Confinement jour 12

Moi qui me prenais pour une solitaire
Je découvre le besoin de vie sociale
Moi qui me croyais rebelle de la Terre
J’apprends le manque des corps. Assez spécial

Ben mince alors !

Il aura fallu ce confinement
Pour que je goûte cette nouvelle sensation,
Pas agréable, d’être coupée des gens
Seule, à la maison, sans autres relations
Que virtuelles offertes par Internet.
De nature introvertie, je pensais :
Quelle expérience royale ! Sauf que, de fait,
Je suis fébrile, je ne trouve pas la paix.

Allons donc !

Moi qui me prenais pour une solitaire
Je me découvre avoir besoin de liens
Moi qui m’imaginais fille de la Terre
J’apprends le manque de mes concitoyens.

Aspiration

J’aspire à l’insouciance de mes compagnons chats.

C’est le printemps. L’équinoxe aujourd’hui. Les oiseaux chantent, il fait grand beau, peut-être un peu chaud pour la saison d’ailleurs… Les abeilles égayent le romarin. chaque matin depuis lundi, je sors me ressourcer dans la cour, curieuse de découvrir une nouvelle tulipe éclose, la pousse des feuilles du charme. Pourtant le cœur n’y est pas tout à fait.

Un air de Goldman dans la tête : « il y avait quelque chose dans l’air, quelque chose de bizarre… »

Ce n’est pas le silence pesant des enfants qui jouent sur le trottoir.

C’est le printemps, je suis en congés et confinée à résidence. Drôle de vacances. Je pourrais en profiter pour… Pour quoi au juste ? tout me semble superflu, je n’ai pas envie de faire quoi que ce soit. Je me sens démunie, impuissante, insécurisée par la restriction de liberté de circulation. Quel intérêt à tout ce que je pourrais faire ? Et puis une voix me rappelle que je suis en vacances, et que c’est être qui importe.

Faire pour ne pas cogiter ? Et si justement c’était l’occasion d’écouter mes cogitations ? De tendre la main à leur source ? D’accueillir ce nœud de sensations désagréables ? cette trouille, car c’est de cela qu’il s’agit. Pas une peur, une inquiétude ou une angoisse, mais une trouille viscérale inscrite dans mon patronyme.

J’ai la trouille
De demain
De la suite
Des conséquences
De l’inconnu…

Et ça me fige. Incapable d’écrire ou de profiter pleinement de cette période de temps libre. J’ai une insécurité intérieure trop importante pour espérer atteindre l’insouciance de mes compagnons chats.

Malgré moi, mon mental, perturbé par le flou, est prêt à imaginer toutes sortes de scénarios plus ou moins catastrophe, alors que, raisonnablement, j’essaie de m’en tenir au fait que l’avenir n’est pas écrit, avec une pensée pour le conte zen du pauvre paysan chinois et son cheval blanc : « est-ce bien est-ce mal, je ne sais pas, je ne connais pas la fin de l’histoire » . Mais, en vrai, je voudrais être au lendemain qui chante.

Je me sens tellement petite…

A bien y songer, le coronavirus qui déstabilise le monde entier est infiniment plus petit que moi. L’idée me fait sourire, me reconnecte à ma joie intérieure. Et je m’en remets donc au plus petit qui soit : au souffle de vie qui m’anime et qui a jailli hier soir dans un exercice d’écriture inspirée* :

Il était une fois une histoire d’étouffoir dans laquelle on ne pouvait plus respirer. Une bien triste histoire…

Pffff, même pas vrai. C’est que des conneries.

Ah bon ? Tu ne veux pas y croire ?

Bah non, évidemment que non. Regarde à l’évidence de mon pas chaloupé : ça swingue, ça respire, la vie danse, youpi ! Alors ton histoire, permets-moi d’en douter. Elle m’empêche de rêver, elle m’empêche de vivre alors je ne veux pas la connaître. Garde-là pour les accros de l’info… Quoique… Non, même pas. Vaudrait mieux leur proposer une autre perspective.

Ouille, ouille, ouille ! Tu crois que ça va les intéresser peut-être ?

Et pourquoi pas ? Une nouvelle histoire, ça peut changer la vie.

* Principe de l’écriture inspirée : partir d’un mot, l’écrire plusieurs fois et laisser venir d’autres mots. Puis relire à voix haute et choisir deux ou trois mots. Refaire l’exercice trois fois (au moins, ou peut-être plus…) et écrire une histoire avec les mots retenus.

200320_TulipeRouge

Courage

Allez, vas-y
Sors de ta retenue
Lâche les chevaux
Ouvre le coffre-fort
Et
Parle
EX-PRI-ME-TOI
Dis ce que tu as sur le cœur
Ce que tu portes
Délivre ton message
Partage qui tu es
Expose ce qui t’anime
Tu peux
Il suffit de pas grand chose
D’un pas
Il suffit
D’oser
Il suffit d’un peu de souffle
Et d’articulations
Oui, vas-y
C’est le moment
Courage

Je me demande (un dimanche après-midi)

Je me demande de quoi est constituée la membrane blanche sous la coquille d’un œuf…

Je me demande où les fourmis passent l’hiver…

Je me demande où j’ai semé les graines de pavot l’automne dernier…

Je me demande quelle est la suite…

Je me demande ce que j’aurais envie de faire pour profiter au mieux de ce dimanche après-midi venteux…

Je me demande où habite le chat lunaire qui vient parfois sur la terrasse…

Je me demande quand je vais sortir les châtaignes du congélateur…

Je me demande quelle est la couleur du jour…

Je me demande si j’arrose assez les plantes…

Je me demande si je dois, ou pas, donner des croquettes au chat lunaire…

Je me demande quoi faire de tout ce que je conserve en me disant que je pourrais en faire quelque chose…

Je me demande ce que je pourrais bien écrire comme poème avec des rimes en -ille (Camille, gentille, famille, vanille, jonquille, fourmille, cheville, chenille, brindille…)…

Je me demande quoi écrire comme poème de naissance…

Je me demande quoi écrire tout court…

Je me demande si je ne vais pas plutôt aller lire…

Je me demande si je ne pourrais pas commencer un journal créatif…

Je me demande si j’ai un carnet avec des feuilles assez épaisses pour en faire un journal créatif…

Je me demande ce que ça fait d’écrire illisible

Je me demande si je saurais écrire en lignes tricotées…

Je me demande pourquoi je n’essaierais pas…

Je me demande quand…

Je me demande à quel moment je vais passer en mode action…

Je me demande pourquoi ne pas savourer simplement ce moment avec le chat endormi à côté de moi sur le divan…

Je me demande où en sont les histoires de la grande brocante…

Je me demande si j’allume l’ordinateur ou pas…

Je me demande ce que racontent les oiseaux qui chantent dehors, côté rue…

Je me demande à quoi ça sert d’avoir mis des graines et des boules de graisse dans le figuier vu que les oiseaux ne les mangent pas…

Je me demande si je n’aurais pas mieux fait de boire un café après le déjeuner…

Je me demande si je vais passer tout l’après-midi sur le divan…

Je me demande si je dois avoir des scrupules ou savourer ma non-activité du jour…

Le mot du jour : rationnel

Ce matin, après le petit-déjeuner, j’ai feuilleté le Télérama de la semaine à venir. Page 13, un article intitulé Contagieuse, la bêtise ? raconte les stigmatisations dont sont victimes les personnes d’origine asiatique en France dans le contexte de l’épidémie du coronavirus (qui est, de fait, surtout une épidémie de peur orchestrée par les médias dominants comme l’explique Jean-Jacques Crèvecœur dans sa Conversation du lundi n°26, à écouter sur sa chaîne privée et gratuite). J’ai été interpellée par ce passage : « On dit de notre monde, guidé par la technologie et les échanges mondialisés, qu’il est rationnel ? Il manifeste l’inverse. » Je ne suis pas d’accord avec la journaliste, Valérie Lehoux. Pour moi, ce n’est pas l’inverse que manifeste notre monde mais bel et bien ce à quoi abouti le rationnel : un manque de sens des réalités. Et je vois derrière ce monde rationnel une volonté folle d’instrumentaliser le vivant, rationnel ne voulant pas dire raisonnable, loin de là, mais pouvant devenir synonyme d’insensé : car si, à titre d’exemple, donner des protéines à des herbivores peut être considéré comme un calcul rationnel, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une pensée insensée.

Si étymologiquement rationnel est emprunté au latin impérial rationalis signifiant « doué de raison » , « où l’on emploie la raison » , et « est fondé sur la raison » , lui-même issu du latin classique ratio qui a donné raison et ration, l’adjectif n’a pas le même sens que raisonnable, ne serait-ce que parce qu’il n’existe pas de synonymes parfaits. Le fait qu’il y ait deux mots témoigne d’une nuance sémantique.

Le Robert Historique définit ce qui est rationnel comme ce qui relève de la raison par opposition à ce qui relève de l’expérience, et une personne rationnelle comme une personne qui raisonne logiquement. Encore faut-il savoir sur quelle logique elle s’appuie — Le fascisme a une structure logique, idem pour une secte. Autre remarque : encore faut-il ne pas faire abstraction de la réalité de l’expérience. Un exemple : du point de vue de la rationalité économico-scientifique les ondes électromagnétiques sont inoffensives et pourtant, dans les faits, on constate que des humains et des espèces animales sont affectées d’électro-hypersensibilité.

Rationnel a à voir avec le sens « compte, calcul » de ratio en latin alors que ce sens a disparu du substantif raison au début de XVIIe siècle m’informe le Robert Historique. Du coup, je me demande comment rationnel peut-être l’adjectif de raison à côté de raisonnable

Raisonnable qualifie une personne qui se conduit avec mesure et de manière réfléchie, modérée. J’en infère que raisonnable a à voir avec la pensée plutôt que le calcul. Une pensée qui va de paire avec le langage — celui qui s’articule en mots, pas l’outil mathématique — et donc construit, donne du sens.

De mon point de vue, le monde auquel s’applique rationnel aujourd’hui est un monde automatisé qui fait abstraction des sens et l’économie du sens, soit un monde qui manque singulièrement de vie et de cœur. N’est-ce pas Blaise ?

pensees-blaise-pascal  « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »

Blaise Pascal (1623-1662)

J’irais même jusqu’à dire que ce monde rationnel manque d’humanité.

 

L’enfant de la nature

On pouvait l’entendre de l’auberge. Un léger bruit, non, un bruissement plutôt qui venait chatouiller les tympans. Le bruissement d’un monde inconnu pouvant venir du ciel ou des entrailles de la Terre. Qui sait ?

Elle peut-être ?

Elle était du genre silencieuse. Sans faire un bruit, elle glissait d’un lieu à l’autre, disparaissait de la cour pour réapparaitre dans le jardin. Et là, elle dansait, des plumes volantes dans les cheveux. Elle avait une figure de pirate tatouée sur l’épaule droite. Ses mouvements faisaient vibrer les fleurs du jardin. La luminosité particulière du crépuscule enveloppait la scène. Ah, que la nature est une belle dame ! Gracieuse et sans voile.

A toute heure de la journée, de l’aube au crépuscule, à pas de velours, l’ingénue venait à la rencontre de quiconque croisait sa route, une fleur à la main. Les masques arrachés par la vapeur parfumée fondaient alors à jamais.

Elle sortait ainsi chaque jour de son cocon de velours pour goûter la liberté au grand air. S’émerveillant de tout, ses sensations à chaque fois renouvelées, son cœur de pirate dansait dans sa poitrine. Et quand la brise du soir venait caresser ses joues pouponnes, un sourire illuminait son visage. On pouvait voir pétiller toutes les étoiles de l’univers dans les yeux de cet enfant de la nature.

Perchée

Debout
Sur une pierre
Un banc public
Une murette
Une chaise

Prendre de la hauteur et une photo
Changer de perspective
De point de vue

Perchée

Comme l’oiseau sur la branche

Un chat sur un pilier

Perchée

Détachée

Prise de distance verticale
Au-dessus des nuages
Sur la lune
Voire au-delà
A quelques années-lumière

Le chat Lune

J’ai rencontré un chat Lune

Enfin, je crois

Il est roux

Comme Bob Caramel

Enfin, non, pas tout à fait

D’un autre roux

Plus clair

Plus crémeux

On dirait une peluche

Enfin, pas exactement

Ce que je veux dire

C’est

Qu’il à l’air tout doux

Et puis il a une tête toute ronde

Quelque chose de lunaire émane de lui

Un je ne sais quoi

On pourrait le croire sorti

D’un tableau de Léonor Fini

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