Du paragrêle de fortune à l’abri pour escargots

Quand j’ai aperçu les gros nuages en neige après la sieste, mercredi dernier, je suis sortie les photographier.

200603_Nuage

J’ai beau savoir qu’ils ne sont pas solides, je conserve l’illusion et le rêve de me blottir dedans.

Et puis il a tonné. A l’horizon le ciel était noir. Me sont revenues les paroles des collègues de travail : pluie, orage, grêle. Je me suis demandé si je ne devrais pas protéger les plantes… Mais comment…

J’ai couvert d’une cagette les deux jeunes pieds de tomate mis en terre la veille, rentré les pommiers d’amour. J’ai aussi débranché la Livebox et fermé la fenêtre laissée ouverte à l’étage pour les chats. Il commençait à pleuvoir.

Au bout d’une demi-heure, le ciel s’est éclairci, j’ai cherché l’arc-en-ciel, l’ai aperçu au-dessus des toits des maisons, pas très photogénique. Par contre les escargots étaient de sortie sur la terrasse. Je les ai observés se déplacer et réalisé quelques portraits qui sont venus nourrir l’album photo que je leur consacre.

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Et j’ai ressorti les pommiers d’amour.

La pluie est revenue, avec force, dans la soirée. L’averse de dix-huit heures n’avait été qu’un avant-goût.

Le lendemain, j’ai souri en soulevant la cagette dans le jardin : des escargots s’étaient abrités dessous. J’ai moins aimé constater la disparition des deux jeunes pieds de tomate. Je me suis dit que je devrais peut-être agrandir la surface du jardin pour avoir de quoi nourrir les gastéropodes et moi…

Cet après-midi, je suis passée dans une jardinerie, mais quand j’ai lu à l’entrée que le port du masque était obligatoire, j’ai fait demi-tour : je reviendrai plus tard pour les bordures de jardin et le masque fera l’objet d’un autre billet.

 

Laitue grenobloise

Hier soir, j’ai mangé de la salade du jardin. Ma première salade ! Et la seule, les autres boutures ayant succombé au grattage des chats ou aux assauts des limaces et des escargots. J’avais pourtant fait un tapis de coquilles d’œufs. J’avais pourtant protégé les trois dernières rescapées de cartons après avoir lu que les limaces raffolaient de carton autant sinon plus que de salade. Je peux témoigner que non.

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Mais, heureusement, les gastéropodes ne s’attaquent qu’à une salade à la fois. Ils ont eu la bonté de m’en laisser une.

La jugeant de bonne taille hier, après avoir passé une partie de l’après-midi à couper des herbes hautes dans la cour, je l’ai ramassée, laissant une feuille sous laquelle dormait un gros escargot. Une fois nettoyée dans le saladier, elle m’a semblé plus petite qu’en terre. Je ne m’en suis pas moins régalée.

200518_Salade

J’ai fini les dernières feuilles au déjeuner, nature.

Je me demande si je n’en replanterais pas quelques boutures ente les pieds de tomates… Je me demande si je n’agrandirais pas la surface du jardin…

Patchwork 25/30

Ce soir, je devais, enfin, je pensais, me mettre au lit de bonne heure, vu que, travaillant du matin, j’étais debout depuis trois heures vingt. Et puis j’ai allumé la télé, le temps de repasser deux pantalons. J’ai mis Fogiel en me disant que ce serait plus facile de couper une émission qu’un film. Mais voilà, il y avait Frédéric Michalak en invité ! Aïe, aïe, aïe ! Michalak ! Je n’ai pas pour habitude de jouer les midinettes enamourées, mais bon, là, je peux pas résister.

Il était là, discret, attendant sagement son tour qui est venu à la fin de l’émission. Un peu dans le rôle de la potiche, en somme…

Dans le reportage qui lui était consacré, il a été présenté comme « le Zidane du jeu à quinze » . Alors là, ça m’a fait vraiment drôle, parce que le Zidane du jeu à quinze, pour moi, il a sept ans et il s’appelle Thomas…

Petit Thom

Sept ans demain. L’âge de raison. L’âge d’être grand et de prendre des décisions. Le petit Thomas au fond de son lit ne dort pas. Son père lui a promis de l’inscrire dans club de son choix, mais il n’arrive pas à se décider. Rond ou ovale ? Il ne sais pas. Foot ou rugby ? Il hésite. Jeu au pied ou à la main ? Tête ou mêlée ? Lucarne ou drop ? Pénalty ou pénalité ? But ou essai ? Tout ce qu’il sait c’est qu’il veut jouer au ballon en chaussures à crampons. Traverser le terrain, mettre la défense adverse dans le vent et marquer. D’une frappe cadrée ? En aplatissant dans l’en-but ?

Comment choisir ? Qui rejoindre ? Alexandre qui ne jure que par l’ovale ou Pierre et Julien adeptes du ballon rond ? Julien dit qu’Alexandre aura bientôt des oreilles de choux. Alexandre, que le foot c’est que du cinéma.

Et puis il y a Amélie. La douce Amélie qui porte des rubans aux couleurs de l’équipe de rugby locale, les jours de matchs… Mais ce n’est pas une fille qui l’influencera. Oh ça non alors ! Cette décision lui appartient, à lui seul.

Sa première décision de grand.

Mais à minuit, au fond de son lit, il se sent encore petit, Thomas.

Il soupire.

Il voudrait bien dormir. Il en a assez de réfléchir. Il sera… il sera… footballeur voilà ! Et il marquera  des buts. Ouais, plein de buts !

Sa décision étant arrêtée, il ferme les yeux. Les rouvre. Les ferme à nouveau, cherchant les mots de sa mère qui savent si bien le bercer.

Au départ ce n’était qu’une patate informe
Rendue ovale ou ronde selon les hommes.
Les Onze l’ont arrondie sous leurs coups de pied,
Dans leurs mains serrée, les Quinze l’ont allongée…
Au départ ce n’était qu’une patate informe
Rendue ovale ou ronde selon les hommes…

Et demain c’est à toi de choisir bonhomme.

Je serai… Je serai… se répète petit Thom… qui finit par trouver le sommeil. Un sommeil agité où il se voit tour à tour, seul avec son ballon dans le rond central. Footballeur transformant un essai. Casqué, tenant un cuir ovale au milieu d’une surface de réparation. Assommé par un ballon rond. Poursuivi par un ballon ovale…

Au matin, il se réveille pourtant frais et dispos. Souriant. Heureux. Fier d’être grand. Sûr de son choix, il se précipite dans la cuisine où son père est en train de prendre son café.

« Papa, inscris-moi au rugby. Je veux être le Zidane du jeu à quinze ! »

Patchwork 23/30

Le troisième pas.
Celui du début du voyage.
Telle est la croyance ancestrale de l’arpenteur…
Il faut trois pas pour commencer à sortir de chez soi.

Et combien pour regagner la voiture ?  Sous la pluie encore ! Une petite pluie fine.

Je continue d’y croire. Même si je me dis que je suis complètement conne d’avoir garé ma voiture à l’entrée de la ville pour aller au théâtre en métro, parce que la ville en voiture, c’est galère. Un jour de grève… Faut être inconsciente ! Sauf que les métros fonctionnaient à l’aller, alors pourquoi pas au retour ? Parce qu’un service est assuré aux heures de pointe par exemple… Têtue, je m’étais dit qu’au pire, je prendrais un taxi. Euh, ça coûte combien de prendre un taxi ? Bah ! je verrai bien, une fois sur place, si le métro sans conducteur est, lui aussi, fermé. En attendant, il faut descendre jusque là-bas. A pieds. D’un pas décidé. Les pieds muets qui hurlent dans des chaussures encore trop neuves, toujours trop dures. Ces belles chaussures rouges… Comme le costume du guide pour la Turakie. Comme les caisses sur la scène du théâtre.

La tête au pays de l’arpenteur, je descends la butte, bifurque une première fois à gauche, une autre à droite, puis encore à gauche, croise des gens qui montent, des filles assises sur un pas de porte, un couple et un chien.

Tant que ça descend, tout va bien. Mais une fois en bas, par où la grande place ? Devrai-je prendre à droite ou à gauche ? En face, le fleuve. Aucun point de repère. Tel l’arpenteur en appui sur mon deuxième pied j’hésite. Mouvements de tête latéraux… Je décide de continuer à gauche. Regard en alerte qui tombe sur un panneau. Oui ! Je suis sur la bonne voie ! J’aurais presque envie de danser, mais mes pieds me rappellent à l’ordre : eh, oh ! Nous, on souffre ! Plus pour longtemps. Plus pour longtemps. Bientôt la place et ses taxis…

Je suis la rue courbe, croise un gars à la recherche d’une cigarette, quelques jeunes, des vieux aussi. Il n’est pas tard. La ville n’est pas encore endormie. On sort du restaurant, on va boire un verre, on discute, on rentre chez soi.

Voilà, j’y suis ! Ouf ! Je suis soulagée ! Plus que quelques mètres. Je m’arrête : direction parc à taxis ou bouche de métro ? Allez les pieds, un dernier effort. On tente le métro. Pour voir. On ne sait jamais. Je voudrais être sûre…

Ah, c’est ouvert ! Mais la bouche donne aussi accès à un parking et puis des gens remontent… Est-ce bien la peine de descendre ? Je me renseigne. La ligne D fonctionne ! OUI !!! Pour peu, je dévalerais les marches… Sur les mains peut-être ?

Regard à la pendule. J’ai marché trois-quarts d’heure. Vite passés, en fin de compte. Je serai bientôt à ma voiture, bientôt rentrée à la maison. Rentrée mais pas entièrement revenue. La voix du guide m’a ensorcelée :
« Les images précieuses sont celles qu’on ne comprend pas. »
Comme les rêves.

J’ai l’impression d’avoir vécu un rêve éveillée. Un de ces rêves qu’on ne sait pas raconter, mais qui laissent des impressions indélébiles. Ma rationalité déposée à la porte du théâtre, je me suis laissée transporter dans cet univers merveilleux, où les objets dévoilent leur image mystérieuse, où les comédiens animent des marionnettes, à moins que les marionnettes ne soient l’âme des comédiens…

Je n’oublierai pas mon voyage au pays des arpenteurs, la Turakie, ce pays à la verticalité de la géographie qui ne peut être représenté sur aucune carte. Et maintenant que j’en connais le chemin, je sais que je reviendrai.

[mai 2001]

Jour de vote

[Défi une pastille par jour 98/100]

Interrogation du matin : l’escargot va-t-il danser ou pleurer dans sa coquille ce soir ?

Je me suis rendue une première fois au bureau de vote ce matin. Quand j’ai vu la foule devant la petite salle du canal, je suis rentrée sans m’arrêter. Un tour pour rien : n’ayant pas encore déjeuné, j’avais faim.

Je suis revenue un peu avant midi. Lentement. Devant moi, une 307 freinait dans la descente… J’ai été soulagée de la voir tourner à gauche au stop alors que je filais de l’autre côté.

Il y avait encore du monde devant le bureau de vote, mais je n’avais plus le choix : c’était maintenant ou pas. Une dame se plaignait de l’organisation : il fallait aller chercher les bulletins sur une table placée à droite dans la salle, traverser la file d’attente pour se rendre dans l’isoloir à gauche et revenir faire la queue au milieu. Je me suis dit que j’allais être en retard au boulot. Sans penser au lièvre de la fable, mais à l’escargot.

J’ai sorti mon portable, souri en découvrant le texto interrogateur de Tatiraine et prévenu mon collègue en poste. Une dame en gilet rose m’est passé devant quand je m’engageais vers la table des bulletins, un homme a fait de même alors que j’attendais mon tour pour aller dans l’isoloir. J’ai ronchonné intérieurement.

Le bon bulletin mis sous enveloppe, je suis venue me fondre dans la file, à quelques pas derrière la dame au gilet rose, me plaçant ainsi devant un certain nombre de personnes qui auraient très bien pu ronchonner, intérieurement ou pas… Eh oui !

Il était midi et quart quand j’ai déposé mon enveloppe dans l’urne en reprenant la dame de la mairie qui, carte électorale en main, m’annonçait mademoiselle : pour moi c’est madame parce qu’il n’y a pas de raison qu’on fasse une distinction au féminin alors qu’il n’y en a pas au masculin. Et puis j’ai filé. A plus de cent trente sur l’autoroute sans avoir pour autant l’impression de rouler vite, ne faisant que suivre le flux. Qui plus est, des voitures me doublaient. Je me suis demandé s’il était possible que l’indicateur de vitesse soit déréglé…

Il était encore midi et demie quand je suis arrivée au péage. Ouf ! C’était parti pour huit heures, les élections entre parenthèses, avant les premières estimations du soir.

Ce soir, je me suis changé les idées en regardant les deux épisodes de la deuxième saison de Dix pour cent diffusés mercredi dernier.

A mamie (novembre 1921 – mai 2016)

Hier, j’ai rendu visite à ma grand-mère. Ses reins la font souffrir. Elle a fait une chute en début d’été, même qu’elle s’est cassé le poignet. Les os se sont bien ressoudés après un mois de plâtre, par contre le bas de son dos est toujours tassé. Du coup, elle ne sort plus. Privée de parties de belote avec ses copines, elle s’ennuie, toute seule, chez elle. En dehors de la télé, il lui reste la lecture comme loisir. Elle m’a demandé de lui acheter quelques bouquins. Me voilà donc déposée en ville par mon oncle croisé chez elle avec une liste de livres en Poche.

J’ai cherché dans les rayons, sans trouver. J’ai demandé à une libraire en lui précisant bien : « c’est pour ma grand-mère » (non, parce qu’on n’a pas exactement les mêmes lectures ma grand-mère et moi…). La libraire m’a sortie trois romans en bas du rayon science-fiction. Je l’ai remerciée et j’ai regardé les titres dans la liste du carnet de mamie. Aucun ne correspondait. J’ai opté pour les deux publications de 2003 et consulté scrupuleusement tout le rayonnage : aucun titre de la collection Aventure et Passion. Ah… Je repartirai donc avec seulement deux livres : L’Amour masqué et Sélina et le marquis. J’ai été soulagée de voir la libraire à la caisse les glisser dans un sac plastique opaque, non que je sois super gênée de transporter des romans d’amouuuuuur, n’empêche, c’était quand même mieux pour un petit tour dans la rue piétonne.

Il n’y avait pas foule. Seulement un attroupement chez la marchande de glaces. J’ai ralenti le pas, mais la gourmandise ne m’affolant pas les papilles, j’ai continué tranquillement mon chemin.

La marche en plein soleil me rappelait vaguement quand j’étais petite et qu’on allait à pieds avec maman et mon frère dans la poussette rendre visite à mes grands-parents. Il faisait chaud et je cherchais désespérément l’ombre.

J’étais encore perdue dans mes pensées en abordant le quartier de chez mamie quand un chien s’est mis à aboyer derrière une haie. Une voix lui a dit de se taire, que ce n’était rien. Juste un moineau. Ça m’a plu d’être un petit oiseau.

J’ai trouvé la route moins longue que je l’imaginais.

[mercredi 20 août 2003]

Quand la vie sourit

Hier matin, j’avais enfin rendez-vous chez la coiffeuse. Je dis enfin parce que l’idée d’aller me faire rafraîchir la coupe, et la tête, m’a traversé l’esprit il y a à peu près un mois, que je n’ai pas appelé dans la foulée et que le mois de mai a ensuite filé de pont en pont sans que je trouve une place dans mon emploi du temps pour caser un rendez-vous.
« Tu as un agenda de ministre » aurait dit une amie…
Alors que je ne travaille pas à temps plein.
D’ailleurs, je me demande comment je ferais si je travaillais à plein temps. Bref.

Hier matin, me voilà donc partie tranquillement, un peu en avance pour une fois, la journée est belle, je me sens bien, youpi. Tout serait parfait si ce n’est un petit bruit inhabituel qui fait tinter l’alarme dans mon cerveau (pas sur le tableau de bord et c’est bien dommage !). Ce n’est pas le moteur. Ni une fenêtre mal fermée qui vibre. Qu’est-ce donc ? Il me semble avoir déjà entendu un bruit ressemblant à celui-là, la dernière fois que j’ai utilisé la voiture, sans vraiment y prêter attention.
Je regarderai à l’arrivée…
Sauf qu’à l’arrivée, je n’y ai plus pensé.
La voiture ne me semble pas en déséquilibre. Je finis par me garer sur le bord de la route pour en faire le tour et constate ce que je craignais tout en en refusant l’idée : le pneu arrière droit est à plat. Aïe ! C’est fâcheux. Le temps que je change la roue, je passe à côté de mon rendez-vous. Qui plus est je n’ai jamais changé de roue. Il y a toujours eu quelqu’un pour le faire à ma place : le conducteur de la voiture qui me suivait et qui me faisait des appels de phares pour me faire garer, le mari d’un couple d’amis que je rejoignais sur un parking pour covoiturer. Si dans le premier cas, je savais que j’avais un pneu à plat (après avoir tapé un trottoir), dans le deuxième cas (dû à une pointe) je ne m’en étais pas rendu compte.

Il ne m’a pas paru envisageable de rouler sur trois pneus jusqu’au salon de coiffure. Par contre j’ai pensé au garage pas loin. Pour y accéder, il me suffit de prendre à droite au croisement où je suis stationnée au lieu de prendre à gauche. Et me voilà repartie, avec une pensée pour un vieux tube de Cookie Dingler : l’émancipation ne se juge pas au fait de savoir changer une roue. D’ailleurs, les paroles d’Une femme libérée ne décrivent pas franchement une femme libre. Pour l’émancipation il y a beaucoup mieux (j’aurais bien voulu partager la version des choraleuses, mais je ne la retrouve pas).

C’est avec soulagement que je me gare dans la cour du garage. En deux temps, trois mouvements, le garagiste remplace le pneu crevé par la roue de secours flambant neuve. Il me montre l’intérieur du pneu défectueux : de la poussière noire de gomme — il est irrécupérable — et un clou assassin. Ce n’est sans doute pas en roulant deux kilomètres que je l’ai autant usé de l’intérieur. C’est donc que j’aurais dû être alertée par le bruit entendu deux jours plus tôt, au lieu de quoi j’ai monté le son de la radio comme une autruche aurait mis la tête dans le sable. Mais plutôt que de m’en vouloir, pour une fois, je relativise : les pneus étaient de toutes façons en fin de vie, je savais devoir les changer au printemps. Là, à condition de trouver le modèle identique au pneu de la roue de secours (c’est-à-dire si j’ai de la chance, compte-tenu du fait que les modèles changent assez souvent pour favoriser la vente par paire), je n’aurai qu’un seul pneu à acheter.
Tandis que le garagiste passe commande, j’appelle la coiffeuse pour la prévenir de mon retard. Mon rendez-vous est décalé d’un quart d’heure et je dois repasser en fin d’après-midi au garage. Sur la route qui me conduit au salon de coiffure, je m’dis qu’il n’y pas de problèmes, qu’il n’y a que des solutions.

Je me présente quand même avec une pointe d’anxiété perturbatrice au salon (on ne se libère pas d’un claquement de doigt du jugement profondément ancré en soi) mais la coiffeuse a les mots pour me rassurer : mon retard lui a permis de finir tranquillement la coupe de la cliente précédente. Elle me parle ensuite d’un projet d’instaurer une journée zen, c’est-à-dire une journée où les rendez-vous se dérouleraient dans une ambiance particulièrement calme et les coupes seraient accompagnées de soins. Ça me plait bien. Dorénavant, je prendrai rendez-vous le jeudi.
Je ressors du salon la tête légère.

Et comme je suis sous de bons auspices, le garagiste a réussi à m’obtenir un pneu similaire à mon pneu neuf. Chouette, chouette, chouette !

Seul compte le chemin

C’était le 4 mai 2012…

Quai
Aujourd’hui, j’ai fait un aller-retour sur Paris pour rien. C’est-à-dire que la réunion de la commission nationale femmes de Solidaires à laquelle je pensais participer pour la première fois a été annulée. J’aurais pu le savoir simplement en demandant confirmation de la tenue de cette réunion plus tôt. Je m’en suis simplement inquiétée il y a deux jours. Un peu court pour obtenir une réponse. Cela dit, ayant réservé mes billets à l’avance, ils étaient perdus : les tickets Prem’s c’est moins cher, mais non remboursable.

J’ai retrouvé sans difficulté le local où j’avais eu l’occasion de venir quelques mois plus tôt avec des collègues. Quand je suis arrivée, il n’y avait pas grand monde. Je n’étais pourtant pas en avance. Quelqu’un m’a expliqué que la réunion avait été reportée parce que plusieurs personnes ne pouvaient être présentes. J’ai laissé mon adresse électronique pour être informée de la suite et je suis repartie. Il faisait beau, j’avais envie de marcher un peu, j’ai cherché l’itinéraire de la gare sur la carte d’un abri-bus.

Donc, j’ai fait trois heures de train pour aller déambuler dans Paris. Remarque de mon esprit sérieux : ça fParisait cher la balade (même en tickets Prem’s). Cela étant, ça m’a permis de réaliser cette envie un peu folle de prendre le train un matin pour aller me promener dans les rues de la capitale, maintenant que je l’ai apprivoisée et que je n’ai plus peur de m’y perdre.

Je ne suis pas allée sur l’avenue, bien qu’ayant le cœur ouvert à l’inconnu. J’ai pris Voltaire et Diderot, des boulevards où il n’y a pas tant à voir, ni à photographier. J’ai marché d’un pas décidé, tracé jusqu’à la gare. J’avais le temps, mais je ne le savais pas. C’est dommage car je crois que j’aurais pu apprécier plus pleinement ce moment, si je ne m’étais pas inquiétée de la distance à parcourir pour rejoindre la gare.

Lapin d’avril

Je suis en retard !

J’ai vingt minutes pour faire un parcours qui prend généralement une bonne demi-heure. Faut être insensée pour avoir une once d’espoir d’arriver avant le début du spectacle.

Je me dépêche d’un quai de métro à l’autre, comptant grapiller quelques secondes, voire quelques minutes… Je tempête in petto, tout en sachant que ça ne sert à rien de regretter de ne pas être partie plus tôt. D’ailleurs, je ne regrette pas la discussion que j’ai eu avec une collègue : échange de points de vue syndicaux et sur le boulot. Eh, eh ! Formateur ! Par contre, j’ai mal évalué le temps nécessaire pour gagner Lyon. Serait-ce dû au passage à l’heure d’été le week-end dernier ? J’ai l’impression de ne pas l’avoir intégré. Un peu comme si, bien que voyant dix-neuf heures dix à la pendule, mon cerveau évaluait que j’avais encore quasiment deux heures devant moi avant l’heure du spectacle.

Je n’ai plus qu’une rue à remonter à pieds. Je n’ose pas consulter l’horloge de mon mobile. Je marche d’un pas rapide, sans un coup d’œil à un parcmètre. Pas le cœur à apprécier le micro voyage dans le temps en passant à vingt heures dix devant l’un puis à vingt heures neuf devant le suivant. Enfin, j’arrive aux abords du théâtre. Deux personnes qui me précèdent de quelques mètres disparaissent à l’angle de la rue. Y aurait-il d’autres retardataires ?

Quand je débouche face au théâtre, je suis interloquée par le nombre de personnes à l’entrée. Tout ce monde en retard ? L’espace d’une fraction de seconde, j’imagine avoir traversé une portion de temps étendue, où cinq minutes équivalent à neuf cents secondes… Puis, de manière plus rationnelle, je me dis qu’il doit y avoir deux spectacles et que le deuxième commence plus tard. Une fois dans le hall au milieu d’une foule de spectateurs, je cherche mon billet dans mon sac, voyant déjà une hôtesse m’accompagner au balcon pour m’installer discrètement alors que les comédiens déroulent leur texte sur scène. Et puis je lis l’horaire du spectacle sur mon billet en main : vingt heures trente.

Non, je n’en reviens pas ! D’habitude, c’est à vingt heures. Devant l’escalier qui mène à l’entrée de la salle, je consulte mon mobile : vingt heures seize. Je respire, tout va bien. Je vais voir un spectacle merveilleux, féerique et magique*, sans en manquer une miette. Je me suis seulement fait une bonne blague. Normal pour un premier avril.

*C’était en 2010, Manuel du merveilleux de la compagnie Système Castafiore à retrouver en film sur le site de la compagnie.