Peu importe ce que tu choisis, ce sera toujours juste

Sur le trottoir, à quelques pas d’un bâtiment  — la cure actuelle — où passa quelques jours Stendhal enfant, une plume.

Blanche.

J’ai plus l’habitude de tomber sur des grises, voire, parfois, des noires. Je me baisse pour la ramasser tout en constatant qu’elle est quelque peu défraichie… Du coup, j’hésite dans ma tête, mais la couleur l’emporte sur l’état, je saisis la plume et la fais tourner entre mes doigts. Arrivée sur le petit parking où est garée ma voiture, je décide finalement de la laisser là : non, parce que, je ne vais pas rapporter toutes les plumes que je croise sur mon chemin ! Je n’ai pas l’intention d’en faire collection. Je ne suis pas obligée de conserver tous les clins d’œil de la vie. J’accueille ceux que je perçois, mon visage s’illumine d’un sourire, je remercie, et puis voilà !

Et puis voilà que je me retrouve bloquée sur la route du retour par une cérémonie de commémoration. Il y en a pour une demi-heure me dit le gendarme qui m’informe de la situation. J’ai deux options : patienter ou passer par Saint Franc dont je connais l’existence uniquement pour avoir vu le nom marqué sur des panneaux de signalisation. Je manœuvre pour faire demi-tour et puis j’hésite. Un autre gendarme s’approche, je lui demande des indications sur la route de Saint Franc, il me dit de brancher le GPS, comme la dame dans une voiture noire à proximité qui est en train de programmer le sien. Comme si j’en avais un… Par contre j’ai une carte de Rhône-Alpes dans la boite à gants, au cas où je m’égare, le trajet pour Entre-Deux-Guiers étant encore frais pour moi, même si je n’ai plus besoin de consulter l’itinéraire en chemin. Le temps de sortir et déplier la carte routière, la voiture noire est partie. Je lâche la carte et tente de la suivre. Mais elle a disparu et me voilà bientôt à deux pas des drapeaux et d’une Marseillaise. J’ai presque envie de rester garée là et d’aller voir la cérémonie de plus près. Et puis non, je me ravise. Demi-tour, je suis le panneau de Saint Franc et entame la montée de la départementale 39.

Le paysage est magnifique quand on prend de la hauteur. Je regrette de ne pas avoir mon appareil photo. Je l’emmènerai la prochaine fois que je viens. Dans quinze jours, à moins que je décide de revenir exprès. Je monte, je monte et oh ! Je n’en crois pas mes yeux, sur un petit panneau qui me fait penser à celui d’un lieu-dit, mon nom ! Non ! Si ! J’en suis toute retournée. Je continue ma route, arrive à un croisement : Saint Béron sur la gauche, Saint Franc à droite, je continue de monter la départementale 39, mais bientôt un doute m’assaille : jusqu’où je vais monter comme ça ?

Croisement suivant, un panneau indique Attignat-Oncin. Ce nom ne m’est pas inconnu, je continue par là. La route redescend, mais pas dans la direction qui devrait être la mienne me semble-t-il. La vue est toujours magnifique et j’entends les cloches des vaches dans les prés. Je m’arrête un instant pour consulter ma carte routière afin de situer exactement Attignat-Oncin. C’est à côté du lac d’Aiguebelette, pas vraiment en direction de chez moi. Certes, je connais le lac d’Aiguebelette, mais ça va me faire un sacré détour… Nouveau croisement, plutôt que de poursuivre vers le lac, je reviens sur les Echelles où m’attend une plume blanche. Mais un panneau annonçant Saint Franc me fait bifurquer une nouvelle fois à droite, non sans provoquer des coups de klaxons. J’ai pourtant mis le clignotant ! Quoi ? Pas assez tôt ?

Je monte à nouveau, j’ai récupéré la départementale 39. C’est parti pour un deuxième tour, mais cette fois je suis décidée à monter jusqu’au village de Saint Franc, et puis non, je sors de la boucle, je tourne à gauche pour descendre sur Saint Béron. Je me demande depuis combien de temps je tourne… Je croise plusieurs voitures, et même beaucoup, sur la route étroite. Il faut serrer sur les bords, je n’aime pas ça. Attention les fossés. Je ne me sens pas tranquille du tout, mais je suis sur la bonne voie : je rejoins la route de Lyon. Enfin !

Ça fait la queue en direction des Echelles et ça s’anime en direction de Pont de Beauvoisin. Les gendarmes libèrent la circulation, la cérémonie doit être terminée. J’aurais suivi la route de Saint Béron au premier passage, je ne me serais pas retrouvée bloquée derrière trois véhicules au stop en bas de la côte…  J’ai faim et soif, j’ai hâte de rentrer, mais il y a Jacques Jouet à la radio qui évoque un « projet planétaire » consistant à envoyer un poème à chaque être humain de la Terre et explique comment créer un  poème de métro. J’aime !

La joie l’emporte sur la fatigue.

Je me répète cette phrase entendue une semaine auparavant : « peu importe ce que tu choisis, ce sera toujours juste » et me vient cette signification : ce qui compte c’est ce que tu en fais, comment tu va transcrire chaque expérience en mots.

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