Vie

J’écris, je colorie, je crie, je ris, je substantifie, je calligraphie, je lis, joli, je lie.

Je nourris, je farcis, je salsifi, je brocoli, je guéris, j’initie, j’exemplifie, je fourmi.

J’épie, j’Iphigénie, je clarifie, je calvitie, je balbutie, je tapis, je souris, je m’identifie.

Je confie, je conchie, je pétrifie, je maudis, j’éclaircis, je cartomancie, je magie.

Je superficie, je mendie, je multiplie, je complexifie, je redis : je photographie.

Je versifie, j’irradie, je Néfertiti, j’amplifie, je m’extasie, je folie.

je introvertie.

J’initie, je fantaisie.

Je poésie.

Je vis.

 

Le petit saphir

Ce matin, chose à peine pensable, j’ai glissé une bague à mon annulaire droit.

Ça fait des années que je n’ai pas porté de bague, ne supportant pas la sensation d’avoir quelque chose autour d’un doigt. Ça me fait l’effet d’une entrave. Du moins, jusqu’à ce matin.

J’ai été surprise de retrouver cette fine bague en or avec un petit saphir — cadeau offert, il y a bien longtemps, par ma marraine, pour un anniversaire, crois-je me rappeler… — dans la boite à bijoux, parmi des bagues en toc.

Je croyais ne plus avoir aucun bijou en or depuis début mars, je croyais qu’elle avait fait partie du butin des cambrioleurs s’étant introduits chez moi, un lundi que j’étais au travail ; sans fracturer la porte : je n’habite pas une maison bleue adossée à la colline, mais la porte-fenêtre de la cuisine n’était pas verrouillée. Je croyais ne pas être une cible de cambriolage. Le choc en rentrant le soir ! Armoire et tiroirs ouverts, boîtes renversées, l’effet d’un tsunami dans un capharnaüm… Non, là, j’exagère.

Inventaire établi après le passage des gendarmes : tous les bijoux en or en ma possession rangés, confinés dans des boîtes, dans le secrétaire pour les miens, dans le dernier tiroir du bas d’un meuble qui ne paye pas de mine pour ceux de ma mère, avaient disparu. J’avais pensé raconter plus tôt l’événement, les questions et réflexions qui m’avaient traversé l’esprit : qu’est-ce qu’ils ont dû penser en découvrant le bordel dans la malle ? Tiens, je ne savais pas que j’en avais autant d’ailleurs… Qu’est-ce qu’ils ont pu se dire en découvrant le contenu de ma boîte à trésors (plumes, carte, cailloux, coquille d’escargot, écorce de bouleau…) ? Quelle a été leur réaction face aux boîtes vides ? Là, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Qu’est-ce qu’ils ont pu penser de mon univers ? Mais sans doute qu’ils n’y ont pas prêté la moindre attention. Ils étaient entrés, par effraction, avec un objectif précis, pas le genre à s’attendrir sur les mots collés sur un tableau de vision : être à sa façon, l’école de la vie, vivre sa passion… Je me suis demandé si, finalement, ces bijoux que je conservais par fidélité n’avaient pas émis un signal pour être sortis de leur tombeau, ce qui ne veut absolument pas dire que je remercie ces cambrioleurs : ils restent des malfaiteurs qui se sont introduits par effraction chez moi.

Cette petite bague leur a donc échappé. Et me donne aujourd’hui l’élan d’écrire.

J’ai été tellement heureuse de la voir, de l’avoir encore, que je l’ai mise au doigt, annulaire main droite. Elle s’y trouvait bien. Pourtant je me suis ravisée et j’ai essayé à celui de la main gauche, où je l’ai portée jadis. L’effet n’a pas du tout été le même et j’ai dû la retirer assez vite : pas d’attache à la main gauche ! Alors je l’ai glissée à nouveau à l’annulaire droit.

Quelle étrangeté de me voir avec cette bague fine et lumineuse. Quelle agréable sensation bizarre…