Aspiration

J’aspire à l’insouciance de mes compagnons chats.

C’est le printemps. L’équinoxe aujourd’hui. Les oiseaux chantent, il fait grand beau, peut-être un peu chaud pour la saison d’ailleurs… Les abeilles égayent le romarin. chaque matin depuis lundi, je sors me ressourcer dans la cour, curieuse de découvrir une nouvelle tulipe éclose, la pousse des feuilles du charme. Pourtant le cœur n’y est pas tout à fait.

Un air de Goldman dans la tête : « il y avait quelque chose dans l’air, quelque chose de bizarre… »

Ce n’est pas le silence pesant des enfants qui jouent sur le trottoir.

C’est le printemps, je suis en congés et confinée à résidence. Drôle de vacances. Je pourrais en profiter pour… Pour quoi au juste ? tout me semble superflu, je n’ai pas envie de faire quoi que ce soit. Je me sens démunie, impuissante, insécurisée par la restriction de liberté de circulation. Quel intérêt à tout ce que je pourrais faire ? Et puis une voix me rappelle que je suis en vacances, et que c’est être qui importe.

Faire pour ne pas cogiter ? Et si justement c’était l’occasion d’écouter mes cogitations ? De tendre la main à leur source ? D’accueillir ce nœud de sensations désagréables ? cette trouille, car c’est de cela qu’il s’agit. Pas une peur, une inquiétude ou une angoisse, mais une trouille viscérale inscrite dans mon patronyme.

J’ai la trouille
De demain
De la suite
Des conséquences
De l’inconnu…

Et ça me fige. Incapable d’écrire ou de profiter pleinement de cette période de temps libre. J’ai une insécurité intérieure trop importante pour espérer atteindre l’insouciance de mes compagnons chats.

Malgré moi, mon mental, perturbé par le flou, est prêt à imaginer toutes sortes de scénarios plus ou moins catastrophe, alors que, raisonnablement, j’essaie de m’en tenir au fait que l’avenir n’est pas écrit, avec une pensée pour le conte zen du pauvre paysan chinois et son cheval blanc : « est-ce bien est-ce mal, je ne sais pas, je ne connais pas la fin de l’histoire » . Mais, en vrai, je voudrais être au lendemain qui chante.

Je me sens tellement petite…

A bien y songer, le coronavirus qui déstabilise le monde entier est infiniment plus petit que moi. L’idée me fait sourire, me reconnecte à ma joie intérieure. Et je m’en remets donc au plus petit qui soit : au souffle de vie qui m’anime et qui a jailli hier soir dans un exercice d’écriture inspirée* :

Il était une fois une histoire d’étouffoir dans laquelle on ne pouvait plus respirer. Une bien triste histoire…

Pffff, même pas vrai. C’est que des conneries.

Ah bon ? Tu ne veux pas y croire ?

Bah non, évidemment que non. Regarde à l’évidence de mon pas chaloupé : ça swingue, ça respire, la vie danse, youpi ! Alors ton histoire, permets-moi d’en douter. Elle m’empêche de rêver, elle m’empêche de vivre alors je ne veux pas la connaître. Garde-là pour les accros de l’info… Quoique… Non, même pas. Vaudrait mieux leur proposer une autre perspective.

Ouille, ouille, ouille ! Tu crois que ça va les intéresser peut-être ?

Et pourquoi pas ? Une nouvelle histoire, ça peut changer la vie.

* Principe de l’écriture inspirée : partir d’un mot, l’écrire plusieurs fois et laisser venir d’autres mots. Puis relire à voix haute et choisir deux ou trois mots. Refaire l’exercice trois fois (au moins, ou peut-être plus…) et écrire une histoire avec les mots retenus.

200320_TulipeRouge

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