. Ce n’est pas encore l’heure de sortir les petites robes… Bref.

L’R de rien. Quoi ? L’air de rien, j’ai déjà publié quatre-vingt-dix-neuf mots du jour. De quoi écrire un roman, peut-être ? Euh, pas si vite.
Celui-ci est le centième ! Je prends l’air à pleins poumons : Ah !
Eh oui. Je ne prolongerai pas trois semaines — non ? — pour tenir un tiers d’année comme me l’a suggéré mon esprit farfelu en cours de route. Farfelu, farfelu… Je m’en tiendrai à ce nombre rond. Et rond et rond petit patapon… L’exercice de persévérance a ses limites… Quand on a passé les bornes, il n’y en a plus. De limites.

Je crois que je ne réalise pas trop. Cent publications quotidiennes ? Oh ! Oui. Sans mot d’excuse pour un raté. Chapeau ! J’ai tenu la distance et mon cerveau commence à manquer sérieusement d’air. Mais non ! J’peux encore assurer, j’t’assure ! D’aération, je veux dire : depuis le temps qu’il turbine ! Va-t-il savoir s’arrêter sans ressentir un manque ? Je me demande… Pourtant, il a bien mérité de se mettre au repos. Une respiration. Une grande. Une bouffée d’oxygène. Ce qui serait bien ce serait de sortir prendre l’air, dès qu’il fera moins froid et plus ensoleillé.

Donc, voilà une dernière ouverture de mon Robert Historique, pour cette série.

AIR, nom masculin, est issu (XIIe siècle) du latin aer, à l’accusatif aerem, emprunt au grec aêr, aeros « vent » , puis « air » (→ aérer).

Dictionnaire historique de la langue française,
Le Robert

Je terminerais bien sur un air à fredonner… Oui, mais lequel ?
Un air dans la tête… Tiens, ce pourrait être une idée de thème.
Un air de jazz, au hasard ou au débotté… Un air qui swingue.
Un air de Gershwin ? Summertime, par exemple ;
Quelques notes de musique, trois petites notes… ;
Un air, ou deux du mois de mai  ;
Un air à la mode ? Genre qui passe à la radio… A vrai dire, je m’y connais peu : elles sont loin mes années Top 50 ;
Un air qui mériterait de retenir l’attention : Emilie Loizeau en faveur de l’Appel des coquelicots ;
Un air entêtant… Je vois pas là tout de suite ;
Un air chic et entraînant… Un air gai, chic et entraînant ;
Un air qui remonte de l’enfance. Oh ! Miracle ! Je le trouve d’un clic ! Dans tous les alpages, le voilà mon air entêtant !

Je ne manque pas d’airs et je pourrais passer la nuit à allonger la liste à l’infini. Mais non. Je vais simplement en chercher un dernier. Simplement… Euh… J’ai l’air des Visiteurs de Noël dans la tête. C’est pas de saison. Quoique, au vu des températures. Presque. Mais bon. Je cherche autre chose. Un air comme Tête en l’air. Oui, voilà l’air approprié pour une belle conclusion.

 

Le mot du jour : orage

Je suis dans le cirage
Mais j’ai bien ouï tonner
Un tout petit orage
Qui ne fait que passer
Dispersé par le vent
Bientôt une éclaircie
Je peux dès à présent
Me brancher au wifi
Pour partager ces vers
Modestes du mot du jour
Que le temps à l’envers
M’a soufflé en secours.

Et donc, je découvre, non sans étonnement, son étymologie dans mon Robert historique : orage a d’abord désigné un vent favorable avant de prendre son sens moderne de « tempête, forte pluie » suite à un renversement en « vent défavorable » .

ORAGE nom masculin est dérivé (vers 1112), avec le suffixe collectif –age que l’on retrouve dans feuillage, ramage, de l’ancien français ore « vent » (de 1165 au XIVe siècle), à côté de aure, issu du latin aura « souffle, brise » (→ aura).

Dictionnaire historique de la langue française
Le Robert

Aucun lien avec ouragan, à part dans ma tête où j’ai reconstruit une étymologie fantaisiste : oura– « vent » (par évolution phonétique) et –gan « fort, violent » . Je viens de vérifier en tournant quelques pages, dix-huit pages pour être précise : ouragan est un emprunt phonétique à l’espagnol huracan.

Clin d’œil musical. L’Orage, c’est aussi le nom d’un groupe valdotain :

Qui vient de sortir un nouvel album :

 

Le mot du jour : joie

Comme un besoin de quelque chose pour réactiver la machine, me sortir d’une certaine langueur…

La luminosité du soleil couchant par exemple. Elle était particulièrement belle ce soir. Quel spectacle j’ai eu sous les yeux ! Il m’a ravi, m’a enchanté le cœur. Oh joie ! Je suis sortie immortaliser la scène.

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Et découvert un détail qui m’avait échappé dans un premier temps, un feu de couleurs jaillissant des collines : la naissance d’un arc-en-ciel. Waouh !

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Bon, ça rend moyen en photo, pas aussi bien que ce à quoi je m’attendais, mais ça donne idée de ce que je ne me sentais pas de traduire en mots.

C’est autre chose que le bonheur, la joie. C’est plus pétillant. Ça met le corps en mouvement. La joie est un moteur.

« Emotion agréable et profonde, sentiment exaltant ressenti par toute la conscience » donne comme première définition le Dictionnaire culturel en langue française, en précisant même :

La joie se distingue du bonheur en ce qu’elle n’a pas le même caractère de calme plénitude et de durée ; du plaisir, en ce qu’elle concerne toute la sensibilité et qu’elle constitue une émotion, un sentiment et non une sensation ; de la gaieté et de l’enjouement qui désignent surtout une disposition ou une humeur.

Dictionnaire culturel en langue française, page 2201

Voilà.

Et un air joyeux dans la tête pour finir.

 

Le mot du jour : couette

En ce début de mois de mai, il fait encore bien frais. Le temps humide incite davantage à rester sous la couette, qu’à profiter des jours qui ont gagné en longueur.

La couette « édredon recouvert d’une housse qui remplace à la fois le drap de dessus et les couvertures » n’a rien à voir avec le diminutif de l’ancien français coue qui a donné queue et couette au sens de « petite queue » puis, « mèche de cheveux » . Non, la couette, sous laquelle je vais aller me glisser incessamment sous peu, est issue du mot latin culcita « matelas, coussin » qui, explique mon Robert Historique, a subi un double traitement phonétique aboutissant, selon les régions, à coute ou coite.

A noter que le mot latin est peut-être apparenté au sanskrit kurcah « balle, ballon » . Tiens donc, ballon… C’est l’occasion d’évoquer la Coupe du monde féminine de football qui aura lieu dans un mois en France : j’ai lu un article à ce sujet dans le dernier numéro de Causette tout à l’heure.

Normalement, dans un mois, j’aurai rangé la couette d’hiver et sorti la couette d’été… Enfin, j’espère.

Le mot du jour : bonheur

Pas besoin de muguet en ce premier jour de mai pour symboliser le bonheur — d’ailleurs celui de la cour devant n’est pas encore fleuri — il m’a suffit d’ouvrir la fenêtre dans le but de faire entrer le soleil pour en avoir une vision :

Version 2

Ah ! Oui ! Que c’est simple le bonheur ! Savourer ce qui est là.

J’ai trouvé dans mon Dictionnaire culturel en langue française :

BONHEUR : vers 1121 de bon et heur « chance » .

« Heur est issu du latin augurium qui désigne le présage, favorable ou non, et véhicule l’idée de croissance (augere) et d’accomplissement. L’heur peut-être bon ou mauvais (bonheur, malheur) et parfois il n’est que bon [:] celui qui en jouit est dit heureux. »

Et donc, ce matin, j’étais heureuse rien qu’à regarder Pixel heureux.

C’est quand le bonheur chantait Cali (en 2002), avec un chat sur la photo du disque, du coup j’intègre la vidéo.

Eh bien, juste là, en fait. Ici et maintenant.

Avant la catastrophe qui vient.

Car après avoir entendu Fred Vargas parler de son dernier livre, L’Humanité en péril – virons de bord toute !, dans La Grande Librairie ce soir, difficile de rester dans une complète sérénité. Miyazaki porte le message depuis des décennies.

Je me demande comment contribuer à multiplier les colibris… Plus modestement, je ne sais pas comment, mais je veux œuvrer à voir encore mes chats heureux, à entendre le bourdonnement des abeilles dans la cour et le chant des oiseaux…

Le mot du jour : divulgâcher

Ce matin à dix heures, je me suis branchée sur France Culture pour écouter la deuxième émission sur le thème « Philosopher avec Miyasaki » : Porco Rosso, mythologie du ciel. Ça faisait longtemps que je n’avais pas écouté Les Chemins de la philosophie. J’y reviens après avoir découvert Ponyo sur la page d’accueil du site de France Culture, hier, et cliqué sur le lien, quasi dans la foulée, pour écouter Ponyo sur la falaise, une héroïne japonaise.

Un instant, j’ai cru que l’émission d’aujourd’hui était une rediffusion, vu que l’intervenant, Hervé Joubert Laurencin, était déjà intervenu l’automne dernier, dans le cadre d’une semaine sur la philosophie au Japon. Mais non, pas du tout, il s’agissait bien d’une nouvelle émission sur un autre long-métrage de l’œuvre du grand Hayao Miyazaki. En cours d’entretien, Adèle Van Reeth a parlé de ne pas divulgâcher l’histoire ou l’intrigue, je ne sais plus exactement. Je n’ai pas retenu la phrase, seulement le verbe, ce néologisme québécois, que je trouve magnifique, mot-valise construit à partir de divulguer et gâcher pour traduire le franglais spoiler verbe dérivé de l’anglicisme spoiler traduit divulgâcheur par l’Office québécois en langue française en 2014. Ce mot est trop récent pour être dans mes dictionnaires…

Si mon Dictionnaire culturel en langue française (de 2005) connait l’anglicisme spoiler, c’est dans son acception technique : « élément de la carrosserie (d’une voiture) destiné à réduire la poussée vers le haut à grande vitesse et donc à augmenter la pression sur les roues ou à diminuer la pression sur l’arrière. » A noter que spoiler est, en anglais, le nom d’agent de to spoil « gâter, abîmer » et « dépouiller, enlever » , mot de la famille du latin spoliare qui a donné dépouiller, spolier en français. La diphtongue qui m’irrite les oreilles me masque le lien étymologique.

La nouvelle diffusion de spoiler n’a rien à voir avec le sens technique, mais est en lien avec les séries télévisées à suspense, le mot désignant ici « un document ou un texte qui dévoile tout ou une partie de l’intrigue d’une œuvre (livre, film, jeu vidéo), et donc gâche le plaisir et la surprise de la personne de découvrir l’œuvre par elle-même » (dixit Wikipédia). De l’anglicisme spoiler a été dérivé le verbe franglais spoiler qui pourrait prêter à rire, sauf que ce n’est pas franchement drôle de se voir gâcher le plaisir de la surprise de l’intrigue de sa série préférée. Cela dit, il est possible d’imaginer quelqu’un qui s’amuse à divulgâcher l’intrigue d’un film à suspense ou d’un roman policier. Dans ce cas, on pourrait dire qu’il s’poile à spoiler…

Au-delà du jeu avec les mots, je me demande d’où vient la nécessité d’en créer un nouveau. Pourquoi ne pas se contenter d’employer gâcher ? D’où vient le besoin sémantique de divulgâcher ? Est-ce qu’on a perdu l’art de raconter sans dévoiler ? Est-ce que, dans le fond, ça ne fait pas écho à trop de paroles ? Est-ce que ça ne nous renvoie pas à un manque de silence ?