Un caillou et une plume

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Gratter la page avec une plume. Ecrire, écrire, écrire… Il y a matière à l’intérieur. L’inté-rieur. Ecrire au fil de l’eau, au fil des sentiments. Libérer et prendre son envol, les doigts pleins d’encre. Comme à l’école. Souvenir d’enfance. Une fabulette : « Deux et deux font quatre, trois et un font quatre aussi… » Base des mathématiques. En fait, tout est relatif.

Je ne sais plus où j’en suis des mots. Ouh la la ! Les scrupules ! Faire bien. Devoir faire bien. Souvenir de la bonne élève. Mais il n’y a pas que l’école, il y a les vacances aussi.

Gagner le large
Aller à la mer
Goûter le bruit des vagues
Danser sur la plage
Pas de gravier sous les pieds,
Seulement le sable
Doux et chaud
Et quelques coquillages
En ramasser pour faire un collier
Peut-être
Et des galets
A peindre
Coquillages, galets, mots, etc
Créer c’est la vie

 

Marie

Son père accourut, portant une coupe à fruits. Il émanait de lui une belle vieillesse, ses yeux pétillaient d’une joie enfantine. Il tendit la coupe à Marie.

Où trouver des fruits pour le dessert ? Elle eut la vision du petit marché du village voisin. Marie raccompagna son père jusqu’à son fauteuil, installa les enfants autour de la table du salon sur laquelle elle étala les pièces du puzzle avec les tigres de neige et leur dit avant de disparaître : « Je vous mets au défi de retrouver les tigres dans la neige dans la demi-heure qui suit. »

Sur la place du marché, une scène de partage spontané offrait une vision réjouissante : une tendre pirate à l’abordage des cœurs fermés. On pouvait lire la mer déchainée des émotions sur les visages interloqués : de la peur à la colère à degrés divers, puis, la transformation, l’intensité qui fond, une porte qui s’ouvre à une nouvelle sensation, douce d’abord et de plus en plus flamboyante jusqu’au rayonnement du sourire.

Marie saisit le parchemin que lui tendit la pirate et le glissa dans sa poche intérieure. Une grande respiration pour se donner du courage, et elle s’enfonça dans le brouillard, prête à accomplir la mission qui venait de lui être confiée. Elle se remémora l’exclamation du type hirsute, quelques jours plus tôt, au milieu de la rue : « Ce sera l’aube du génie, je vous le dis ! » Il avait ensuite posé un genou à terre et l’avait saluée d’un grandiloquent : « Madame ! »

En constatant le vide du regard des personnes à l’arrêt du car, Marie se demanda si elles avaient autant de brouillard dans la tête qu’il y en avait alentour. Mais une petite musique sortie de nulle part sembla redonner vie au groupe. Il se mit alors à danser et Marie comprit qu’elle assistait à une performance artistique en l’entendant psalmodier : « La planète obscure, la planète obscure, c’est l’appel au secours de la planète obscure ». Gagnée par leur ferveur, elle ne put rester de marbre et se mit elle aussi à danser.

Appel d’air

 

Stop ! Ça suffit la mascarade !
Lâchez-nous les baskets.
Laissez-nous respirer.

J’ai envie de partir, prendre de la distance.
Le pouvoir des fleurs chante je ne sais plus qui.
Je ne me rappelle même plus de l’air…
N’empêche,
J’ai grande envie de gambader dans la nature.

Oui, c’est ça.

L’appel de la nature.

Ah, vivre en grand.
Démasquée,
Libre.
Après avoir appuyé sur le bouton reset.

Risettes au soleil,
Tête en l’air,
Légère
Et danser,
Révéler ce qui était caché.

Vie

J’écris, je colorie, je crie, je ris, je substantifie, je calligraphie, je lis, joli, je lie.

Je nourris, je farcis, je salsifi, je brocoli, je guéris, j’initie, j’exemplifie, je fourmi.

J’épie, j’Iphigénie, je clarifie, je calvitie, je balbutie, je tapis, je souris, je m’identifie.

Je confie, je conchie, je pétrifie, je maudis, j’éclaircis, je cartomancie, je magie.

Je superficie, je mendie, je multiplie, je complexifie, je redis : je photographie.

Je versifie, j’irradie, je Néfertiti, j’amplifie, je m’extasie, je folie.

je introvertie.

J’initie, je fantaisie.

Je poésie.

Je vis.

 

Confinement jour 12

Moi qui me prenais pour une solitaire
Je découvre le besoin de vie sociale
Moi qui me croyais rebelle de la Terre
J’apprends le manque des corps. Assez spécial

Ben mince alors !

Il aura fallu ce confinement
Pour que je goûte cette nouvelle sensation,
Pas agréable, d’être coupée des gens
Seule, à la maison, sans autres relations
Que virtuelles offertes par Internet.
De nature introvertie, je pensais :
Quelle expérience royale ! Sauf que, de fait,
Je suis fébrile, je ne trouve pas la paix.

Allons donc !

Moi qui me prenais pour une solitaire
Je me découvre avoir besoin de liens
Moi qui m’imaginais fille de la Terre
J’apprends le manque de mes concitoyens.

Courage

Allez, vas-y
Sors de ta retenue
Lâche les chevaux
Ouvre le coffre-fort
Et
Parle
EX-PRI-ME-TOI
Dis ce que tu as sur le cœur
Ce que tu portes
Délivre ton message
Partage qui tu es
Expose ce qui t’anime
Tu peux
Il suffit de pas grand chose
D’un pas
Il suffit
D’oser
Il suffit d’un peu de souffle
Et d’articulations
Oui, vas-y
C’est le moment
Courage

Perchée

Debout
Sur une pierre
Un banc public
Une murette
Une chaise

Prendre de la hauteur et une photo
Changer de perspective
De point de vue

Perchée

Comme l’oiseau sur la branche

Un chat sur un pilier

Perchée

Détachée

Prise de distance verticale
Au-dessus des nuages
Sur la lune
Voire au-delà
A quelques années-lumière

Le chat Lune

J’ai rencontré un chat Lune

Enfin, je crois

Il est roux

Comme Bob Caramel

Enfin, non, pas tout à fait

D’un autre roux

Plus clair

Plus crémeux

On dirait une peluche

Enfin, pas exactement

Ce que je veux dire

C’est

Qu’il à l’air tout doux

Et puis il a une tête toute ronde

Quelque chose de lunaire émane de lui

Un je ne sais quoi

On pourrait le croire sorti

D’un tableau de Léonor Fini

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