Le mot du jour : divulgâcher

Ce matin à dix heures, je me suis branchée sur France Culture pour écouter la deuxième émission sur le thème « Philosopher avec Miyasaki » : Porco Rosso, mythologie du ciel. Ça faisait longtemps que je n’avais pas écouté Les Chemins de la philosophie. J’y reviens après avoir découvert Ponyo sur la page d’accueil du site de France Culture, hier, et cliqué sur le lien, quasi dans la foulée, pour écouter Ponyo sur la falaise, une héroïne japonaise.

Un instant, j’ai cru que l’émission d’aujourd’hui était une rediffusion, vu que l’intervenant, Hervé Joubert Laurencin, était déjà intervenu l’automne dernier, dans le cadre d’une semaine sur la philosophie au Japon. Mais non, pas du tout, il s’agissait bien d’une nouvelle émission sur un autre long-métrage de l’œuvre du grand Hayao Miyazaki. En cours d’entretien, Adèle Van Reeth a parlé de ne pas divulgâcher l’histoire ou l’intrigue, je ne sais plus exactement. Je n’ai pas retenu la phrase, seulement le verbe, ce néologisme québécois, que je trouve magnifique, mot-valise construit à partir de divulguer et gâcher pour traduire le franglais spoiler verbe dérivé de l’anglicisme spoiler traduit divulgâcheur par l’Office québécois en langue française en 2014. Ce mot est trop récent pour être dans mes dictionnaires…

Si mon Dictionnaire culturel en langue française (de 2005) connait l’anglicisme spoiler, c’est dans son acception technique : « élément de la carrosserie (d’une voiture) destiné à réduire la poussée vers le haut à grande vitesse et donc à augmenter la pression sur les roues ou à diminuer la pression sur l’arrière. » A noter que spoiler est, en anglais, le nom d’agent de to spoil « gâter, abîmer » et « dépouiller, enlever » , mot de la famille du latin spoliare qui a donné dépouiller, spolier en français. La diphtongue qui m’irrite les oreilles me masque le lien étymologique.

La nouvelle diffusion de spoiler n’a rien à voir avec le sens technique, mais est en lien avec les séries télévisées à suspense, le mot désignant ici « un document ou un texte qui dévoile tout ou une partie de l’intrigue d’une œuvre (livre, film, jeu vidéo), et donc gâche le plaisir et la surprise de la personne de découvrir l’œuvre par elle-même » (dixit Wikipédia). De l’anglicisme spoiler a été dérivé le verbe franglais spoiler qui pourrait prêter à rire, sauf que ce n’est pas franchement drôle de se voir gâcher le plaisir de la surprise de l’intrigue de sa série préférée. Cela dit, il est possible d’imaginer quelqu’un qui s’amuse à divulgâcher l’intrigue d’un film à suspense ou d’un roman policier. Dans ce cas, on pourrait dire qu’il s’poile à spoiler…

Au-delà du jeu avec les mots, je me demande d’où vient la nécessité d’en créer un nouveau. Pourquoi ne pas se contenter d’employer gâcher ? D’où vient le besoin sémantique de divulgâcher ? Est-ce qu’on a perdu l’art de raconter sans dévoiler ? Est-ce que, dans le fond, ça ne fait pas écho à trop de paroles ? Est-ce que ça ne nous renvoie pas à un manque de silence ?

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